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Fanny Smith: "Je croyais en mon retour cet hiver"

Fanny Smith prend la pose sur des pistes qu'elle connaît par coeur. [Galaud - RTS]
Fanny Smith prend la pose sur des pistes qu'elle connaît par coeur. [Galaud - RTS]
C’est dans un petit bar au bas des pistes de ski à Villars, que Fanny Smith a donné rendez-vous à RTSsport.ch. L’hiver est bien là: les flocons tourbillonnent, les chanceux skieurs profitent de ce précieux or blanc qui s’est fait attendre. Pour la spécialiste du skicross en revanche, l’hiver est terminé. La faute à cette vilaine blessure contractée début décembre après une chute en qualifications, qui l’a contrainte à mettre un terme à sa saison. "Jusqu’à la dernière minute, je croyais à un retour. Mais c’est le sport", clame-t-elle fataliste. Malgré l’épreuve, c’est avec son sourire et sa joie de vivre qu’elle s’est confiée.

RTSsport.ch: Fanny, six semaines après votre accident, comment va votre clavicule ?

FANNY SMITH: Ça évolue. Mais ma saison tombe à l’eau. J’ai vu mon médecin mercredi après six semaines de pause forcée durant laquelle j’ai dû rester tranquille. Malheureusement, je me suis cassée l’extrémité de la clavicule, le pire endroit. J’ai dû me faire poser une plaque et un crochet, et tant que j’ai ce crochet, je ne peux pas lever le bras plus de 90 degrés. Si je force trop dans mes mouvements, cela risque d’abîmer mes ligaments.

RTSsport.ch: Pourtant, vous envisagiez de faire votre retour fin janvier à l’occasion des X-Games…

FANNY SMITH: Oui, car lors du premier diagnostic, ce n’était qu’une clavicule cassée donc on pensait que ça guérirait vite. Mais le chirurgien s’est rendu compte durant l’opération que la blessure était plus grave que prévu. J’essaie toujours d’être positive mais ma plus grande déception c’est de ne pas pouvoir aller aux X-Games. C’était mon grand objectif de l’hiver. C’est vraiment un événement à part, aussi gros que des Mondiaux. C’est d’autant plus frustrant que depuis 2012, le skicross n'était plus au programme.

RTSsport.ch: Comment avez-vous pris la nouvelle ?

FANNY SMITH: Mes médecins m’ont vite fait comprendre que ma saison était peut-être fichue. Mais sur le moment, on n’y croit pas. Jusqu’à hier (mercredi), il me restait encore un petit espoir. On essaie de se dire que c’est le sport, les risques du métier, mais moralement ce n’est pas facile. C’est un peu comme un départ à la retraite (sourire). L’activité s’arrête d’un coup, et on n’a plus rien à faire. Avec ma fracture, j’ai été mise au repos complet. Mon médecin m’a dit de prendre mon temps et de rester sur le canapé pendant cinq semaines à regarder la télé. Après trois semaines, j’ai voulu négocier avec mon entraîneur pour faire du vélo d’appartement. Mais je n’ai pas pu. Je devais éviter les vibrations et même les longs trajets en voiture. Du coup, on comble nos journées comme on peut. Mais avec le bras en écharpe il faut s’organiser.

RTSsport.ch: Est-ce que vous vous repassez le fil de votre chute?

FANNY SMITH: Oui, on y repense, on se demande ce que l’on aurait pu améliorer. Peut-être que je cherche trop à repousser mes limites et que je dois peut-être travailler sur ce point. Mais en même temps, ce n’est que la deuxième fois de ma carrière que je chute à une qualification. Mais cette blessure me montre que j’ai encore des points faibles.

"Il faut savoir se contenir"

RTSsport.ch: Repousser ses limites est un peu la nature de tout athlète, non?

FANNY SMITH: Clairement. Mais en même temps, c’est ce qui m’a fait commettre une grosse erreur aux Jeux Olympiques à Sotchi (ndlr: Smith a mal négocié les trois dernières bosses alors qu’elle était en tête de sa demi-finale).  Il faut savoir gérer une course et je ne l’ai pas fait. Avec l’adrénaline qu’amène le sport de haut niveau, on pense à gagner par tous les moyens, quitte à se blesser. Car lorsque l’on est en course, on veut prendre tous les risques alors qu’il faut parfois se contenir. D’un autre côté, si on ne se surpasse pas, on n'arrive à rien. C’est le grand paradoxe.

RTSsport.ch: On dit souvent qu’une blessure rend plus fort…

FANNY SMITH: C’est un cliché. Tout le monde dit, "tu reviendras plus forte l’année prochaine". Ça me fait sourire. Alors oui, on se bat et on doit en faire encore plus, mais une blessure stoppe la progression et on doit tout recommencer. Certes, on apprend encore des petites choses sur notre corps. Mais une blessure n’est jamais facile à gérer. On peut vite tomber dans la déprime.

