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Klitschko défend son titre des lourds à Berne

L'intimidation a commencé entre Klitschko (à g.) et Johnson. [Keystone]
L'intimidation a commencé entre Klitschko (à g.) et Johnson. [Keystone]
Samedi soir, à Berne, l'Ukrainien Vitali Klitschko défendra son titre mondial des lourds contre l'Américain Kevin Johnson, invaincu jusque-là. L'avis de Stéphane Rinaldi, "Monsieur Boxe TSR", qui commentera le combat en direct.

L'Ukrainien Vitali Klitschko remet en jeu, samedi à la
BernArena, sa ceinture mondiale WBC des poids lourds face à
l'Américain Kevin Johnson, toujours invaincu chez les
professionnels.

La Suisse vivra ainsi son troisième championnat du monde en trois
ans, dans une catégorie reine qui est de moins en moins vendeuse.
Depuis 2007, seule l'Allemagne a accueilli plus de Championnats du
monde des lourds (11) que la Suisse (3, comme les Etats-Unis). Deux
raisons majeures à cela. Premièrement, les frères Vitali et
Wladimir Klitschko (ce dernier est détenteur des ceintures IBF et
WBO) sont sous contrat avec une société de management d'outre-Rhin,
tout comme Nikolai Valuev, déchu de son titre WBA cet automne.

Plus rien depuis Lewis

Vitali Klitschko remet sa ceinture WBC en jeu à Berne. Deuxièmement, les poids lourds
n'intéressent plus personne aux Etats-Unis, centre névralgique
historique du noble art. Depuis l'an 2000, les boxers US n'ont été
que des champions éphémères. Le dernier porteur américain d'une
ceinture mondiale des lourds est le peu charismatique Shannon
Briggs en 2006, dépossédé de son bien dès sa première défense en
2007, par le Russe Sultan Ibragimov.

En fait, depuis la retraite de Lennox Lewis (GB), les lourds
n'arrivent pas à se retrouver un pugiliste digne de ce nom. Alors,
l'intérêt se porte naturellement vers les catégories de poids
inférieurs. Les stars d'aujourd'hui sont Cunningham, Huck
(mi-lourds), Dawson (lourds-légers), Bute, Abraham (super-moyens),
Hatton (super-légers) et surtout Pacquiao et Mayweather Jr
(welters).

Dans ce désert, et en opposition à la boxe très pauvre d'un
Valuev, le nom des Klitschko résonne depuis plusieurs années comme
ce qui se fait de mieux. Ainsi, l'aîné Vitali (38 ans) partira
largement favori dans son combat contre Johnson (30 ans).
Expérience, technique, mental, tout semble plaider en faveur de
l'Ukrainien, vainqueur de 38 combats sur 40, dont 37 avant la
limite! Car, si son challenger américain n'a jamais perdu jusque-là
(23 combats/1 nul), il n'a jamais non plus affronté un adversaire
de renom, hormis peut-être Bruce Seldon en 2008.

Uniquement Holmes et Ali

Kevin Johnson rend 11 cm et 2 kg à son adversaire. Le "Kingpin" du New Jersey est
pourtant sûr de son fait. "Klitschko est une blague! C'est un
adversaire parfait pour moi. C'est un grand et laid zombie. Seuls
deux hommes auraient pu me battre: les anciens champions du monde
Mohammed Ali et Larry Holmes."


Johnson et son redouté jab semblent toutefois trop justes pour
venir à bout du porteur de la ceinture. L'Américain a en effet été
stoppé dans son apprentissage par un séjour de deux ans en prison,
pour coups et blessures. Il est alors passé professionnel en 2003,
avec seulement 16 combats en amateur, la véritable école de la boxe
de haut niveau (210 rencontres pour Klitschko, médaillé d'argent
mondial et d'or militaire en 1995).

