Grand Format

L’Aquarius: un bateau au secours des migrants

Introduction

Depuis février 2016, l’Aquarius et les équipes de SOS MEDITERRANEE ont porté secours à près de 30'000 personnes. A bord, une équipe de volontaires s’active pour porter secours, mettre en sécurité et soigner les personnes qui tentent la traversée de la méditerranée, au péril de leur vie.

Chapitre 01

Près de 30'000 vies sauvées

L'Aquarius en chiffres
Faut pas croire - Publié le 01 juin 2018

L’Aquarius effectue sa première mission de sauvetage en février 2016. Depuis, les équipes de SOS MEDITERRANEE ont porté secours à près de 30'000 personnes, lors de 159 opérations de sauvetage (51 en 2016, 102 en 2017 et 6 en 2018). L’Aquarius a porté secours à près de 20% du nombre total de vies sauvées par les navires d’ONG dans la zone.

SOS MEDITERRANEE, élan de la société civile européenne 

SOS MEDITERRANEE est créée en 2015. Association civile de sauvetage en haute mer, elle naît dans un élan de la société civile face à l’urgence humanitaire en méditerannée. Projet franco-allemand d’abord, le réseau est rejoint par l’Italie en 2016 et la Suisse en 2017. Ses objectifs ? Sauver des vies en méditerrannée centrale, assurer la protection des rescapés jusqu’à leur arrivée dans un port sûr et témoigner.

La première mission de l’Aquarius s’effectue depuis l’île de Lampedusa, en Italie. Depuis, de nombreuses opérations de sauvetage partent et débarquent les rescapés dans le port de Catane, en Sicile.

Chapitre 02

A bord, une équipe de volontaires pour porter secours

L’équipage est composé de marins-sauveteurs, d’un coordinateur des opérations de recherche et sauvetage, d’un coordinateur adjoint, d’un médiateur culturel, d’un chargé de communication et d’un photographe. Un médecin et une sage-femme de Médecins sans Frontières complètent l’équipage.

Derrière les noms de SOS MEDITERRANEE et Médecins sans frontières affichés en grand sur l’Aquarius s’activent de nombreux volontaires. Ils s’appellent Aloys, Stefanie ou Viviana. Tous embarquent ou débarquent de l’Aquarius pour la prochaine « rotation », soit une mission de trois semaines en mer.

Chapitre 03

Des sauvetages à haut risque

Viviana, sauveteuse sur l'Aquarius.

Chaque mission de sauvetage est différente. On ne sait jamais qui on trouvera et dans quelle condition

Viviana, membre des équipes de sauvetage

Viviana, sauveteuse sur l'Aquarius.
Faut pas croire - Publié le 01 juin 2018

Viviana naît et grandit en Sicile. Cette sportive nautique de la première heure décide très rapidement de travailler dans le domaine du sauvetage en mer. Après avoir travaillé dans des centres d’accueil du Système de Protection des Demandeurs d’Asile en Sicile (SPRAR), elle approfondit ses connaissances à l’Université de Bologne.

Elle valide son master en rédigeant un mémoire sur le sauvetage en mer, basé sur sa propre expérience sur l’Aquarius. Elle est aujourd’hui à bord pour sa cinquième rotation et à déjà sauvé des centaines de vies.

Viviana insiste sur les premières minutes de sauvetage, qui sont capitales et déterminantes: « nous avons peur des mouvements de panique à ce moment-là, puisque certains, quand nous approchons, peuvent sauter à l’eau ». Des instants dans lesquels les personnes, qui ne savent pas nager, peuvent se noyer immédiatement.

Etre en empathie avec les personnes

Viviana souligne l’importance d’être proche des gens et de leur montrer que les sauveteurs sont là pour leur porter secours. Lorsqu’on évoque le premier sauvetage de Viviana, sa voix change de ton et son regard s’assombrit : « C’était une mission très critique. Il y avait beaucoup de morts et beaucoup d’enfants qui avaient perdus connaissance. Nous avons pu tous les réanimer. Le plus jeune d’entre-eux n’avait que six mois ».

A l’évocation de ce moment difficile, le sourire de Viviana réapparaît. « J’ai par la suite passé beaucoup de temps avec ce bébé. Il s’appelait Richard ».

Chapitre 04

Une coordination millimétrée

Aloys, coordinateur sur l'Aquarius.

