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L'invité: Gary Sheehan

Pour le Canadien, il y a 36'000 façons de vivre le hockey. [Keystone]
Pour le Canadien, il y a 36'000 façons de vivre le hockey. [Keystone]
Actuel coach du HC La Chaux-de-Fonds, Gary Sheehan revient sur sa carrière atypique. Le Québécois parle également du hockey helvétique, qu'il connaît très bien.

Les entraîneurs canadiens arrivent généralement en Suisse pour
diriger les équipes de pointe. Pas Gary Sheehan. Le Québécois a
débuté sa carrière comme coach des juniors à FR Gottéron. Ce père
de 2 filles, mariée à une Suisse allemande, a ensuite voyagé dans
toute la Suisse romande, à Genève, Lausanne et maintenant à La
Chaux-de-Fonds, club leader de LNB.

Pratiquement trilingue, il serait pourquoi pas ouvert à un
engagement en Suisse alémanique si cela devait se présenter. Alors
que les playoff de LNB approchent avec des rêves de LNA à la clé,
le patron des Mélèzes se confie.

"Au Canada, c'est très difficile de percer comme
entraîneur"

tsrsport.ch: Vous avez quitté le Canada en
1991 pour venir entraîner des juniors à Fribourg. Comment fait-on
un tel choix?


GARY SHEEHAN: Depuis presque 10 ans, j'exerçais
ce même travail au Québec, dans des équipes de hockey mineures,
mais plutôt comme bénévole. J'avais du plaisir à entraîner les
jeunes. Et un jour, j'ai entendu dire que dans d'autres pays, on
pouvait vivre de ça. Au Canada, c'est très difficile de percer
comme entraîneur, il y a peu de possibilités. J'ai alors choisi de
saisir la chance de faire le même métier mais en gagnant ma vie
avec.

tsrsport.ch: Lorsque vous êtes arrivé en
Suisse, est-ce que vous connaissiez déjà le hockey
helvétique?


GARY SHEEHAN: Non, je n'en avais aucune idée
lorsque j'ai débarqué. J'ai commencé avec une invitation de six
mois, à Fribourg. Après deux mois, le club m'a proposé un contrat
de deux ans.

"36'000 façons de vivre le hockey"

tsrsport.ch: Vous avez travaillé dans
pratiquement tous les grands clubs romands. Vit-on partout
pareillement le hockey?


GARY SHEEHAN: C'est plus ou moins pareil. En tant
que coach, il faut le plus rapidement possible s'identifier au club
pour bien travailler. Ensuite, chaque club a un peu sa mentalité.
Mais il n'y a pas non plus 36'000 façons de vivre le hockey.

tsrsport.ch: Vous êtes maintenant à La
Chaux-de-Fonds depuis 2006, avec un succès certain. Quelle est
votre recette?


GARY SHEEHAN: La première chose, c'est que nous
avons essayé de redonner une âme à l'équipe, avec des joueurs de la
région. Nous avons déjà fait un premier noyau. Ensuite, nous avons
cherché des joueurs qui pouvaient entrer dans cette ambiance et
s'identifier au club. Le choix des étrangers, les transferts, tout
s'est mis en place au bon moment, alors que le club était au plus
bas. Nous avons mis les priorités à la bonne place et nous avons
commencé le travail à la base et non avec des stars.

"En LNB, les étrangers sont le coeur de l'équipe"

tsrsport.ch: En LNB, les joueurs étrangers
ont-ils vraiment un rôle primordial?


GARY SHEEHAN: Oui, ils sont très importants. Ils
sont un peu le coeur de l'équipe, son noyau. On greffe ensuite les
autres joueurs autour d'eux. Ils doivent tirer le groupe en avant
et on essaie de les entourer le mieux possible. A mon avis, c'est
la clé du succès. Les étrangers sont beaucoup sur la glace, ils
sont utilisés dans toutes les situations spéciales. Ils doivent
donc vraiment travailler pour le groupe et ne pas se montrer
égoïstes. Ils doivent être des exemples sur la glace, dans le
vestiaire, mais aussi dehors.

tsrsport.ch: Vous faites une belle saison.
Est-elle conforme aux attentes?


GARY SHEEHAN: Depuis 3 saisons, nous sommes
toujours en progression. Mais on ne sait jamais comment ça va
aller. Nous avons eu passablement de chance, peu de blessures et
toutes les choses sont tombées au bon moment au bon endroit. On a
suivi notre plan depuis 3 ans, et maintenant ça commence à
payer.

tsrsport.ch: L'équipe marche fort en attaque,
mais connaît des soucis en défense!


GARY SHEEHAN: C'est vrai. Nous comptions sur
Chiriaev (retraite) dans les situations spéciales où nous peinons.
Nous avons aussi un jeu offensif, qui plaît au public, mais qui a
des risques.