En attendant Haye

Selon Stéphane Rinaldi, David Haye constitue l'avenir de la boxe. En plus de l'expérience, le "Dr
Poings d'acier" ukrainien, premier boxeur professionnel à avoir
obtenu un doctorat universitaire (sciences du sport), possède aussi
l'avantage physique. Du haut de ses 202 centimètres, ce fils
d'ancien colonel de l'armée de l'air soviétique domine passablement
Johnson tant au niveau de la taille (1m91) que du poids (112 kg
contre 110 kg). "Je me sens bien plus en forme que lors de mon
succès en septembre contre Chris Arreola"
, a expliqué l'ancien
candidat à la mairie de Kiev. Qui, en cas de succès samedi,
pourrait bien, enfin, en découdre avec David Haye, le tombeur de
Valuev qui devait affronter les frères Klitschko cette année avant
des annulations rocambolesques.

Histoire de lui ravir la ceinture WBA - la dernière qui manque à
la famille - et de lui faire payer ses propos insultants envers lui
et son frère. "Je n'ai pas oublié ce que Haye nous a fait et a
dit de nous,
admet-il. C'est pourquoi j'aimerais bien
qu'il accepte enfin de m'affronter."


Un seul professionnel suisse sera à l'affiche de la réunion
bernoise, le cogneur de Berthoud Nuri Seferi. L'Albanais d'origine,
32 ans, reste sur 3 vicoires de suite (24 au total, 6 défaites). Il
sera opposé au mi-lourd tanzanien Joseph Marwa (22 succès/12
revers).

BOXE, REUNION DE LA BERNARENA, LE PROGRAMME

Championnat du monde WBC des poids lourds (vers 23h,
tsr2)


12 rounds: Vitali Klitschko (Ukr/tenant) - Kevin Johnson
(EU).

Poids lourds (dès 18h30)

12 rounds: Alexander Ustinov (Bié) - Monte Barrett (EU)

8 rounds: Johnathon Banks (EU) - Marcel Zeller (All)

4-6 rounds: Adnan Buharalia (Bos) - Andreas Gunter (All)

Mi-lourds (6 rounds)

Nuri Seferi (S) - Joseph Marwa (Tanz)

Nenad Borovcanin (Bos) - Sven Hasselhuhn (All)

Légers (4 rounds)

Gabor Veto (Hon) - Ameme Obote (Tanz).

si/dbu

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"Combat moins vendeur mais meilleur techniquement"

Nouveau "Monsieur Boxe" de la TSR, Stéphane Rinaldi se réjouit de commenter son deuxième Championnat du monde des lourds en Suisse, entre Vitali Klitschko et Kevin Johnson à Berne, en compagnie de son consultant Mauro Martelli. Le Français, qui a commenté le "noble art" pour Eurosport de 1990 à 1997 - "dont beaucoup de Championnats du monde" - explique pourquoi à tsrsport.ch.

tsrsport.ch: - Après le Valuev-Holyfield de l'an dernier à Zurich, on a un peu l'impression que ce Klitschko-Johnson chez les lourds c'est un peu le "combat des pauvres"...
STEPHANE RINALDI: Il est vrai qu'à première vue, ça semble moins vendeur. Mais à mon avis le combat sera bien meilleur techniquement, avec deux adversaires très proches. L'an dernier, on avait face à face un Valuev qui ne sait pas boxer et un Holyfield qui avait quand même 46 ans. Là, on aura droit à une véritable opposition de style avec Klitschko le puncheur et Johnson le frappeur.

tsrsport.ch: - Mais sur le papier, l'Ukrainien est quand même largement favori!
STEPHANE RINALDI: En fait, c'est là que ce sera intéressant car Johnson est invaincu jusque-là, même s'il n'a jamais véritablement affronté de "gros morceau". Alors soit il est totalement surestimé et il tombe après 30 secondes, soit c'est vraiment un bon boxeur et il a une chance de gagner aux points. C'est un grand travailleur, et même s'il rend 11 centimètres à son adversaire (191 contre 202 cm), il est au bénéfice d'une plus longue allonge. Et n'oublions pas que Klitschko est souvent rapidement ouvert.

