Modifié

Triste record pour la navigation de croisière...

"Le Boréal" dans l'archipel du Svalbard / Extension de la banquise le 10 septembre 2020. Le trait rouge représente l'étendue moyenne entre 1981 et 2010 [Ponant/NSIDC]
"Le Boréal" dans l'archipel du Svalbard / Extension de la banquise le 10 septembre 2020. Le trait rouge représente l'étendue moyenne entre 1981 et 2010 [Ponant/NSIDC]
Un navire de croisière français a battu un record bien particulier le 8 septembre dernier. Il a réussi à passer au-delà du 85ème parallèle, au large des côtes norvégiennes. L’événement marque l’ampleur du recul de la banquise, qui atteint cette année sa deuxième extension la plus faible depuis le début des observations.

Le 6 septembre dernier, « le Boréal », armé par la compagnie française Ponant, appareille sans passagers depuis l’archipel de Svalbard, situé entre le Groenland et l’Europe continentale. Il est classé en catégorie 1C, ce qui signifie qu’il ne peut naviguer que dans des conditions de glaces légères.

Il atteint le 7 septembre le 81 parallèle, qui marque habituellement la limite de la banquise. Mais les eaux sont libres de glaces sur une centaine de kilomètres encore. Le navire poursuit sa route et parvient à franchir le lendemain le 85ème parallèle. Jamais dans le passé un navire de cette catégorie ne s’était approché aussi près du Pôle Nord.

Parcours et position du "Boréal" le 8 septembre 2020 [Ponant/NSIDC]Parcours et position du "Boréal" le 8 septembre 2020 [Ponant/NSIDC]

Les marins ont certes du mérite mais « l’exploit » est surtout imputable au réchauffement climatique. Depuis plusieurs décennies, les pôles se réchauffent plus rapidement que le reste du globe, phénomène qui s’accompagne une régression de la banquise de plus en plus marquée en période estivale.

Evolution et étendue minimale de la banquise en septembre 2020 [NSIDC]Evolution et étendue minimale de la banquise en septembre 2020 [NSIDC]

Cette année, la banquise a fondu jusqu’à atteindre la deuxième superficie la plus faible jamais enregistrée après 2012, a annoncé le National Snow and Ice Data Center américain, dont les annonces à la fin de chaque hiver et de chaque été font référence. Plus précisément, le minimum a été atteint le 15 septembre, avec 3,92 millions de kilomètres carrés, soit 2,49 millions de km de moins que la moyenne des étendues les plus faibles, entre 1981 et 2010.

A titre de comparaison, la couverture de la glace de mer en Arctique s'étendait sur seulement 3,74 millions de km en 2012. La moyenne sur la période 1981-2010 est de 6,41 millions de km.

"C’est l'année a été folle dans le nord, avec la banquise presque au niveau le plus bas jamais vu, des canicules (...) en Sibérie et des immenses feux de forêts", a déclaré Mark Serreze, le directeur du NSIDC. "Nous nous dirigeons vers un océan Arctique sans glace saisonnière", a-t-il déploré.

Températures toujours élevées en Arctique, malgré le retour du froid en Europe.

Depuis la fin du mois de septembre, les températures sont nettement au-dessous de la moyenne en Suisse, avec des maximales comprises entre 10 et 12C° en plaine, contre les 15°C enregistrés habituellement.

Cette baisse qui touche également l'Ouest de l'Europe ne signifie cependant pas que la situation revient à la normale. De fait, les températures restent relativement élevées près du Pôle Nord. Voici en bas à gauche les températures actuelles sur l'hémisphère Nord pour un niveau de pression de 850 hPa (qui correspond à environ 1500m à nos latitudes).

Températures à 850 hPa sur l'hémisphère Nord, le 12 octobre 2010 (à gauche) et le 12 octobre 2019 (à droite) [GFS/NOAA]Températures à 850 hPa sur l'hémisphère Nord, le 12 octobre 2010 (à gauche) et le 12 octobre 2019 (à droite) [GFS/NOAA]

Les valeurs oscillent entre -12°C et -16°C à proximité du cercle arctique, ce qui représente une anomalie positive entre 4°C et 8°C, par rapport à qui est généralement mesuré à cette période de l’année. La différence avec les températures mesurées en 2019 au même moment de l'année (à droite) illustre bien le phénomène. D’après les dernières sorties du modèle GFS américain, cet écart positif devrait se maintenir jusqu’à la fin du mois…

Philippe Jeanneret

Publié Modifié