Modifié

Ellen Sprunger: "Je suis quelqu'un qui arrive à se rappeler des bons moments. Cela va me motiver pour le futur"

Ellen Sprunger: "Je suis quelqu'un qui a persévéré... Je n'ai pas lâché le morceau. C'est une belle valeur". [Miguel Bao - RTS]
Ellen Sprunger: "Je suis quelqu'un qui a persévéré... Je n'ai pas lâché le morceau. C'est une belle valeur". [Miguel Bao - RTS]
Zurich, jeudi 24.08.17 à 19h47: Ellen Sprunger disputera lors du mythique Weltklasse la dernière course de sa carrière. A 31 ans, 2 Jeux olympiques, 2 Mondiaux, 3 Européens et 6 records de Suisse plus tard, le corps de la Vaudoise est logiquement usé. Le moment est venu de passer à autre chose. "J'essaierai d'appliquer dans ma nouvelle vie ce que le sport m'a appris", nous a raconté mardi sous le soleil de Berne une Ellen Sprunger radieuse.

A lire aussi:

Ellen Sprunger ouvre son album de souvenirs (1er volet)

Ellen Sprunger ouvre son album de souvenirs (2e volet)

Lea Sprunger à propos de sa soeur Ellen: "Des larmes de joie et de fierté se sont mises à couler"

RTSsport.ch: Le moment de tirer sa révérence est arrivé...

ELLEN SPRUNGER: C'est bizarre... Ca fait 2-3 jours que ça me prend un petit peu, même si je savais depuis le début de la saison que ça allait être la toute dernière.

RTSsport.ch: Appréhendez-vous ce moment?

ELLEN SPRUNGER: Je reçois de nombreux messages par mail ou via les réseaux sociaux me disant spontanément de profiter de cette dernière course (200m en avant-programme) car ensuite ce sera particulier. Je le sais au fond de moi, il y aura forcément un manque, mais je pense être assez bien préparée à cela.

Cela devenait toujours plus difficile au niveau de la récupération

Ellen Sprunger

RTSsport.ch: La décision d'arrêter est-elle venue naturellement?

ELLEN SPRUNGER: C'est l'âge et l'impression d'avoir fait le tour qui m'ont conduite à mettre un terme à ma carrière. Cela faisait 2 ans que cela me trottait. Comme j'avais réussi de belles choses en 2016, je m'étais dit pourquoi pas continuer une année de plus sur l'heptathlon, avec l'ambition de réussir des performances.

RTSsport.ch: Vous avez subi 2 opérations en 2015 (coude et tendon d'Achille). Votre corps vous a-t-il poussé à dire stop?

ELLEN SPRUNGER: Oui, car cela devient toujours plus difficile au niveau de la récupération. Cela fait toujours un peu plus mal quand on se lève le matin. J'ai 31 ans et d'autres choses m'attendent dans la vie. J'ai envie de mettre à profit mes études (sciences du sport à Lausanne et à Macolin).

Les méthodes d'entraînement ont évolué et il y a aussi beaucoup plus d'argent qui est investi dans l'athlétisme suisse

Ellen Sprunger

RTSsport.ch: Ca fait mal de voir des athlètes plus jeunes être plus performantes que vous?

ELLEN SPRUNGER: Pas du tout. Je n'ai jamais pratiqué le sport pour battre les autres. Je l'ai toujours fait pour moi, pour aller au bout de mes limites. A partir de là, je n'ai jamais vraiment eu de peine à gérer le fait que certaines étaient meilleures que moi, même si sur la ligne de départ, j'avais forcément envie de gagner.

Les jeunes n'ont pas du tout les mêmes conditions que moi lorsque j'avais leur âge. Les méthodes d'entraînement ont évolué, on en sait bien plus sur la récupération et il y a aussi beaucoup plus d'argent qui est investi dans l'athlétisme suisse actuellement.

RTSsport.ch: En résumant de manière très grossière, peut-on dire que vous symbolisiez le relais 4x100m suisse, alors que vous êtes une heptathlète?

ELLEN SPRUNGER: Je ne crois pas car je n'étais pas là depuis le départ. J'ai fait un bout de chemin avec le relais. Les 2 dernières années ont fait que j'étais la plus âgée, la "mama". C'est tout.

Dans l'heptathlon, il y a un immense respect entre nous

Ellen Sprunger

RTSsport.ch: Qu'est-ce qui vous plaît autant dans l'heptathlon?

ELLEN SPRUNGER: A l'entraînement, c'est ingrat, dur. C'est aussi très frustrant car on ne peut pas aller au bout des choses dans chaque discipline. Par exemple, si je m'étais spécialisée dans la hauteur, j'aurais certainement sauté plus haut...

En compétition c'est tellement gratifiant. N'importe quel athlète envie une heptathlète ou un décathlète d'être 2 jours dans un stade plein. J'ai l'impression que l'on reçoit tellement plus en retour du public. J'ai la chance sur 2 jours de montrer ce dont je suis capable. J'ai plein d'amis dans l'heptathlon, plus peut-être qu'entre les sprinters ou les lanceurs de marteau.

RTSsport.ch: Et à la fin de l'heptathlon, les athlètes sont ensemble, comme si elles avaient toutes gagné...

ELLEN SPRUNGER: On ne souhaite pas voir l'adversaire se louper. C'est vraiment un autre état d'esprit et c'est ce qui me correspond le plus. On essaie de finir le plus haut dans le classement. Il y a un immense respect entre nous car on sait tout le travail que cela implique. On est un peu fous et il faut clairement aimer bosser.