"L'objectif du HCC est la finale"

Sheehan célèbre la qualification en finale du HCC en 2008. tsrsport.ch: Les
playoff vont débuter. Le HCC vise la LNA à plus ou moins court
terme. Ressentez-vous la pression?


GARY SHEEHAN: Nous essayons de relativiser les
choses, nous ne regardons pas trop le classement. L'objectif est la
finale. Si nous faisons mieux, c'est bien. Sinon, nous remettrons
les choses à l'année prochaine. Mais je crois que d'ici un à deux
ans, il faudra y arriver, sinon ce sera la fin d'un cycle et il
faudra tout recommencer.

tsrsport.ch: Cette année, il n'y a pas
d'équipe faible en LNA. Promotion ardue?


GARY SHEEHAN: Ca fait un moment que je dis qu'il
faudra être costaud pour être promu. L'état d'esprit sera
important. Pour l'équipe de LNA qui aura échoué en barrage, ce sera
dur moralement. Les joueurs auront ainsi parfois tendance à
regarder ce qu'il y a de mieux pour leur carrière et tenteront de
partir. Cela devient difficile pour le club de se sauver s'il n'y a
pas au moins la moitié du groupe qui a un contrat pour l'année
prochaine. L'équipe de LNB a plus de chance de promotion
aujourd'hui qu'il y a 2 ou 3 ans.

tsrsport.ch: La Chaux-de-Fonds va-t-elle
encore faire des transferts pour les playoff?


GARY SHEEHAN: Oui, il faut créer de la profondeur
dans l'équipe, avec 2 ou 3 nouveaux joueurs. Nous devons pouvoir
réagir en cas de blessure.

"Difficile de prévoir l'avenir de la LNB"

tsrsport.ch: La LNB est une ligue un peu
"bizarre". Des équipes visent la LNA, d'autres jouent devant des
tribunes vides. Des clubs de 1re Ligue qui ne peuvent ou ne veulent
pas être promus, etc...


GARY SHEEHAN: C'est clair. Il est difficile de
prévoir l'avenir de la LNB, notamment sur le plan économique. Cette
ligue doit toutefois exister, mais peut-être sous une forme
différente, plus régionale, avec des derbies.C'est aussi pour ça
que La Tchaux ou le LHC veulent changer de catégorie. Ces clubs ont
des budgets élevés par rapport à la qualité. Lorsqu'on reçoit GC,
par exemple, c'est dur de maintenir un budget. Et le public n'y
trouve pas son compte.

Propos recueillis par Aline Gagnebin

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Gary Sheehan express

La première chose que vous faites le matin: je fais pipi (rires).

Qualité: honnête.

Défaut: impatient.

Meilleur souvenir: il y en a 2. L'élimination du LHC l'an dernier en 1/2 des playoff après avoir été menés 3-0. Et puis les titres en 1re Ligue avec Star LS.

Plus mauvais souvenir: mes deux licenciements, notamment celui de Lausanne. Et la relégation du LHC en LNB, lorsque j'étais l'assistant de Bill Stewart.

Devise: quand la santé va, tout va.

Si vous n'aviez pas été entraîneur: j'aurais aimé être journaliste, ou acteur. J'ai bien aimé faire du théâtre.

Votre idole: j'admire les sportifs de haut niveau. Des gars comme Didier Cuche et Roger Federer sont de véritables images positives.

Le dopage: Il ne devrait pas exister. J'ai cru que le hockey n'était pas touché. Mais maintenant, j'ai des doutes. J'espère que l'on agira pour éviter d'avoir la même image que le vélo.

Le hockey c'est: une passion.

Salaire: assez pour manger 3 fois par jour.

Le hockey s'est professionnalisé

tsrsport.ch: Comment avez-vous trouvé le hockey suisse par rapport au canadien?
GARY SHEEHAN: Il y avait peu de points communs. J'ai tout de même été surpris par la qualité technique et de patinage. Par contre, l'aspect physique et du jeu était moins bon, même assez ordinaire à l'époque.

tsrsport.ch: Le hockey suisse a-t-il beaucoup évolué depuis votre arrivée?
GARY SHEEHAN: Enormément, et dans toutes les ligues, toutes les catégories. Le hockey a beaucoup changé au niveau physique et collectif. Cela est aussi dû à la professionnalisation des clubs.

tsrsport.ch: Les Mondiaux se jouent en Suisse en mai. Comment allez-vous les suivre?
GARY SHEEHAN: J'ai la chance de travailler pour la tsr comme consultant. Je commenterai quelques matches. Je ne sais pas encore lesquels. Dans tous les cas, je vais suivre cette épreuve de près car c'est quand même la crème du hockey qui est présente, même s'il manque des joueurs de NHL. L'an dernier, j'ai suivi les Mondiaux au Québec et il y a eu de très bons matches. Je souhaite qu'il en sera de même cette année. J'espère aussi que la Suisse ira le plus loin possible pour que le public reste intéressé. Et personnellement, mon coeur battra pour le Canada!