RTSsport.ch: Justement, est-ce qu’il y a eu des moments de doute après votre blessure?

FANNY SMITH: Non, pour moi c’était clair que j’allais revenir la saison prochaine car je sais ce que je veux dans la vie. Je sais que le skicross me rend heureuse et que c’est ma passion. Je me suis juste demandée comment j’allais organiser mes journées durant ces mois de convalescence, si j’allais rester dans le monde du ski ou partir dans autre chose. Au final, je me suis dit qu’il fallait que je prenne cette opportunité pour grandir et m’investir dans mon académie de skicross. Je vais prendre mon temps pour la promouvoir, démarcher des sponsors et recruter des jeunes qui ont envie de s’initier à la discipline.

"Je reçois beaucoup de soutien"

RTSsport.ch: Dernièrement, la skieuse Julia Mancuso a lancé un appel aux dons car elle n’arrivait pas à payer tous ses frais de rééducation. Dans votre cas, quel soutien recevez-vous?

FANNY SMITH: On a la chance en Suisse d’avoir de bonnes assurances. Et de mon côté, je suis très bien entourée avec ma structure privée. Tout dépend des contrats que l’on a mais je suis en train de discuter avec mon principal sponsor qui possède un centre de réhabilitation en Autriche. Je vais peut-être aller là-bas pour ma rééducation. Concernant mes revenus, c’est sûr que les primes de courses me passent sous le nez (rires). Mais j’ai la chance d’avoir des sponsors qui sont soucieux de ma santé et qui me soutiennent. Cela fait plaisir de recevoir des sms et des mails.

RTSsport.ch: La suite du programme pour vous?

FANNY SMITH: Je vais commencer la physio et la rééducation. Je vais pouvoir me déplacer un peu, bouger. Et j’espère intégrer le centre en Autriche.

Propos recueillis par Floriane Galaud - @FlorianeGalaud

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Fanny Smith: l'ambiance générale a changé

RTSsport.ch: Comment est l’ambiance sur le circuit?
FANNY SMITH: Ça change. Il y a trois ans j’aurais dit que l’ambiance était familiale. Mais ce n’est plus vraiment le cas car les nations en veulent toujours plus, les médias sont plus présents. Par exemple, le Canada est une nation qui a une approche du sport et de la préparation mentale beaucoup plus développée que chez nous. Avant, avec les Canadiennes on était très copines. C’est moins le cas aujourd’hui. Peut-être aussi par ce que le skicross est une discipline reconnue. Mon entraîneur physique me reproche parfois d’être trop gentille (sourire). Mais c’est dans mon caractère. Les sales coups n’apportent rien du tout. Certains vont les utiliser mais moi, cela ne me viendrait jamais à l’esprit. Je me suis blessée au genou à cause d’une équipe qui, durant l’été, s’est entraînée à faire tomber les adversaires.

RTSsport.ch: Malgré tout, vous avez des amies sur le circuit?
FANNY SMITH: Oui, Ophélie David. Je suis fan d’elle depuis bien longtemps, avant même que je ne commence le skicross. C’est bizarre car on est fan d’une personne, on la respecte, on concourt contre elle, on arrive à son niveau et puis on la bat. Et après tout ça, il y a une amitié qui naît. C’est quelque chose de très beau. On s’écrit, elle me dit qu’elle est triste pour moi et que je lui manque. C’est clairement la "maman" du skicross. Sinon, je m’entends très bien avec une Polonaise et une Britannique.

Séquence nostalgie avec Fanny Smith

Votre première fois sur les skis: j’avais deux an et demi, à Villars. Je sais que j’ai marché à 10 mois. Je mettais les chaussures de ski de mon frère à la maison et faisait beaucoup de vacarme (rires).

Votre première course officielle de skicross: J’avais 15 ans. Je m’en souviens bien car mon papa avait triché sur mon âge pour que je puisse y participer. Ca a clairement confirmé mon intérêt pour ce sport.

Votre premier podium: C’était à Lake Placide avant les JO de Vancouver. J’avais 17 ans et j’étais montée sur la 2e marche du podium. J’avais les yeux qui brillaient et la satisfaction d’avoir dépassé celle qui occupait la 2e place. J’étais encore plus récompensée pour mes efforts.

Votre premier succès: En Italie, à Innichen, en 2011. C’était un de ces jours où tout se passe bien. Les runs étaient fluides, tout me paraissait facile. J’ai eu l’impression d’avoir été seule en course.

Votre première blessure: Décembre 2011, au genou. Je me suis vite mise dans la tête que la saison était finie et qu’il ne servait à rien de m’apitoyer sur mon sort.

Fanny Smith en quelques informations

Née le 20 mai 1992 à Aigle

Mondiaux: Championne du monde en 2013 et médaillée de bronze en 2015
Jeux Olympiques: Septième des JO de Vancouver en 2010, huitième à Sotchi en 2014
Coupe du monde: Smith remporte en 2013 le grand Globe de cristal