J'ai eu le privilège de me retrouver dans les plus grandes compétitions

Ellen Sprunger

RTSsport.ch: Y a-t-il un pincement au coeur de ne pas avoir pris part aux récents Mondiaux de Londres?

ELLEN SPRUNGER: Bien sûr. C'est aussi cet événement qui m'avait poussé à rempiler pour une saison. Ca aurait été génial de terminer dans ce stade qui m'avait tant donné en 2012 lors des Jeux olympiques. C'était la meilleure compétition de ma vie. C'était dur de regarder ces Championnats du monde. Je savais en début de saison qu'il y avait un risque de ne pas me qualifier. Mon tendon d'Achille m'a 'chicanée' et je n'ai pas eu de bonnes conditions météo. C'est ainsi...

RTSsport.ch: Vous avez disputé 2 Jeux olympiques, 2 Mondiaux, 3 Européens et décroché 6 records de Suisse. Vous attendiez-vous à une telle carrière?

ELLEN SPRUNGER: Impossible d'imaginer cela quand j'avais 15 ans. J'ai commencé par les Championnats vaudois. Tu gagnes et après tu te dis 'ce serait cool de se qualifier pour les Championnats de Suisse'. Tu montes sur le podium et puis après tu vises les Championnats d'Europe. C'est progressif... On place la barre toujours plus haut car on est des compétiteurs. J'ai eu le privilège de me retrouver dans les plus grandes compétitions, mais ce n'est pas quelque chose qui se planifie forcément. En tout cas pour moi.

J'essaierai d'appliquer dans ma nouvelle vie ce que le sport m'a appris

Ellen Sprunger

RTSsport.ch: Que voudriez-vous que les gens retiennent de vous?

ELLEN SPRUNGER: C'est dur à dire. Je suis quelqu'un qui a persévéré... Cela peut être vu comme de l'acharnement parfois. Je n'ai pas lâché le morceau. C'est une belle valeur. Même si on tombe, on recommence. J'ai toujours pratiqué mon sport avec joie et passion. C'est une chance de pouvoir vivre cela.

RTSsport.ch: On parle souvent de 'petite mort' pour décrire la fin de carrière d'un athlète...

ELLEN SPRUNGER: Il va falloir trouver d'autres choses pour combler ce vide. Je suis quelqu'un qui arrive à se rappeler des bons moments. Cela va me motiver pour le futur. J'essaierai d'appliquer dans ma nouvelle vie ce que le sport m'a appris.

RTSsport.ch: La suite, justement, où vous mènera-t-elle?

ELLEN SPRUNGER: Je pense que je vais rester dans le domaine du sport, que ce soit bénévolement ou professionnellement parlant. C'est ce qui me rend heureuse. Je ne vise pas forcément l'élite ou la performance. Pourquoi pas travailler avec des enfants, des ados ou des adultes qui veulent se mettre au sport pour bien se sentir dans leur peau.

Propos recueillis par Miguel Bao - twitter @migbao

Publié Modifié

Ellen Sprunger: "le niveau suisse est monté d'un bon cran"

RTSsport.ch: Au vu des récents Mondiaux, l'athlétisme suisse se porte plutôt très bien...

ELLEN SPRUNGER: Il n'y a jamais eu autant de masse au haut niveau. Pour moi, il y a un avant et un après Zurich 2014 (Championnats d'Europe). Cela nous a fait un bien fou. Les gens ont découvert l'athlétisme. Les athlètes suisses ont été bien vendus et nous nous sommes bien vendus. Nous avons montré un visage sympathique et il y a eu la médaille d'or de Kariem Hussein (400m haies). Les gens se sont identifiés à nous. Avec les réseaux sociaux, les gens ont l'impression de nous connaître. Tout cela a fait que l'attention est venue. Du coup, la motivation a été décuplée et les moyens ont augmenté. Le niveau suisse est monté d'un bon cran.

RTSsport.ch: De bon augure pour la suite?

ELLEN SPRUNGER: Ce n'est que le début car il y a beaucoup de jeunes dans l'équipe de Suisse. Ce sont des gens qui vont faire parler d'eux aux Jeux olympiques de Tokyo, en 2020. J'en suis sûre.

Ellen Sprunger: "j'aurais adoré faire du tennis"

Principale qualité: Je suis persévérante.

Principal défaut: J'en ai plein. On dira que je suis exigeante avec les gens et très exigeante avec moi-même.

Avec le recul, qu'auriez-vous changé dans votre carrière? J'aurais enlevé les blessures et j'aurais peut-être encore plus investi dans le sport. J'ai toujours mené sport et études en parallèle. J'aurais dû avoir un peu plus de courage pour faire ce pas.

Si vous n'aviez pas pratiqué l'athlétisme: J'aurais adoré jouer du tennis.

Une devise: Si tu rêves d'un objectif, fais tout pour y arriver.

Ellen Sprunger en bref

Née le: 05.08.86 à Nyon
Taille: 1m73

Discipline de coeur: heptathlon (100m haies, saut, poids, 200m, longueur, javelot, 800m)

Palmarès:
- 14 fois championne de Suisse (10 fois en salle, 4 fois en plein air)
- 2016: 5e des Européens (4x100m)
- 2014: 13e des Européens à Zurich (heptathlon)
- 2013: 13e des Mondiaux (heptathlon)
- 2012: 6e des Européens (4x100m)
- 2004: 12e des Mondiaux juniors (heptathlon)

2 participations aux Jeux olympiques:
Londres 2012: 17e de l'heptathlon, séries du 4x100m
Rio 2016: séries du 4x100m