"Don King a perdu beaucoup de son influence"

tsrsport.ch: - Par rapport aux boxeurs de légende comme les Tyson, Holyfield, Ali ou Frazier, on a quand même l'impression aujourd'hui qu'on ne connaît plus grand monde chez les lourds...
STEPHANE RINALDI: Il faut dire que la catégorie des lourds a longtemps été dominée par les Noirs américains. Aujourd'hui, ce n'est plus trop le cas, et notamment parce que Don King a beaucoup perdu de son influence. Son rayonnement est moindre et il ne sort plus autant de gars des ghettos. De nos jours, ce sont plutôt les promoteurs européens qui tiennent le haut de l'affiche. Ce qui fait que les champions d'aujourd'hui sont plutôt des Blancs.

tsrsport.ch: - En plus, on n'y comprend plus grand-chose avec toutes ces fédérations et ces catégories!
STEPHANE RINALDI: Oui, les titres se diluent. Dans les années 80/90, chaque télévision voulait son Championnat du monde. On a donc inventé des catégories et du coup de nouvelles fédérations. De nos jours, il y a 16 ou 17 catégories!

tsrsport.ch: - La boxe ne ferait-elle quand même pas moins recette désormais?
STEPHANE RINALDI: Le problème est qu'il y a moins de champions et surtout moins d'argent en jeu. Avant, les télévisions investissaient beaucoup dans la boxe, ce qui est moins le cas aujourd'hui. En Europe, il n'y a plus que les chaînes allemandes qui investissent beaucoup.

"L'avenir, à mon avis, c'est David Haye"

tsrsport.ch: - L'avenir de la boxe ne s'annonce donc pas forcément très rose...
STEPHANE RINALDI: L'avenir, à mon avis, c'est le Britannique David Haye, qui a récemment battu Nikolay Valuev pour la ceinture WBA. En 2010, à Wembley, il veut unifier les titres des lourds qui sont dans la famille Klitschko.

tsrsport.ch: - On dit la boxe en crise, mais les 17'000 billets de la BernArena ont quand même tous été vendus!
STEPHANE RINALDI: Qui peut se vanter de réunir 17'000 personnes dans une salle pour un événement sportif en Suisse? Pas grand monde. Au niveau émotionnel, la boxe ça reste extraordinaire. Il y a une mise en scène particulière, un moment d'intimidation, de l'électricité dans l'air. Ca reste un moment magique, avec une dimension presque cinématographique. Il y a des gens qui paient 2000 francs pour une loge, pour assister à ces "jeux du cirque"! C'est pour ça que je suis quand même optimiste pour l'avenir. La boxe, ça reste un événement qui attire le gotha. Samedi, à Berne, il y aura une nouvelle fois beaucoup de "beau monde".

"On sait qu'il va se passer quelque chose"

tsrsport.ch: - Pourtant, à chaque fois, qu'on pense que la boxe va retrouver ses lettres de noblesse, on assiste à une fin de match "arrangée", comme la victoire aux points contestable de Valuev contre Holyfield...
STEPHANE RINALDI: Mais les gens savent qu'il peut se passer quelque chose. Ils paient 2000 francs en sachant qu'il existe un risque que le combat ne dure que 30 secondes. Quand on va voir un combat, on sait qu'il va se passer quelque chose.

tsrsport.ch: - Et pour la 3e fois en autant d'années, la Suisse accueille un Championnat du monde des lourds. A l'époque, on parlait plutôt de Las Vegas ou New York...
STEPHANE RINALDI: La Suisse est certes un petit pays au niveau de la boxe, mais on a souvent dit que la Suisse était un "Petit Las Vegas". Le pays a quand même connu quelques grands champions, comme Mauro Martelli (2 Championnats du monde à son actif) ou encore Enrico Scacchia (2 Championnats d'Europe).

Propos recueillis par Daniel Burkhalter