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US Open: jour 14, vainqueur de légende, vaincu abattu et les yeux vers la terre

Dominic Thiem, enfin vainqueur en Grand Chelem. De quoi tomber à la renverse! [Al Bello - AFP]
Dominic Thiem, enfin vainqueur en Grand Chelem. De quoi tomber à la renverse! [Al Bello - AFP]
En se défaisant d'Alexander Zverev au bout d'une finale inégale, Dominic Thiem est entré dans la caste des lauréats de Grand Chelem. Au grand dam de l'Allemand, qui aurait pu (et dû) s'imposer au bout de ce match. Une fois remis de cette quinzaine, les deux hommes pourront lorgner Roland-Garros. Où on attend plus que jamais Rafael Nadal et Novak Djokovic.

DANS L’HISTOIRE, UN THIEM: du duel germanophone est donc sorti vainqueur Dominic Thiem, lequel entre du même coup dans l’histoire et dans la caste des vainqueurs en Grand Chelem. Un titre acquis au forceps (2-6 4-6 6-3 6-4 7-6, après plus de 4 h de match) certes, mais un titre qui change à jamais une vie, peu importe quand, comment et dans quelles circonstances celui-ci a été enlevé. Six ans après Marin Cilic, l’Autrichien vient glisser son nom dans la courte liste des récents lauréats, au milieu des Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Andy Murray, Stan Wawrinka et Juan Martin Del Potro. Bref, comme dans un dream, Thiem.

UNE FINALE DÉCOUSUE: cet ultime rendez-vous de l’US Open aura été totalement décousu. Durant les deux premiers sets, Thiem s’est trouvé dans ses petits souliers, plat comme une schnitzel, incapable de renvoyer quelque argument à un Zverev au contraire régulier, calme et solide. Tendu comme une arbalète, l’Autrichien était méconnaissable. A l’entame du 3e set lorsque l’Allemand déboula avec déjà deux manches en poche et un break à son compteur, on eut même le sentiment que l’homme aux 3 finales de Grand Chelem perdues allait en placer une maudite quatrième à son palmarès. Comment pouvait-il en être autrement au vu de la première heure et demie de jeu? Mais ça, c’était avant que le vent ne tourne, gentiment mais sûrement....

L’UN PLIE, L’AUTRE PAS: la vraie question maintenant est de savoir si Zverev a été victime du même syndrome que Victoria Azarenka la veille, à savoir qu’à mesure que le Graal s'approchait, sa caboche s’est mise à dégoupiller. Son bras s’est quant à lui fait soudainement plus court, ses services sont devenus par moments des mises en jeu de R7 au tournoi de Corsier et sa sérénité s’est petit à petit envolée dans les vides travées. Et bien sûr, selon le principe des vases communicants, la confiance de l’Allemand s’envolant, celle de Thiem - joueur devenu presque relâché car n’ayant plus rien à perdre après ses deux premiers sets catastrophiques - s’est mise à grimper.

ULTIME MANCHE SANS QUEUE NI TÊTE: engagés dans une 5e manche de tous les dangers mais aussi de tous les possibles, les deux hommes ont vu leur bataille, peu enthousiasmante jusqu’alors car tellement inégale, prendre un autre volume, le suspense s’y étant invité. Un break pour l’un, un contrebreak pour l’autre, un autre break, un Zverev qui sert pour le match mais qui tremble, un Thiem qui revient, qui sert à son tour pour le match mais qui, les jambes en coton et pris par des crampes monstrueuses, ne conclut pas... Puis enfin ce tie-break, durant lequel le réalisme de l’Autrichien finit par prendre le pas sur les nerfs de l’Allemand. C’est la 4e finale de Grand Chelem de suite qui se joue en 5 sets. La 1re qui se termine par une aussi belle accolade.

PAS UN GAGNE-PETIT: voilà comment "Domi" a pu s’inscrire dans l’histoire comme le vainqueur de cette édition 2020 de l’US Open. Il est à noter que même en l’absence de Nadal, Federer, Wawrinka, Del Potro ou encore Kyrgios, le tour de force de l’Autrichien aura été d’aller jusqu’au bout dans un tableau qui ne lui a pas opposé que des "nobodies", bien au contraire. Après des victoires sur Munar et Nagal (non ce n’est pas une faute de frappe), Thiem a enchaîné: Cilic, Auger-Aliassime, De Minaur, Medvedev, puis bien sûr Zverev. En ne lâchant en tout et pour tout qu’une manche avant la finale, contre le Croate, lequel l’avait devancé au palmarès de l’US Open il y a six ans.

