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L'invité: Ottmar Hitzfeld

Ottmar Hitzfeld, l'un des meilleurs entraîneurs au monde. [Keystone]
Ottmar Hitzfeld, l'un des meilleurs entraîneurs au monde. [Keystone]
Considéré comme l'un des meilleurs entraîneurs au monde, Ottmar Hitzfeld est revenu en Suisse pour diriger l'équipe nationale. Il revient sur sa carrière. Interview.



Seul entraîneur avec Ernst Happel à avoir remporté la Champions
League avec deux clubs différents (Borussia Dortmund et Bayern
Munich), Ottmar Hitzfeld (60 ans le 12 janvier) fait partie des
tous meilleurs entraîneurs au monde. Coupes Intercontinentales,
Coupes nationales, championnats, l'"entraîneur mondial" des années
1997 et 2001 a tout gagné.

Et après avoir dirigé Zoug, Aarau, Grasshopper, Dortmund et le
Bayern (pendant sept ans au total), Hitzfeld a décidé de revenir à
ses origines ou de "boucler la boucle" en acceptant de
diriger l'équipe de Suisse depuis juillet 2008.

tsrsport.ch l'a rencontré dans la campagne bâloise, à Riehen, non
loin de son domicile natal de Lörrach, en Allemagne. Il s'est
confié avec une rare gentillesse et un grand professionnalisme.

"Attentes vis-à-vis de l'équipe presque trop grandes"

tsrsport.ch: Vous êtes à la tête de
l'équipe de Suisse depuis juillet dernier. Quel regard portez-vous
sur vos débuts?


OTTMAR HITZFELD: J'ai été très bien accueilli.
L'enthousiasme populaire était fantastique. Les attentes vis-à-vis
de l'équipe étaient alors presque trop grandes. Ce n'était donc
peut-être pas plus mal qu'on ait fini dans le mur face au
Luxembourg en septembre. Les gars ont dû et su se remotiver pour
évoluer en équipe. Ils ont travaillé dur et su réagir en ne cédant
pas à la panique. Avec le recul, je dirais que nous avons essuyé un
coup tombé au bon moment... J'exerce la profession d'entraîneur
depuis 1983.

En 25 ans, j'ai vécu beaucoup de moments particuliers. L'idée est
de toujours remplir ses mandats avec beaucoup de respect et d'être
prêt à encaisser des coups durs. Je pense notamment à ma défaite à
la tête du Bayern Munich en finale de la Champions League 1999 dans
les arrêts de jeu contre Manchester United...

tsrsport.ch: Après le Luxembourg, vous vous
êtes dit: "mon Dieu, dans quelle aventure je me suis
engagé..."?


OTTMAR HITZFELD: J'étais choqué, il est vrai,
mais je n'ai jamais douté de mon équipe ni de mon travail accompli.
De telles défaites arrivent inévitablement dans une carrière. La
saison passée, le Bayern avait réussi le doublé Coupe-Bundesliga
mais avait eu toutes les peines du monde pour éliminer Wacker
Burghausen (3e division) en Coupe d'Allemagne. Et ce malgré la
présence dans nos rangs de joueurs de classe mondiale tels que Toni
ou Ribéry. Tout se joue sur des détails et c'est ce qui fait de
manière générale la beauté de notre sport.

"J'ai déjà connu plusieurs vies à la tête de l'équipe
suisse"

tsrsport.ch: L'objectif "Mondial 2010"
demeure donc, malgré cette défaite?


OTTMAR HITZFELD: Naturellement. Je suis un homme
animé par une pensée positive. Mon expérience m'a appris à ne pas
changer d'objectif en cours de route. Beaucoup changent constamment
d'objectifs, hésitent ou se plaignent de leur sort après de lourdes
défaites. J'ai déjà connu plusieurs vies à la tête de l'équipe
suisse. Mais le groupe a démontré qu'il est sur le bon chemin si
chaque joueur remplit son rôle. J'ai senti un état d'esprit positif
et une réelle cohésion au sein du groupe. Il était de ce fait
important que nous bouclions l'année 2008 (succès en Grèce) en
ayant le destin entre nos mains pour la suite de la qualification
pour la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud.

tsrsport.ch: Avec le recul, pourquoi avoir
accepté ce job en Suisse? Est-ce votre dernière étape en tant que
coach?


OTTMAR HITZFELD: Je pense effectivement que la
boucle est bouclée, mais il ne faut jamais dire "jamais". La
logique veut toutefois que mon contrat avec la Nati soit mon
dernier mandat.

"Au Bayern, j'avais un jour de congé par mois"

tsrsport.ch: Pourquoi passer maintenant à
une équipe nationale, et plus précisément à celle de la
Suisse?


