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La Russie et le Qatar décrochent le Graal

Deux choix audacieux de la FIFA de Sepp Blatter pour 2018 et 2022. [Christian Hartmann - Reuters]
Deux choix audacieux de la FIFA de Sepp Blatter pour 2018 et 2022. [Christian Hartmann - Reuters]
Les 22 membres du comité exécutif de la FIFA ont tranché. La Coupe du monde 2018 aura lieu en Russie. L'édition de 2022 se déroulera elle au Qatar. Il s'agit d'une première pour ces deux pays.

Le Comité exécutif de la FIFA a désigné la Russie pour organiser le Mondial 2018, a annoncé Joseph Blatter. Les autres candidats étaient le duo Pays-Bas/Belgique, le duo Espagne-Portugal et l'Angleterre, pourtant donnée grande favorite.

Le choix de la Russie est très politique, le pays ne présentant pas sur le papier des garanties très solides en terme d'infrastructures. Tout y est encore à construire: stades (seul le Luzhniki à Moscou est aux normes d'une phase finale), hôtels, réseau de transport.

Les pays organisateurs désormais connus, ne reste plus qu'à connaître l'identité des équipes qui soulèveront le prestigieux trophée en 2018 et 2022. [Peter Klaunzer  - Keystone]Les pays organisateurs désormais connus, ne reste plus qu'à connaître l'identité des équipes qui soulèveront le prestigieux trophée en 2018 et 2022. [Peter Klaunzer - Keystone]La grande taille du pays constitue déjà en soi un défi logistique même si le dossier russe s'articule autour de treize villes regroupées en quatre pôles. Hormis Ekaterinbourg, toutes les villes sont situées dans la partie européenne de la Russie. Mais le soutien sans faille des autorités russes et du Premier ministre Vladimir Poutine ont dû rassurer les membres du CE de la FIFA. Le dirigeant russe avait déjà joué un rôle central dans l'obtention par Sotchi des JO d'hiver de 2014.

Habileté de Poutine

Monsieur Poutine a, en plus, eu l'habileté d'éviter le voyage à Zurich en dénonçant une "concurrence déloyale" et "une campagne évidente contre les membres du comité exécutif de la Fifa". "On les couvre de boue, on essaie de les compromettre", avait-il lancé mercredi dans une allusion claire à l'Angleterre.

 Pour M. Blatter, cette ouverture à l'est s'inscrit ainsi dans cette volonté de défricher de nouveaux territoires, après une première Coupe du monde en Asie (Japon-Corée du Sud en 2002) puis en Afrique (Afrique du Sud en 2010).

Les Anglais punis

L'Angleterre, berceau du jeu et qui attend une Coupe du monde depuis 1966, apparaissait comme le favori du groupe d'experts techniques de la FIFA, juste devant le ticket ibérique. Mais les accusations de corruption lancées par la presse anglaise contre des membres du Comité exécutif de la FIFA ont ruiné ses chances.

Le joueur russe d'Arsenal Andrei Arshavin console le Prince William. [Anthony Devlin  - Keystone]Le joueur russe d'Arsenal Andrei Arshavin console le Prince William. [Anthony Devlin - Keystone]L'intense lobbying du Premier ministre David Cameron, secondé par le Prince William et David Beckham, n'a donc pas porté ses fruits et le chef du gouvernement britannique n'a pas réussi à éviter des représailles et à rééditer le coup réussi par son prédécesseur Tony Blair, qui avait arraché en 2005 pour Londres les JO 2012.

Les soupçons de corruption ont servi de toile de fond au vote et sans doute causé la perte des Anglais, humiliés en étant sortis au 1er tour avec seulement deux voix. La Russie l'a finalement emporté avec 13 voix au second tour, devant les duos Espagne-Portugal (7 voix) et Pays Bas-Belgique (2 voix).

Le Qatar à la surprise générale

En choisissant de confier au Qatar l'organisation du Mondial 2022, la FIFA a fait un choix audacieux, la petite taille du pays étant potentiellement problématique du point de vue logistique et la chaleur en juin et juillet étant un autre motif d'inquiétude. Mais le dossier qatarien est également moderne et innovant, le pays ayant prévu de construire de nouveaux stades, dont certaines installations seront démontées après le Mondial pour être offertes à des pays en développement, peu équipés en infrastructures sportives.

La puissance financière de l'émirat apparaît également comme une sécurité aux yeux de la FIFA et si neuf des douze stades prévus restent à construire, l'inquiétude n'est pas de mise. Le pays, qui s'était attaché les services de Zinédine Zidane pour défendre son dossier, ne manque pas de moyens et envisage de construire des stades futuristes avec climatisation.

Sepp Blatter ne semble pas enchanté par le choix du Qatar. [Keystone]Sepp Blatter ne semble pas enchanté par le choix du Qatar. [Keystone]Le Qatar peut également se prévaloir d'une réelle expérience dans l'organisation de grands événements sportifs, dont il s'est fait une spécialité. Il a ainsi accueilli en 1995 la Coupe du monde de football des moins de 20 ans et en 2006 les 15e jeux Asiatiques dont le déroulement a été perçu comme le meilleur de l'histoire. Le Qatar organise également depuis 2004 un Grand Prix MotoGP et depuis 1990 un tournoi de tennis ATP. Il a en outre accueilli à Doha les Masters féminin de tennis. En 2011, il organisera la Coupe d'Asie des nations de football et les Jeux panarabes.