Toutes ces personnes sont traumatisées par leur parcours, elles ont été pour la quasi-totalité exposées à des niveaux de violence extrême

Aloys, coordinateur

Aloys, coordinateur à bord de l'Aquarius
Faut pas croire - Publié le 01 juin 2018

Infirmier de base, Aloys travaille pour Médecins sans frontières depuis près de 5 ans. Habitué des missions en terrains difficiles, il s’est rendu au Népal, lors du tremblement de terre en avril 2015, mais aussi au Sud Soudan dans un camp de réfugiés.

Depuis quelques années, il travaille sur les zones de flux de migration. Après une mission en Grèce, il est actuellement à bord de l’Aquarius pour une rotation de trois semaines en tant que coordinateur. Ses motivations? "J'ai cette sensibilité d'être au service des gens dans le besoin", confie avec pudeur le jeune homme.

Des premières minutes de sauvetage capitale

Lors des premières minutes d’un sauvetage, Aloys et ses équipes doivent identifier les plus vulnérables pour les aider en premier. Il s’agit de mettre en sécurité sur les bateaux de sauvetage l’ensemble des migrants à bord des embarcations. Ils sont ensuite rapatriés sur l’Aquarius. Il s’agit alors de prioriser les urgences et les soins médicaux.

Des conditions médicales en lien avec leur parcours

Infections cutanées, blessures ouvertes, brûlures, insolations et déshydrations… les migrants sont exposés à des blessures physiques mais arrivent surtout à bord de l’Aquarius traumatisés. La plupart ont vécu l’enfer en Libye. Ils y ont été maltraités, battus, voire violés.

Chapitre 05

Le calvaire des femmes migrantes

Une fois à bord de l’Aquarius, les femmes sont rapidement accompagnées dans une pièce à l’intérieur du navire appelée le « shelter » (littéralement « refuge » ou « abri » en anglais n.d.l.r.). Ce lieu garantit aux femmes et aux mineurs non-accompagnés une protection supplémentaire. La présence d’hommes y est interdite.

Stefanie, sage-femme sur l'Aquarius.

Les femmes prennent confiance, s’ouvrent et la majorité d’entre-elles viennent me parler

Stefanie, sage-femme

Stefanie, sage-femme à bord de l'Aquarius
Faut pas croire - Publié le 01 juin 2018

Stefanie est allemande. Sage-femme de métier, elle termine sa rotation sur l’Aquarius. Selon les chiffres de SOS MEDITERRANEE, environ 12% des femmes qui arrivent à bord de l’Aquarius sont enceintes. Elles nécessitent une prise en charge rapide et particulière.

De nombreuses femmes ont subi des violences sexuelles voire des viols. Dans ce genre de cas, le dialogue est capital.

Chapitre 06

Rendre compte de l’horreur de la migration en méditerranée

Depuis le début des opérations de l’Aquarius, la presse radio, télé et écrite rend compte de la situation des migrants. Une autre profession, celle de photographe, témoigne des conditions de sauvetage et du quotidien du travail des équipes de SOS MEDITERRANEE et de Médecins sans frontières.

Guglielmo Mangiapane est photojournaliste. A 29 ans, ce Sicilien d’origine a couvert les élections italiennes de 2018, la crise migratoire méditerranéenne, mais aussi le sommet du G7 à Taormina (I) et la visite officielle du président italien Sergio Mattarella en Sicile. Au moment de l'enregistrement de cette interview, Guglielmo s'apprête à partir en mer trois semaines à bord de l'Aquarius.

Le photojournaliste Guglielmo Mangiapane lors de son interview le 18 mai 2018 à bord de l'Aquarius.

Ce sont les histoires derrière les photos qui me hantent, pas les photos elles-mêmes

Guglielmo, photographe

Photographier des instants de détresse

Guglielmo est clair sur sa mission: « mon rôle est de documenter l’actualité et je pense qu’en prenant ces photos, je peux essayer d’aider. Je peux aider les gens maintenant avec ce problème, avec cette crise qui dure encore."

Guglielmo, photojournaliste en mer
Faut pas croire - Publié le 01 juin 2018

Mais comment allier calme et professionnalisme lorsqu’on est face à de la détresse humaine ? « J’essaie de rester calme, parce que si je ne reste pas calme, mon travail pourrait être affecté, donc je me concentre sur l’histoire que je photographie ». Un calme nécessaire pour que les opérations de sauvetage se passent dans les meilleures conditions.