OTTMAR HITZFELD: Je ne voulais plus assumer le
rôle d'entraîneur en club et le stress qui en découle. Au Bayern,
j'avais un jour de congé par mois! J'avais tout réussi avec ce
club. C'était beau, mais très éprouvant. Avec l'âge, il faut penser
à l'avenir... Je le devais à ma famille et à moi-même. Ma qualité
de vie s'est améliorée et le nouveau défi à relever avec l'équipe
de Suisse est enthousiasmant. Je me sens lié à la Suisse car j'ai
effectué mes débuts de joueur au FC Bâle et d'entraîneur à Zoug. La
Suisse est davantage ma patrie que l'Allemagne. J'y ai aussi plus
d'amis.

tsrsport.ch: Concrètement, entraîneur de club
ou sélectionneur, ça change quoi?


OTTMAR HITZFELD: Le sélectionneur n'a pas ses
joueurs tout le temps sous la main et il n'a pas 12 matches de
préparation pour mettre les choses en place. C'est une aventure
dont on ne peut pas calculer tous les paramètres. Préparer son
équipe en quatre jours seulement est un nouveau fonctionnement
passionnant à mes yeux. Il n'est d'ailleurs pas évident de poser
son empreinte sur le jeu en si peu de temps. En fin de compte, on
ne peut pas changer grand-chose. Il y a une part de risques à
prendre...

"Six ans à Munich, ça vaut 20 ans dans un autre club"

tsrsport.ch: Un sélectionneur est donc
davantage un pédagogue envoyant un message à des joueurs au faîte
de leur technique?


OTTMAR HITZFELD: Mon rôle n'est pas de former des
joueurs mais de trouver le bon amalgame, la bonne sélection. Je ne
dois pas forcément retenir les meilleurs mais ceux qui jouent le
mieux ensemble. Onze artistes ou 11 défenseurs sur le terrain, ce
n'est pas possible. Il faut trouver le bon dosage.

tsrsport.ch: Aucun regret de ne pas avoir
dirigé la sélection allemande?


OTTMAR HITZFELD: En 2004, j'ai eu la possibilité
d'occuper ce poste. J'y ai réfléchi pendant une semaine. Entraîner
la Mannschaft au Mondial 2006, qui plus est à domicile, on est
presque obligé d'accepter. Mais je n'étais alors pas en pleine
possession de mes moyens. J'étais fatigué car je sortais de six
années au Bayern. Et six ans là-bas, ça vaut 20 ans dans un autre
club!

"Pour partir à l'étranger, j'aurais dû maîtriser la
langue"

Depuis juillet 2008, Ottmar Hitzfeld dirige l'équipe de Suisse. [Keystone]Depuis juillet 2008, Ottmar Hitzfeld dirige l'équipe de Suisse. [Keystone] tsrsport.ch: La
pression des dirigeants bavarois était donc à ce point
énorme?


OTTMAR HITZFELD: Elle fait partie du job, mais
partout où je suis allé, je me la suis mise moi-même. Pas besoin de
critiques de comités pour me motiver. Je suis mon plus grand
critique. J'ai toujours été un battant. L'entraîneur doit être
quelqu'un qui doit prendre des décisions seul en fonction de sa
philosophie.

tsrsport.ch: Après votre départ du Bayern, en
2004, vous avez notamment été courtisé par le Real Madrid. Pourquoi
ne pas avoir tenté une expérience à l'étranger?


OTTMAR HITZFELD: La communication est un facteur
essentiel dans l'accomplissement de mon métier. Il est important de
pouvoir parler avec les gars, de sentir leur état de forme en
discutant, de jouer avec les mots afin de mieux faire passer mon
message. Pour partir, j'aurais dû maîtriser la langue. De toute
façon, même si je parlais espagnol, j'aurais probablement déjà été
renvoyé (rires)!

tsrsport.ch: Et en 2007, retour au
Bayern...


OTTMAR HITZFELD: Oui, car Uli Höness (le manager
du club bavarois) ne m'avait pas dit qu'il cherchait un entraîneur,
mais de l'aide après le renvoi de Felix Magath. C'est ce qui a fait
toute la différence...

"Nous ne disposons pas de 20 joueurs de classe mondiale"

tsrsport.ch: Le réservoir de joueurs
suisses au niveau international est passablement
restreint...


OTTMAR HITZFELD: Nous ne disposons pas de 20
joueurs de classe mondiale, contrairement à d'autres nations. Mais
c'est normal. La Suisse compte 10 fois moins d'habitants que
l'Allemagne. La Suisse compte de bons joueurs mais le problème
réside dans le fait qu'ils ne jouent pas tous régulièrement dans
leurs clubs respectifs. Le sélectionneur peut aligner 1-2 joueurs
qui ne sont pas titulaires en clubs, mais pas 5 ou 6.

