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L'invité: William Besse

Grâce à sa place de consultant à la tsr, William Besse garde un pied dans le Circuit. [Keystone]
Grâce à sa place de consultant à la tsr, William Besse garde un pied dans le Circuit. [Keystone]
William Besse, vainqueur de quatre descentes durant sa carrière, est un authentique passionné de ski. Consultant pour la tsr, le Valaisan nous livre son regard sur le ski.

William Besse (41 ans) a mis un terme à sa carrière en 1999,
après avoir manqué le virage "carving". Le Valaisan a tout de même
fêté 4 victoires et 13 podiums Coupe du monde, tous en descente.
Dix ans plus tard, "Wills" occupe toujours la lucarne, comme
consultant pour la tsr.

Le ski, ce sculpteur sur bois amoureux du Canada - il y possède un
chalet au bord d'un lac, au nord de Montréal - l'a dans la peau. Il
officie ainsi comme expert pour "Swiss Snowsports" et comme prof de
ski à Verbier. tsrsport.ch a rencontré le skieur de Bruson à
Wengen, là où il avait triomphé en 94. Confidences chaleureuses
"tout schuss".

"J'ai toujours skié à l'instinct"

tsrsport.ch: William Besse, vous avez mis
un terme à votre carrière en 1999. Avec le recul, quel bilan en
tirez-vous?


WILLIAM BESSE: S'il fallait recommencer, je le
ferais avant demain matin! J'ai tout de même deux regrets: ne pas
avoir su m'adapter à l'évolution du matériel et d'avoir trouvé trop
tard pourquoi, et ne pas m'être imposé à Kitzbühel, le rêve de tout
skieur. J'ai fini une fois 2e et une fois 3e, mais n'ai jamais pu
repartir avec le chamois. Il aurait pourtant eu fière allure sur le
bord de la cheminée...

tsrsport.ch: Cette fameuse évolution vers les
skis "carvés", c'est un peu ce qui vous a poussé vers la porte de
sortie...


WILLIAM BESSE: C'est en 95/96 qu'il y a eu ce
déclic au niveau matériel. Il a fallu s'adapter, ce qui n'était pas
une chose facile. Les mouvements pour déclencher un virage
restaient les mêmes mais tout était différent au niveau de
l'amplitude. Aujourd'hui, tu peux te permettre de faire de la
bascule à chaque virage si ça ne va pas trop vite. L'élévation et
l'angulation sont toujours là, mais utilisées différemment. Après
ma blessure, j'ai tout donné les 2 dernières saisons pour revenir
mais n'ai jamais trouvé la solution.

Ce n'est que bien plus tard, au moment où je passais mon brevet de
prof de ski que j'ai compris comment et pourquoi, et ainsi pourquoi
j'ai ramé les deux dernières saisons. J'ai toujours skié à
l'instinct, sans me demander pourquoi je devais faire tel ou tel
mouvement à tel moment. Et quand il a fallu évoluer, je me suis
pris la tête.

"Le ski n'a pas toujours évolué dans la bonne direction"

tsrsport.ch: Ces dernières années, le monde
du ski a aussi bien changé, notamment au niveau du
professionnalisme?


WILLIAM BESSE: Oui, tant au niveau des capacités
physiques des athlètes qu'au niveau de leur nutrition. Mais le ski
n'a pas non plus toujours évolué dans la bonne direction, selon
moi. Moi, le truc qui me dérange, c'est qu'à chaque fois que tu vas
sur une descente, elle tourne toujours plus que l'année précédente.
A la "Tête de chien", on ne saute d'ailleurs pratiquement plus.
Aujourd'hui, on tend à sécuriser au maximum en ralentissant les
coureurs dans certains passages. Le fait que celui qui piquette une
course est responsable en cas d'accident contribue à ce que l'on
prenne moins de risques. Des accidents comme celui de Lanzinger
font peur désormais.

tsrsport.ch: Vous aviez gagné au Lauberhorn
en 94. Vous reconnaissez encore la piste?


WILLIAM BESSE: Oui, c'est toujours le Lauberhorn,
mais il tourne bien plus. La différence, c'est que les portes
intérieures étaient les extérieures de mon temps. En 15 ans, le
Lauberhorn a énormément changé.

"Quand j'ai gagné à Wengen, j'ai touché 10'000 francs"

En 1994, Besse s'est imposé sur le prestigieux Lauberhorn. tsrsport.ch: Au
niveau des primes, on imagine que ce n'est plus pareil non
plus...