Dans ces moments, n’a-t-il jamais eu besoin de poser son appareil photo pour porter secours à quelqu’un ? : « ça ne m’est jamais arrivé. Bien sûr, une vie est plus importante qu’une photo. Si je dois choisir entre sauver une vie ou prendre une photo qui pourrait remporter le Pullitzer, je sauve une vie. Après, chacun son rôle. Les sauveteurs sont formés au sauvetage. Je ne le suis pas. Je pourrais aggraver la situation. Mais si on me le demande, bien sûr, je pose l’appareil, et je porte secours ».

Chapitre 07

La déclaration de Malte, tournant décisif pour les ONG de sauvetage

En février 2017, l’Italie signe un accord avec le gouvernement libyen pour « lutter contre le trafic illégal de migrants en méditerranée ». Le Conseil européen réuni à Malte adopte la déclaration de Malte et affecte 200 millions d’euros pour le financement, la formation et l’équipement des garde-côtes libyens.

Cette stratégie se traduit par la multiplication des interceptions d’embarcations de migrants, qui sont ramenées en Libye, en contradiction avec le droit international. La Convention de Genève stipule en effet que les garde-côtes ont l’obligation de débarquer les rescapés dans un « port sûr ». Cette décision complexifie l’environnement et les opérations de sauvetage des navires de SOS MEDITERRANEE.

Personnes interceptées en mer par les garde-côtes libyens entre janvier 2016 et avril 2018

Sources: UNHCR
Sources: UNHCR [RTS]

Criminalisation des ONG

La signature de ce traîté entraine en Italie une campagne médiatique, politique et judiciaire sur les ONG de sauvetage, dont SOS méditerranée. La presse italienne accuse l’association de « collusion avec les passeurs ».

Mars 2017, SOS MEDITERRANEE et MSF convoquent la presse et rejettent fermement les accusations relayées par la presse italienne. Le 2 août, les autorités italiennes séquestrent le navire de sauvetage Luventa de l’ONG allemande Jugend Retter. En mai 2017, un groupe de militants identitaires d’extrême-droite européens tente de bloquer le départ de l’Aquarius dans le port de Catane.

L’axe Libye – Italie, axe le plus fréquenté pour traverser la méditerranée

L’année 2017 est marquée par une forte hausse des départs entre les mois de mars et de juin. Entre juillet et août, les flux ralentissent en raison d'affrontements entre groupes armés en Libye. Les départs reprennent à l’automne. L’axe Libye – Italie est le plus fréquenté en nombre de traversées mais aussi le plus meurtrier.

Chapitre 08

La principale route des migrants depuis l'Erythrée

Sources: UNHCR, Mixed Migration Trends in Libya, 2017; Norvegian Center For Global Analyses, 2017; OIM, 2014; United States Institute for Peace, 2014.

Chapitre 09

La principale route des migrants depuis le Niger

Sources: UNHCR, Mixed Migration Trends in Libya, 2017; Norvegian Center For Global Analyses, 2017; OIM, 2014; United States Institute for Peace, 2014.

Chapitre 10

L'émission "Faut pas croire" du 2 juin 2018

« Faut pas croire » monte à bord de l'Aquarius à la rencontre des sauveteurs, médecins, sage-femme, médiateurs culturels qui redonnent espoir et dignité à ceux qui sont prêts à tout pour fuir l’enfer libyen, et croise les regards des sauveteurs et des rescapés, en donnant la parole à ceux qui sont parvenus à traverser la Méditerranée.

Avec le prêtre érythréen Mussie Zerai et le réalisateur sénégalais Moussa Touré.

Aquarius : un bateau au secours des migrants
Faut pas croire - Publié le 02 juin 2018

Chapitre 11

Le film "La Pirogue"

Un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol.

Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous, certains n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui l’attend.

La pirogue

Pour des raisons de droits, ce film n'est disponible en streaming que du 2 juin 2018 dès 13h30 au 15 juin 2018.

Crédits

  • Reportages radio, TV et réalisation web:

    Gary Crosilla

  • Recherchiste:

    Maeva Liebling

  • RTS Religion

    Mai 2018