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Isotherme du 0°C proche des 5000 mètres !

Radiosondage de Payerne du 5 juillet 2020/GLacier des Diablerets [Meteosuisse/Roundshot]
Radiosondage de Payerne du 5 juillet 2020/GLacier des Diablerets [Meteosuisse/Roundshot]
La limite du 0°C est remontée à 4700 mètres hier, d’après les radiosondages effectués par Météosuisse depuis la station de Payerne. Aucun record n’a été battu mais une telle mesure est assez rare. Nombre de sommets alpins ont connu une situation de dégel.

Météosuisse annonçait dimanche-passé sur son blog une isotherme du 0°C proche des 5000 mètres. Promesse tenue ! Que ce soit sur le sondage effectué à la mi-journée ou sur celui de minuit, la limite du 0°C a franchi le seuil des 4700 mètres. Événement assez rare, il ne se produit pas tous les étés.

Détail du sondage de Payerne du 5 juillet 2020 [Météosuisse/Roundshot]Détail du sondage de Payerne du 5 juillet 2020 [Météosuisse/Roundshot]

La quasi-totalité des sommets alpins ont connu hier une situation de dégel : les thermomètres ont par exemple affiché 6.3°C au Jungfraujoch à 3582 mètres d’altitude ; chaleur également en moyenne montagne avec 17.8°C mesurés à la Dôle vers 17h.

Température au Jungfraujoch du 3 au 6 juillet 2020 [Météosuisse/Roundshot]Température au Jungfraujoch du 3 au 6 juillet 2020 [Météosuisse/Roundshot]

Des mesures plus élevées ont cependant été effectuées l’années passée : le 28 juin 2019, le radiosondage de Payerne faisait état d’une limite du 0°C vers 4900m, soit deux-cent mètres de plus qu’hier. Le 23 juillet cette même limite se situait à 4860 mètres.

Dans l’histoire des radiosondages, une isotherme 0°C au-dessus de 5000 m n’a été mesurée qu’une seule une fois depuis la station de Payerne : Le 20 juillet 1995, les instruments embarqués sur le ballon-sonde ont permis de calculer une limite du 0°C à 5100 m (voir ci-dessous).

Sondage de Payerne du 20 juillet 1995 [Météosuisse/Roundshot]Sondage de Payerne du 20 juillet 1995 [Météosuisse/Roundshot]

Pas d'orages mais rsique de fonte des pergelisols

La présence d’air chaud en altitude se traduit généralement par une atmosphère stable. A l’image des événements d’hier, des cumulus se sont parfois développés près des crêtes mais leur extension a été limitée, ne dépassant guère les 3000 mètres. Le phénomène n’est cependant pas sans risques : la persistance d’une limite du 0°C vers 4000 mètres fait régresser les pergélisols qui assurent la cohésion des roches, d’où un risque d’éboulements. Le phénomène se produit pratiquement chaque été

Dégâts sur les bords de la Losentse après une coulée de laves torrentielles [Jean-Christophe Bott - Keystone]Dégâts sur les bords de la Losentse après une coulée de laves torrentielles [Jean-Christophe Bott - Keystone]

Les dépôts morainiques situés au bas des glaciers sont également sensibles aux températures élevées, avec cette fois un risque de laves torrentielles en cas d’orages. A l’image des événements tragiques de Chamoson le 11 août 2019 (voir ci-dessus), de fortes quantités de précipitations, même pendant une période assez brève, peuvent provoquer un écoulement de gravats et autres dépôts naturels. Le processus surprend toujours, par son ampleur et par sa rapidité.

Philippe Jeanneret avec le concours de Dean Gill de Météosuisse

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