Modifié le 17 décembre 2018 à 14:28

Ce qui a fait pencher la balance en 2018

Température annuelle moyenne en Suisse depuis le début des mesures
Température annuelle moyenne en Suisse depuis le début des mesures [Météosuisse]
La Suisse connaîtra très probablement son année la plus chaude depuis le début des mesures en 1864. En l’état actuel des projections, la température annuelle nationale atteindra entre 6.8 et 7 degrés à la fin du mois. Le record précédent avait été établi en 2015 avec une moyenne de 6,6 degrés. Quels sont les facteurs qui ont fait pencher la balance ? Retour sur les événements des douze derniers mois.

La température la plus élevée cette année a été enregistrée à Sion avec 36,2 degrés, le 5 août; on est bien loin des 41.5° C d’août 2003 ou des 39.7°C de juillet 2015. 2018 n'en reste pas moins l'année la plus chaude en Suisse depuis le début des mesures, en raison des multiples anomalies observées, comme le montre le graphique ci-dessous :

Anomalies de températures en 2018
Anomalies de températures en 2018 [Météosuisse]

Un excédent thermique de 3.1°C a tout d’abord été enregistré pendant le mois de janvier : jamais les températures n’ont été aussi élevées pendant ce mois depuis le début des mesures. Le phénomène s’explique par la persistance des courants d’Ouest sur les Alpes, porteurs d’air océanique, humide et doux. A noter que ces courants d’Ouest se sont parfois accompagnés de tempêtes, à l’image des événements de «Burglind», qui a balayé la Suisse avec des vents à près de 150 km/h en plaine.

Un excédent de 3.9°C a aussi été observé pendant le mois d’avril, ce qui en a fait le deuxième mois d’avril le plus chaud depuis le début des mesures. Le phénomène s’explique cette fois par la persistance des hautes pressions sur la Suisse, accompagnée par moments de situations de foehn dans les Alpes. Toujours en raison des hautes pressions, le mois de mai a également été le théâtre de d’un excédent de 1,9°C. Au final, la Suisse a connu son quatrième printemps le plus chaud depuis 1864…

De son côté, l’été s’est parfois accompagné de situations orageuses exceptionnelles, comme à Lausanne le 11 juin ou à Sion le 6 août, mais dans son ensemble la période a encore été marquée par la persistance des hautes pressions, synonymes de temps ensoleillé et chaud. On peut même parler de situations bloquantes, tant les perturbations ont eu de la peine à circuler sur la Suisse pendant cette période.

Situation de hautes pressions le 15 juillet 2018
Situation de hautes pressions le 15 juillet 2018 [wetterzentrale.de]

De fait, l’été 2018 apparaît également comme le troisième été le plus chaud en Suisse depuis le début des mesures, avec une moyenne nationale, de 2°C supérieure la norme 1981-2010. Seuls l’été 2015 et l’historique été 2003 ont enregistré des écarts à la norme encore plus élevés avec respectivement 2.3°C et 3.6°C.  

La tendance haussière s’est maintenue pendant les mois d’automne, avec des excédents thermiques compris entre 1.5°C et 2.3°C. La douceur s’explique par la persistance des hautes pressions – propices à un temps assez ensoleillé - pendant les mois de septembre d’octobre, puis par le retour des courants d’Ouest ou l’avènement de situations de foehn en novembre.

Rien de spectaculaire… Mais le fait les températures aient été au-dessus de la norme trois mois d’affilée, place de manière assez logique 2018 en troisième position du hit-parade des automnes les plus chauds depuis le début des mesures.

Mois en cours également chaud

On précisera que le mois de décembre en cours est également marqué par une dominante de courants d’Ouest et comme le montre les dernières projections de Météosuisse ci-dessous, un nouvel excédent thermique pourrait être enregistré.

Projection de la température moyenne en Suisse pour décembre 2018
Projection de la température moyenne en Suisse pour décembre 2018 [Météosuisse]

Succession inhabituelle de situations « chaudes » sur l’ensemble de l’année

Les situations extrêmes n’ont pas été très nombreuses, mais les événements « globalement chauds » ont été particulièrement fréquents sur l’année, seuls les mois de février et de mars s’accompagnant de températures au-dessous de la norme. Le semestre d’été (période d’avril à septembre) apparaît par ailleurs comme le plus chaud en Suisse depuis le début des mesures, ce qui explique que 2018 soit au final l’année la plus chaude depuis le début des mesures.

A noter enfin que les événements « chauds » ont pris la forme des courants d’Ouest pendant les mois réputés froids, comme janvier, novembre et décembre, tandis qu’ils ont pris la forme de situations de hautes pressions à caractère bloquant pendant les mois réputés chaud, comme juin, juillet et août. On peut considérer ces facteurs comme la  « signature» des années chaudes…

Philippe Jeanneret, avec le concours de Lionel Fontannaz, de Météosuisse

Publié le 17 décembre 2018 à 14:21 - Modifié le 17 décembre 2018 à 14:28