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Roland-Garros: carnet 6 - "Papy Fed" la résistance, Zverev déroule, Badosa accélère et un gros choc à venir

Roger Federer dans ses oeuvres. Juste éternel. [Ian Langsdon - Keystone]
Roger Federer dans ses oeuvres. Juste éternel. [Ian Langsdon - Keystone]
En battant Dominik Koepfer samedi soir puis en tenant à tout donner pour Wimbledon, Roger Federer confirme qu'en dépit du temps qui passe, il résiste encore sur ce circuit qui ne lui fait pas de cadeaux. Pendant ce temps-là, Paula Badosa Gibert apparaît lancée dans un tableau féminin qui a perdu pas mal de têtes. Enfin, une immense affiche masculine aura lieu mardi. On se régale!

IMMORTEL FEDERER… Samedi soir, Roger Federer a donc livré et remporté un nouveau combat, comme une manière d’ajouter encore un peu de couleur à sa légende. Car il faut bien se dire que chaque match remporté désormais par le Bâlois est une sorte de nouveau miracle. Face à ce Dominik Koepfer audacieux et sacrément solide par moments, notamment côté revers, et dans un stade aussi vide, il fallait avoir du cran pour ne pas avoir envie de tout jeter, surtout au coeur du 3e set. Le fait qu'il ait survécu puis gagné est incroyable. "Papy Fed"... la résistance.

VOUS FERIEZ (AURIEZ FAIT) QUOI, A 40 ANS? Tiens, c'est la question que l'on se pose depuis un certain temps déjà en voyant Roger Federer remettre à chaque fois l'ouvrage et la passion sur le métier. Mais vraiment, en voyant le Bâlois s'escrimer samedi soir, se mettre minable, cette interrogation a tourné en boucle dans notre tête: sérieusement, à presque 40 ans, vous batailleriez (vous auriez bataillé) ainsi dans un stade vide, froid comme un igloo, au-delà de minuit, vous, devant un adversaire qui vous envoie des parpaings?

LES DERNIÈRES SOUFFRANCES… Certes, on n'y aura pas droit cet après-midi après son forfait, mais regarder jouer Roger demeure plus que jamais devenu un exercice éprouvant, une sorte d'expérience au plus profond des capacités humaines. Parce qu'au cours de ses rencontres, tous les sentiments assaillent ceux qui l'apprécient, et ce peu importe l'adversaire. Oui, voir le "Maestro" est une expérience un peu hors du temps, parce qu'elle concentre tant de choses en elle. Surtout, il y a cette souffrance que le fan se doit d’accepter sur un coup droit boisé ou une amortie qui finit dans le filet; cette torture que le fan doit accepter d'endurer sur une balle de break manquée ou sur cette accélération de coup droit qui finit dans le couloir. Si tout se concentre ainsi, c'est peut-être simplement car Federer nous renvoie à une nostalgie d'un passé que l'on ne pourra recomposer, nous renvoie à des émotions (sportives) qu'aucun autre athlète n’a su convoquer en nous. On l'aimerait éternel, ce "bon vieux Roger"; mais on sait qu'avec cette fin qui s’annonce de plus en plus proche, c’est une grande partie de nos rêves d’enfants qui va s’en aller, comme un soupçon de candeur qui s'envolera. De dernières souffrances, de dernières touches de naïveté, pour dans quelques jours, à Wimbledon.

UN SOUVENIR QUAND MÊME... Il l'avait déjà laissé entendre dans la nuit de samedi à dimanche: Roger Federer allait avoir de la peine à pouvoir s'aligner contre Matteo Berrettini. Son forfait a été officialisé dimanche. Le Bâlois a fait la balance "bénéfice-risque", avec l’idée que Wimbledon pointe son nez. Le jeu en valait-il la chandelle? Peut-être pas, même si s'imposer à Church Road est autrement plus compliqué. En tout cas, un duel entre "RF" et l’Italien nous aurait renvoyé à cette sortie magistrale de l'ancien no 1 mondial devant le journaliste toscan Ubaldo Scanagatta à l’issue de son succès 6-1 6-2 6-2 contre ce même Berrettini à Wimbledon 2019. Même s'il n'y aura pas de revanche à Roland-Garros, on en rigole à chaque fois.