"Ils ne sont pas engagés en tant que stars"

tsrsport.ch: Pourtant, beaucoup de joueurs
suisses partent très tôt à l'étranger, et ne jouent pas.
Pourquoi?


OTTMAR HITZFELD: La formation helvétique est
reconnue partout en Europe. Il y a beaucoup de talents, qui plus
est affûtés techniquement et bon marché. Peut-être qu'ils partent
trop tôt. Ils intègrent des équipes mais ne figurent que dans le
cadre des 25. Ils ne sont pas engagés en tant que stars qui se sont
imposées en Suisse. Leur premier défi est donc de se faire une
place sur le banc.

Je dirais qu'après 3-4 saisons comme titulaire en Super League,
dont trois en sélection nationale, le joueur pourrait avoir sa
chance dans le onze de base à l'étranger. Ensuite, mieux vaut être
titulaire dans un club étranger de milieu de classement que
remplaçant dans une équipe qui joue les premiers rôles. Le
problème, c'est qu'en Suisse un espoir gagne 5 à 10 fois moins qu'à
l'étranger. Cet aspect financier explique aussi cet exode.

Propos recueillis par Miguel Bao et Daniel Burkhalter

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Ottmar Hitzfeld express

Première chose faite le matin: je me dis que je serais bien resté au lit une heure de plus... (rires).

Plat favori: palette (jambon cuit) avec des röstis.

Boisson préférée: un espresso le matin, beaucoup d'eau la journée et un verre de vin le soir.

Votre meilleur souvenir: le but de Walter Iselin contre Neuchâtel Xamax en finale de la Coupe de Suisse en 1985. C'était mon premier titre en tant que coach, et c'était un rêve de le remporter avec le FC Aarau.

Votre pire souvenir: la récente défaite contre le Luxembourg. Un véritable choc.

Votre devise: qui ne tente rien, ne gagnera rien non plus.

Si vous n'aviez pas été joueur, puis entraîneur: j'ai une formation d'enseignant, donc...

Le dopage, c'est: une trahison envers soi-même et ses concurrents. Il faut le combattre vigoureusement.

Votre salaire: quel que soit le salaire, il est toujours trop bas (rires)!

"Je me suis laissé 5 ans pour voir ce que je valais comme entraîneur"

tsrsport.ch: Entraîneur après avoir été joueur, une suite logique pour vous?
OTTMAR HITZFELD: J'ai arrêté de jouer à 34 ans. Comme j'avais obtenu mon diplôme d'enseignant de sport et de maths 10 ans plus tôt, j'aurais dû passer un nouvel examen pour pouvoir exercer. J'ai donc décidé de me laisser cinq ans pour voir ce que je valais en tant qu'entraîneur. A cause des déménagements et des risques de licenciement, ce n'est pas forcément ce que je voulais faire. Mais comme j'entraînais déjà la meilleure équipe du pays après 5 ans - Grasshopper -, j'ai su que je pourrais devenir un bon entraîneur.

tsrsport.ch: Vous auriez aussi pu aller entraîner Servette?
OTTMAR HITZFELD: Oui, en 1985 après ma victoire en Coupe de Suisse avec Aarau, mais j'avais décidé de respecter mon contrat. Ce que j'ai d'ailleurs toujours fait. Puis j'ai entraîné Grasshopper en 1988 avant de débarquer au Borussia Dortmund en 1991.

tsrsport.ch: Alors que votre mère voulait que vous deveniez prêtre...
OTTMAR HITZFELD: J'ai été, c'est vrai, élevé dans un milieu catholique. En 1961, à 12 ans, j'avais d'ailleurs été envoyé dans un internat à St-Gall. Mais j'avais le mal du pays et étais déprimé. Je voulais retourner à Lörrach, mon village natal. Plus tard, dans le cadre du foot, je n'ai pas arrêté de déménager et n'ai plus vécu à Lörrach pendant 33 ans!

tsrsport.ch: A votre arrivée à Dortmund, en 1991, on ne vous prenait pas pour le "P'tit Suisse"?
OTTMAR HITZFELD: Si, bien sûr. Un entraîneur inconnu au Borussia, qui amenait en plus un certain Stéphane Chapuisat dans ses bagages... Les supporters se demandaient alors comment le club, qui luttait contre la relégation, pourrait avoir du succès avec deux Suisses! Cette époque à Dortmund a été passionnante même si j'ai une nouvelle fois souffert du mal du pays lors des deux premiers mois. J'ai alors perdu 4 kg dans l'histoire! Mais en fin de compte il était plus facile de faire ses preuves en tant qu'inconnu que maintenant en Suisse. Tout le monde croit que Hitzfeld, qui a tout gagné en clubs, a d'ores et déjà qualifié l'équipe de Suisse pour le Mondial 2010. Le défi est énorme.