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National League - Massimo Lorenzi: "On regrette de ne plus diffuser en direct la National League, car le hockey fait partie de l'identité suisse"

Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS. [Miguel Bao - RTS]
Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS. [Miguel Bao - RTS]
Coup dur pour la SSR. Dès la saison prochaine et jusqu'en 2027 au moins, il n'y aura plus aucune rencontre de National League en direct sur la RTS, SRF et RSI. Détenteur exclusif des droits de diffusion, Sunrise UPC (MySports) a octroyé des sous-licences à Léman Bleu et TeleTicino notamment. Pour Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS, "se trouver privé de hockey parce qu'il y a une surenchère ahurissante des droits, ça fait mal".

La Ligue suisse de hockey a vendu tous les droits de diffusion en exclusivité à Sunrise UPC. On murmure en coulisses le montant de 30 millions de francs par saison. "Cette offre est 3 à 4 fois supérieure à ce que la SSR a proposé. L'offre de la SSR a été majorée de 10% par rapport à son contrat actuel", indique Massimo Lorenzi. "Nous avons également proposé de diffuser des matches de playoffs mais aussi de la saison régulière pour contribuer à diffuser le hockey tout au long de la saison".

"Nous n'avons pas pu nous aligner", poursuit le patron des sports à la RTS. "Cela aurait impliqué de renoncer aux 2 tiers de notre offre sportive globale, une hérésie! Ainsi, de la même manière que la SSR a refusé la surenchère lors des négociations de Ligue des champions, elle a refusé celle du hockey suisse. Il est exclu de sacrifier le ski, les Jeux olympiques, le tennis, l’athlétisme, le cyclisme, la F1, la moto... pour faire de la monoculture sportive sur le foot et le hockey"

Pour tous les droits du sport en web, télé et radio, la SSR dépense à peu près 45 millions en moyenne par année. Si on met 30 millions uniquement pour le hockey, il faudrait sacrifier tout le reste

Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS. [Miguel Bao - RTS]
Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS

"Il y a encore quelques mois, en fin d'année dernière, on avait l'impression qu'on allait pouvoir faire un partage, parce que je pense qu'il y a un business modèle qui est faisable entre des groupes télécoms qui ont des exclusivités et des moyens énormes et le service public qui peut avoir une partie de l'offre. Mais pour cela, il faut le vouloir. Manifestement, le partenaire privé Sunrise UPC ne l'a pas voulu. Il a préféré faire un "deal" avec un autre".

Léman et Bleu et TeleTicino diffuseront donc une fois par semaine un match de National League en direct. La RTS et RSI n'auraient-elles pas pu obtenir ce match? "Nous avons refusé car la SSR est une entreprise nationale. Quand on négocie des droits, cela se fait au plan national. On se met ensemble. C'est inimaginable de considérer que la RTS ou RSI diffuse des événements que SRF n'aurait pas. Il faut savoir que c'est la Suisse alémanique qui finance les autres régions: SRF génère 75% des ressources de la SSR mais n'en perçoit que 43%, alors que la RTS génère 23% des ressources et en perçoit 33%. Cela n'aurait pas été responsable".

En Suisse dès qu'un sport quitte le service public pour aller sur une chaîne privée ou régionale, ce sport est moins suivi

Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS. [Miguel Bao - RTS]
Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS

A priori, le public suisse ne sera pas lésé dans la mesure où il pourra voir du hockey en direct sur un diffuseur gratuit. "Il ne m'appartient pas de répondre à ça. Ce que je sais, c'est qu'en Suisse dès qu'un sport quitte le service public pour aller sur une chaîne privée ou régionale, ce sport est moins suivi. Les audiences le montrent. La preuve, ces télévisions privées ne nous donnent souvent même pas les chiffres. A mon avis, ce nouveau contrat qui nous prive des directs de National League va affaiblir la popularité et la visibilité du hockey dans les 4 coins du pays", estime le patron des sports à la RTS. "L'avenir nous le dira" .

Première conséquence de cette perte des droits de diffusion: le championnat de National League risque fort de se limiter à la portion congrue sur la RTS. "Nous verrons notamment des résumés lors des Sport Dernière (ndlr: 3 minutes au maximum par match). Mais n'oublions pas les Mondiaux de hockey qui vont commencer. Nous les couvrirons en direct car nous avons les droits pour l'équipe nationale. Nous continuerons de suivre l'équipe nationale parce que ce n'est pas le même contrat que celui du championnat de Suisse".

On regrette de ne plus diffuser en direct le championnat de National league car le hockey fait partie de l'identité suisse

Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS. [Miguel Bao - RTS]
Massimo Lorenzi, rédacteur en chef des sports à la RTS

On se dirige donc vers un appauvrissement de l'offre sportive sur les différents canaux de la SSR. "C'est déjà le cas", reconnaît Massimo Lorenzi. "Il faut comprendre pourquoi. La SSR n'est pas un opérateur privé qui peut se contenter de ne montrer que du foot ou que du hockey. C'est incompatible avec le service public. On veut continuer à montrer les Jeux olympiques, l'Euro ou la Coupe du monde de foot, les Mondiaux de ski, la saison de tennis, de cyclisme, de Formule 1, de moto. On veut continuer cette diversité-là car il y a des publics. On ne va pas tomber dans une monoculture, dont les prix sont absurdes. On regrette de ne plus diffuser en direct le championnat de National League car le hockey fait partie de l'identité suisse".

Massimo Lorenzi sera invité ce soir dans Forum et au 19:30

Miguel Bao

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"Il faut être raisonnable avec l'argent du public"

Cette absence de direct pour le championnat de National League ne risque-t-elle pas d'amener de l'eau au moulin de ceux qui veulent faire baisser le prix de la redevance? "On peut se servir de n'importe quelle réalité pour alimenter une lutte contre la SSR et contre son mandat. La meilleure réponse que j'ai à donner est que l'argent avec lequel on négocie les droits provient à 75% l'argent de la redevance. C'est moins d'un franc par jour par ménage. Cet argent, on ne peut pas le gaspiller n'importe comment. On ne va pas dépenser des sommes pharaoniques de la redevance pour cautionner une surenchère de certains sports, comme la Ligue des champions ou maintenant la National League. Il faut être raisonnable avec l'argent du public. Beaucoup de gens peuvent comprendre cet argument. Des passionnés de hockey vont sans doute m'insulter et diront que je dis n'importe quoi, mais nous ne travaillons pas que pour les passionnés. La SSR a un public large".

Quid des autres sports sur la SSR?

"Le tennis se négocie de tournois en tournois parce que ce sport est très en proie à des secousses puisque Amazon a acquis certains droits. Ce groupe mondial peut priver tout le monde de ce qu'il veut. Pour l'instant, nous allons diffuser Roland-Garros et on en est très fier", précise Massimo Lorenzi.

"On diffusera la Coupe du monde au Qatar, même si cela pose d'autres problèmes que sportifs. On diffusera les Jeux olympiques de Paris en 2024 et de Cortina en 2026 ainsi que les prochains Mondiaux de ski alpin. On va continuer de diffuser du cyclisme. Il y a encore beaucoup de choses, mais c'est vrai que la perte des droits de National League est regrettable".