PETIT JOUEUR? Immédiatement après le forfait de Roger Federer, les réseaux sociaux se sont enflammés, certains y dénonçant une attitude scandaleuse de Roger Federer qui, en renonçant à s'aligner cet après-midi, s'essuierait ainsi les pieds sur Roland-Garros ou qui insulterait les joueurs qui se trouvaient dans sa partie de tableau. Les gens sont-ils sérieux? D'une part, le Bâlois n'a jamais caché qu'il s'alignait à Paris en prévision de Wimbledon et n'attendait rien de ce tournoi, surtout pas à y remporter trois matches. D'autre part, il n'insulte personne dans sa partie de tableau. Jusqu'à preuve du contraire, Denis Istomin, Marin Cilic et/ou Dominik Koepfer n'avai(en)t qu'à le battre...

NADAL RÉGALE… Que ne faut-il pas faire pour inscrire un point contre Rafael Nadal? Près de 48 heures après sa défaite contre le tenant du titre, Cameron Norrie doit encore se poser la question. Le Britannique, pas maladroit, a en effet tout tenté pour pourrir la vie de son glorieux aîné samedi, mais même un break en entame de 2e manche n'y a rien fait: Nadal n’a pas lâché la moindre manche. Et surtout, il a "balancé" quelques points phénoménaux. Un régal.

UN "SPARRING" RENVOYÉ! Sparring-partner au service du tournoi, le dénommé Samuel Brosset a été viré de Roland-Garros 2021. Son "tort"? Avoir mis l'ambiance en tant que spectateur lors d'un double disputé par Benoît Paire, puis s'être pris en photo en compagnie du Genevois d'adoption. Photo partagée ensuite sur les réseaux sociaux. La Fédération française de tennis (FFT) a donc piqué la mouche. "On ne t'a pas embauché pour mettre l'ambiance mais pour jouer au tennis, m'a-t-on dit, a lâché Brosset. Je suis vraiment dégoûté."

SWIATEK NE MÉNAGE PERSONNE… Iga Swiatek ne ménage pas ses adversaires. Impressionnante sur le court, la Polonaise donne l'impression de vraiment s'amuser avec celles qui se dressent face à elle. En témoigne son 16e de finale de samedi, lors duquel elle a "laissé" Anett Kontaveit y croire durant une manche avant de violemment accélérer. Au final: 7-6 6-0. Aux tours précédents, la tenante du titre avait déjà collé un 6-0 7-5 et un 6-1 6-1. Marta Kostyuk saura-t-elle éviter la tornade?

AZARENKA N’A PAS TENU… Alors qu'elle avait empoché la 1re manche contre Anastasia Pavlyuchenkova et semblait en mesure de passer le cap, Victoria Azarenka a complètement perdu le fil de son tennis et, surtout, de sa mise en jeu. Quasiment incapable de gagner l’un de ses jeux de service, l’ancienne no 1 mondial n’a pas tenu le coup face à la Russe (7-5 3-6 2-6). Une grosse déception.

LE CRAN DE BADOSA… Citée comme une sérieuse outsider à la veille de ce tournoi, Paula Badosa Gibert confirme, elle. Bien que passée près de la sortie au tour précédent contre Ana Bogdan, l’Espagnole née à New York a fait face pour retourner la situation et même passer hier l'obstacle Marketa Vondrousova, finaliste en 2019, sur le score de 6-4 3-6 6-2. C'est solide. Après son 8e de finale parisien de l’an dernier, la voici en quarts. Et contre Tamara Zidansek, "PBG" devra tenir la pression inhérente à son rôle de favorite de ce duel. S'offrir une place dans le dernier carré serait une belle revanche pour elle qui avait très mal vécu la quarantaine australienne de janvier et avait alors dénoncé "une situation lamentable".