CHAPEAU ALEX! Rendons à Alexander Zverev ce qui lui appartient et saluons son parcours. Même s’il a fini par céder contre son aîné autrichien, l’Allemand s’est fait l’auteur d’une très belle quinzaine, qui mérite les louanges, puisque jamais jusqu’ici il n’était allé si loin dans un tournoi du Grand Chelem. Non, évidemment, il n’a toujours pas inscrit un "majeur" à son palmarès et non on ne va pas du jour au lendemain faire de lui le premier prétendant aux futures couronnes, mais oui il devrait bien finir par y parvenir un jour. Après tout, il n’a que 23 ans! Et à l’heure où nombreux sont ceux qui s’emballent encore autour de Stefanos Tsitsipas sous prétexte qu’il a disputé une demie en Grand Chelem (Australie 2019), il s’agit de réhabiliter un peu Zverev, qui reste, sur un quart, une demie et une finale (durant laquelle il fut souverain pendant deux manches) au cours des cinq derniers gros tournois. Y a pire, non?

GROS REGRETS: évidemment que s’il avait perdu cette finale en trois petites manches, Alexander Zverev n’aurait rien trouvé à redire. Sauf que cela n’a pas été le cas et qu’en passant à deux points du titre, son premier en Grand Chelem, sans parvenir à conclure, le Jean-Claude Dusse de cet US Open ne pourra se nourrir que de regrets dans les heures qui viennent. "C’est clair que perdre une finale de "majeur" 7-6 au 5e set en ayant été à deux points du match et en ayant eu quantité d’occasions sans savoir les saisir est terrible, a-t-il relevé. Mais je n’ai que 23 ans et je ne pense pas qu’il s’agissait de mon unique chance." Pris ensuite à la gorge par l’émotion, à défaut de l’avoir été par Thiem en début de match, l’Allemand n’a pas caché avoir rêvé très fort de ramener la coupe à la maison. A ses parents notamment. "Je suis sûr qu’en ce moment ils me regardent depuis chez eux et qu’ils sont fiers malgré la défaite, a-t-il dit. J’espère qu’un jour je leur ramènerai un trophée du Grand Chelem..."

AU 7E CIEL: de l’autre côté, Dominic Thiem était évidemment sur une autre planète. Au 7e ciel, même. "J’ai accompli l’objectif d’une vie, a-t-il glissé. J’ai énormément travaillé pour cela. J’ai consacré toute ma vie à cette quête." Soulagé, l’Autrichien a reconnu que son passé fait de trois finales en Grand Chelem ne lui a en réalité été d’aucun secours: "Au contraire, je crois que cela ne m’a pas du tout aidé. J’étais tellement tendu en début de match! Mes nerfs me posaient problème. Je n’avais pas été aussi tendu depuis très longtemps et je ne savais plus comment me débarrasser de cette tension... Je voulais tellement ce titre, mais en même temps je savais que si je perdais je me retrouvais à 0-4 en finale de "majeurs", sans savoir si une 5e opportunité pourrait un jour se présenter... Toutes ces pensées, ce n’est pas idéal dans un tel rendez-vous." A la longue, son mental a toutefois fait la différence. One Thiem, one spirit.

ET MAINTENANT? Après le tournoi de Rome, qui se dispute cette semaine, Roland-Garros accaparera logiquement tous les regards. Avec un tableau extrêmement ouvert chez les dames, où Belinda Bencic aura peut-être son mot à dire, et un tableau à 3 têtes chez les hommes: deux immenses favoris, Rafael Nadal et Novak Djokovic (lequel reviendra certainement plus fort encore après sa désillusion new-yorkaise), ainsi qu’un sérieux outsider en la personne de Dominic Thiem, qui reste sur deux finales à Paris. Du côté de la Porte d’Auteuil, nous n’oublierons pas, non plus, de regarder de près ce que propose un certain Stan W. (nom connu de la rédaction) qui, malgré son manque de compétition au plus haut niveau, peut nous réserver une fort belle surprise. Et ce sera bien entendu à suivre sur nos antennes, notre site Internet et au fil de nouveaux carnets quotidiens tout au long de la quinzaine.

PARI GAGNÉ: mine de rien, l’US Open, qui avait décidé de tenir tête à la paranoïa ambiante et de ne rien changer à ses dates, a gagné son pari. Le tournoi new-yorkais est allé jusqu’au bout et, si l’on excepte le scandale autour de Benoît Paire et de ses "cas contacts" - dont quelques-uns ont été traités comme des moins que rien - il est aisément passé entre les gouttes. Ce n’était pourtant de loin pas gagné!

Arnaud Cerutti, @arnaud_cerutti

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