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Les oiseaux pourraient contribuer davantage à la migration des plantes

Principale voies migratoires. En bleu, les voies empruntées lors de la migration post-nuptiale; en rouge celles empruntées au cours de la migration pré-nuptiale.  [migraction.net/ Keystone/EPA/PATRICK PLEUL]
Principale voies migratoires. En bleu, les voies empruntées lors de la migration post-nuptiale; en rouge celles empruntées au cours de la migration pré-nuptiale. [migraction.net/ Keystone/EPA/PATRICK PLEUL]
Une étude publiée la semaine passée dans la revue Nature montre que les oiseaux jouent un rôle important dans la migration des plantes d’une région à l’autre du globe. D'où l'intérêt de valoriser et de protéger certaines espèces. Il en va de la survie des zones forestières, menacées par le réchauffement climatique.

Alors que la température terrestre s’élève de plus en plus, nombre d’espèce végétales sont condamnées à se déplacer vers des zones plus fraîches pour assurer leur reproduction. Pendant de longues années, les scientifiques se sont demandé comment certaines plantes de la même espèce pouvaient migrer en divers endroits du globe séparés par des dizaines de milliers de kilomètres, alors qu'elles ne poussent pas sur ces territoires.

La réponse a été donnée en 2014 : les plantes voyagent grâce aux oiseaux migrateurs qui se déplacent par millions chaque année. Les oiseaux permettent en effet une dissémination des graines qu’ils ont ingurgités sur de courtes distances, par leurs déjections. Ils transportent également des spores. Le processus se réalise sous trois conditions : il faut que les spores s'accrochent dans leurs plumes, qu'elles survivent au voyage, qu'elles tombent et germent une fois que le volatile se pose.

Fauvette à tête noire [Nature/Getty]Fauvette à tête noire [Nature/Getty]

Consciente des enjeux, une équipe de chercheurs de l’Université de Cadix, dirigée par Juan Pedro González-Varo, a essayé de connaître le potentiel des espèces végétales à être dispersées par les oiseaux migrateurs vers de futures zones favorables.

Les recherches se sont concentrées sur les espèces d'oiseaux qui consomment des fruits et qui dispersent des graines - ce qui n'est pas le cas de toutes les espèces - en analysant leurs schémas migratoires. Elles ont également intégré des données sur les périodes de fructification des différentes plantes.

Au total, 13 forêts européennes ont été analysées, ce qui représente 949 interactions entre 46 espèces d'oiseaux et 81 espèces de plantes. Les résultats montrent que seules 35% des plantes de ces forêts ont vu leurs graines transportées vers le nord par les oiseaux qui migrent au printemps.

En revanche, 86 % des plantes ont vu leurs graines dispersées par les oiseaux qui migrent vers des régions plus chaudes en automne. Ces deux chiffres totalisent plus de 100 % car certaines espèces de plantes sont dispersées à la fois vers le nord et vers le sud lors des migrations de printemps ou d'automne).

"Nous avons découvert que la dispersion vers le nord, vers des zones plus fraîches, n'est effectuée que par un petit nombre d'espèces d'oiseaux migrateurs, dont certaines sont soumises à une forte pression, à cause de la chasse » explique le Dr Benno Simmons, de l'université d'Exeter, co-auteur de l’étude. « Nos recherches soulignent l'importance de ces espèces pour aider les communautés végétales européennes qui subissent le changement climatique."

Propension des différentes espèces à se déplacer vers le Sud ou vers le Nord [Daniel Aebersold - Juan P. González-Varo/Nature]Propension des différentes espèces à se déplacer vers le Sud ou vers le Nord [Daniel Aebersold - Juan P. González-Varo/Nature]

Les plantes auraient par ailleurs plus de chances d'être dispersées vers le nord si elles bénéficiaient de plus longues périodes de fructification, ou si elles portaient des fruits à l'approche du printemps, entre février et avril, lorsque certaines espèces migrent vers le nord. Le genévrier et le lierre sont de bons exemples de plantes qui profitent de ces mouvements printaniers d'oiseaux.

Bien que presque tous les oiseaux migrateurs d'Europe se déplacent dans la même direction, vers le nord au printemps et vers le sud en automne, l'étude indique que tous ne sont pas égaux en ce qui concerne la dispersion des graines. Les espèces paléarctiques, c'est-à-dire celles qui hivernent en Europe centrale et méridionale ou en Afrique du Nord, sont les plus à même de disséminer les graines vers des latitudes plus froides. Ce groupe comprend les merles, les fauvettes, les merles noirs et plusieurs espèces de grive, toutes des espèces généralement abondantes et répandues sur le continent européen.

L'équipe espère que ses conclusions donneront "une valeur ajoutée à ces espèces", car elles pourront jouer un rôle clé dans l'adaptation des zones boisées d'Europe au changement climatique.

Philippe Jeanneret, avec la revue Nature

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