BYE-BYE SERENA! A l'image de son contemporain Roger Federer, Serena Williams a aussi quitté Paris hier. Mais c'est en s'alignant sur le terrain,et en y perdant, que l'Américaine a vécu sa sortie; la très intéressante Elena Rybakina (3-6 5-7) ayant en effet eu raison d'elle. Mais contrairement à "RF", l'ancienne no 1 WTA n'a pas eu droit aux questions portant sur une éventuelle dernière sortie à Paris. Le tournoi lui a même écrit sur Twitter qu'il se réjouissait de la revoir en 2022. Pourtant, il n'est pas dit que l'intéressée pourra éternellement étendre sa carrière non plus...

MUSETTI OU LE COUP DE MAÎTRE... Avant cette quinzaine, Lorenzo Musetti n'avait jamais disputé de tournoi du Grand Chelem. Coup d'essai, quasiment coup de maître pour lui qui se retrouve donc en 8es de finale tout à l'heure contre un certain... Novak Djokovic. L'Italien de 19 ans, bourré de talent, n'en revient pas. "Je rêve de ce genre de matches depuis tout petit", disait-il samedi, peu après avoir battu en 5 manches son compatriote Marco Cecchinato. Avant de poursuivre: "Je me suis déjà entraîné avec Djoko, donc on se connaît un peu. Mais je ne l'ai jamais affronté en compétition. J'imagine qu'il y aura de la tension, mais c'est un point sur lequel je travaille depuis mon enfance..." Est-ce à dire que le Toscan n'aura pas peur du géant des courts? Difficile à croire... En revanche, il a peut-être demandé conseil à Cecchinato, lequel avait, en 2018, sorti Djokovic en quarts de finale de Roland-Garros.

Lorenzo Musetti, du talent plein les bras, à 19 ans seulement. [Christophe Petit-Tesson - EPA]Lorenzo Musetti, du talent plein les bras, à 19 ans seulement. [Christophe Petit-Tesson - EPA]

ZVEREV FACILE... Hier soir, Alexander Zverev n'a - comme prévu - fait qu'une bouchée de Kei Nishikori, balayé 6-4 6-1 6-1. Un score sec qui doit donner quelques regrets à Henri Laaksonen, lequel, sans une blessure, aurait tout à fait pu jouer un truc face au Japonais au tour précédent. Mais bon, on ne refera pas l'histoire. Celle qui s'écrit aujourd'hui nous indique que Zverev disputera son quart de finale contre Alejandro Davidovich Fokina. Même si l'Espagnol est sur son petit nuage depuis l'entame de la quinzaine, l'Allemand sera le favori du duel. Après, on ne misera toutefois pas sur lui pour le titre. Ce n'est en effet pas parce qu'il évolue en "marcel", comme Nadal à ses débuts, que "Sascha" est devenu l'ogre de Paris.

L'AFFICHE DE MARDI… Ce sera incontestablement celle opposant Daniil Medvedev à Stefanos Tsitsipas; un tout gros match de membres de la "Next Gen". Un match pas forcément attendu avant la quinzaine, au moment où le Russe confessait son allergie à la terre battue et sa détestation de Roland-Garros. Sauf que depuis qu'il a mis le pied à Paris, Medvedev est devenu injouable, dominant même dimanche un spécialiste de terre battue (Cristian Garin). Il retrouvera donc un Tsitsipas qui possède les attributs de presque seul potentiel vainqueur derrière les monstres Rafael Nadal et Novak Djokovic. Le choc s’annonce électrique entre deux hommes qui sont tout sauf… des amis!

Arnaud Cerutti - @arnaud_cerutti

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