WILLIAM BESSE: Quand j'ai gagné à Wengen, en
1994, ce n'était que la 2e ou la 3e année où on touchait des
primes. Moi, j'avais touché 10'000 francs. Aujourd'hui, ça doit
être 4-5 fois plus (réd: 33'000 pour le 1er en fait). D'ailleurs,
quand j'avais gagné ma 1ère descente, à Panorama en 92, il n'y
avait pas de prime de course. Il n'y a que les sponsors qui
payaient.

Quand un gars gagne une course et 50'000 francs, les gens se
disent peut-être que c'est un sport difficile, qu'il y a du travail
derrière. Au ski, on gagne correctement sa vie, mais il y a des
disciplines qui paient bien plus. Quand j'entends les salaires
qu'il y a dans le foot, je me dis que ça devient du n'importe quoi.
Vous imaginez le travail que doit fournir un triathlète pour être
bon? Et il gagne quoi? Pas grand-chose, c'est certain. Il ne faut
pas oublier que tous les skieurs n'ont pas plusieurs disciplines.
Celui qui n'en a qu'une n'a peut-être que 10 courses par hiver. Ces
10 courses décident de ton salaire.

"Etre consultant pour la tsr me procure un plaisir
incroyable"

tsrsport.ch: Au niveau du matériel, vous
pensez qu'il va encore évoluer?


WILLIAM BESSE: Oui, évidemment. Il y a encore
beaucoup à faire, notamment au niveau des plaques. On peut aussi
encore améliorer le "flex" du ski, sa réactivité et travailler
encore davantage sur l'absorption des vibrations.

tsrsport.ch: Consultant TV pour la tsr, c'est
un moyen de rester "dans la famille"?


WILLIAM BESSE: Ca me procure un plaisir
incroyable. J'essaie de transmettre ma passion tout en tentant de
faire comprendre aux téléspectateurs pourquoi le skieur fait telle
ou telle faute. Mais ça permet de garder un pied dans le Circuit,
ce qui est génial.

tsrsport.ch: Entraîneur à Swiss-Ski, ça ne
vous a jamais intéressé?


WILLIAM BESSE: J'ai passé mon brevet fédéral en
même temps que Steve Locher, qui est un "actif". Mais j'ai 2 filles
de 6 et 8 ans que je veux voir grandir, et pas être absent pendant
11 mois. Mais plus tard, pourquoi pas...

Propos recueillis par Daniel Burkhalter

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William Besse express

La première chose que vous faites le matin: je détruis mon réveil!

Ce que vous mangez volontiers: chocolat

Boisson préférée: chocolat aussi, mais j'aime bien l'eau également.

Lieu de vacances favori: le Canada.

Meilleur souvenir: la naissance de mes deux filles.

Plus grande qualité: gentil, gentil et gentil.

Pire défaut: l'impatience.

Pourquoi toujours la casquette sur la tête? Pourquoi pas!

Le dopage, c'est: la tricherie.

Si vous n'aviez pas été skieur: j'aurais fait du... ski! C'est ma passion depuis tout petit. J'ai eu la chance d'en faire mon métier. Mais sinon, je serais sûrement devenu prof de ski.

Votre idole: Roger Federer.

Votre devise: à donf!

Votre salaire: ça dépend si je donne beaucoup de leçons, si je commente 2 ou 5 courses. Pas de chiffre précis, mais je sais au moins qu'il est mérité.

Besse: Cuche et Albrecht favoris des Mondiaux

tsrsport.ch: Vous avez toujours été bons lors de la descente de Val d'Isère (2e et 3e). Les Mondiaux se tiennent là-bas bientôt. Vous avez arrêté trop tôt?
WILLIAM BESSE: Mais c'était sur la piste "Oreiller-Killy", que j'adorais. En février, ce sera sur la Bellevarde. Elle est d'ailleurs presque trop raide pour une descente. Tu ne peux pas te permettre des grosses pointes de vitesse car il n'y a pas assez de plat et de traverses. C'est presque un super-G tellement ça tourne! Quand on l'avait faite, lors des Jeux d'Albertville en 92, les deux qui étaient devant avaient d'ailleurs des skis de Super G.

tsrsport.ch: Alors, quel est votre favori?
WILLIAM BESSE: Le vrai descendeur n'aura pas beaucoup de chance. Autant je vois Walchhofer gros comme une maison pour la CDM de descente, autant je pense que Val d'Isère ce sera trop technique pour lui, descendeur pur. Je vois plutôt des Cuche, Albrecht ou Gruber.