Climatisation dans les stades

Mais ce qui a fait pencher la balance est peut-être surtout la volonté de la FIFA de s'ouvrir à de nouvelles zones géographiques. Après avoir ouvert la porte à l'Asie en 2002 (Japon-Corée du Sud) et à l'Afrique en 2010 (Afrique du Sud), l'instance suprême du football confie son Mondial à un pays arabe pour la première fois.

 Les interrogations restent cependant nombreuses. La question des transports dans un si petit pays (11 400 km2, soit plus petit que... la Suisse romande et ses quelque 12 000 km2) avait ainsi inquiété les inspecteurs de la FIFA, confrontés à une configuration inédite. Si elle est une bonne nouvelle pour les spectateurs et les médias, la proximité des stades, tous prévus dans un rayon de 50 km, risque ainsi de poser un problème de logistique et d'organisation.

Mais pour les principaux intéressés, les joueurs, le facteur le plus alarmant est la chaleur, les températures pouvant atteindre 45 degrés Celsius en juin et juillet. Pour y remédier, le comité d'organisation a mis en avant son expérience en matière de climatisation des stades, proposant des enceintes climatisées de deuxième génération, fonctionnant à l'énergie solaire. Enfin, le Qatar a probablement profité du fait qu'il n'a jamais accueilli le Mondial, contrairement à ses principaux rivaux, les Etats-Unis (1994), le Japon (2002) et la Corée (2002).

agences/alt

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Le détail des votes

La FIFA, qui avait annoncé initialement ne pas vouloir donner le détail des votes, a finalement dévoilé ces données dans un communiqué:

2018
1er tour: Angleterre 2 votes, Pays-Bas/Belgique 4 votes, Espagne/Portugal 7 votes, Russie 9 votes Pas de majorité absolue (12 votes pour 22 votants, le candidat ayant le moins de voix, l'Angleterre, est alors éliminé).

2e tour: Pays-Bas/Belgique 2 votes, Espagne/Portugal 7 votes, Russie 13 votes - La Russie obtient la majorité absolue.

2022
1er tour: Australie 1 vote, Japon 3 votes, Corée du Sud 4 votes, Qatar 11 votes, Etats-Unis 3 votes, Australie éliminé

2e tour: Japon 2 votes, Corée du Sud 5 votes, Qatar 10 votes et Etats-Unis 5 votes, Japon éliminé

3e tour: Corée du Sud 5 votes, Qatar 11 votes, Etats-Unis 6 votes, Corée du Sud éliminée

4e tour: Qatar 14 votes, Etats-Unis 8 votes - Le Qatar obtient la majorité absolue.

La fiche de la Russie
Superficie: 17'098'242 km2
Capitale: Moscou
Population: 142 millions d'habitants
Principaux stades: Stade Loujniki (Moscou), Gazprom Arena (St-Pétersbourg), Stade olympique (Sotchi)
Participations au Mondial: Russie: 2 (1994, 2002); URSS: 7 (1958, 1962, 1966, 1970, 1982, 1986, 1990)
Organisation du Mondial: aucune
Organisation Jeux Olympiques: 1980 Moscou (URSS), 2014 Sotchi (Rus)

La fiche du Qatar
Superficie: 11'437 km2
Capitale: Doha
Population: 1'700'000 habitants
Principaux stades: Khalifa Stadium (Doha), Al Gharafa Stadium (Doha), Al Rayyan Stadium (Al Rayyan), Lusail Iconic Stadium (Lusail, à construire).
Participation au Mondial: aucune
Organisation du Mondial: aucune
Organisation Jeux Olympiques: aucune

Diverses réactions

David Beckham (ambassadeur de la candidature de l'Angleterre): "Nous avons fait tout ce qui était possible, notre candidature ne pouvait pas être meilleure. C'est décevant, mais félicitations à la Russie et au Qatar. Ce sont des pays importants et je suis sûr que la FIFA en sera fière."

David Cameron (Premier ministre du Royaume-Uni): "Je suis amèrement déçu. C'est désespérément triste. Nous n'avons pas eu de Coupe du monde en Angleterre depuis ma naissance (ndlr: octobre 1966, trois mois après la Coup du monde organisée en Angleterre)."

Prince William (2e héritier de la couronne du Royaume-Uni): "Je suis extrêmement déçu et très triste Nous avions une candidature très forte, mais tristement, cela n'a pas marché."

Dimitri Medvedev (Président de la Russie, sur Twitter): "Hurra ! Victoire ! Nous avons la Coupe du monde 2018 !"

Barack Obama (Président des Etats-Unis): " "Je pense que c'était une mauvaise décision d'accorder au Qatar l'organisation du Mondial 2022, plutôt qu'aux Etats-Unis".

Cheikh Mohammed bin Chalifa Al-Thani (Emir du Qatar): "La première Coupe du monde sur sol arabe, c'est quelque chose de spécial. Le football va continuer de réunir les cultures. Nous avons prouvé, lors des Jeux asiatiques 2006, que nous sommes capables d'organiser un tel événement."

Zinédine Zidane (ambassadeur de la candidature du Qatar): "Cela m'a un peu désolé pour l'Espagne mais je suis très content de la désignation du Qatar, qui représente le monde arabe qui émerge."

Marc Wilmots (ancien international belge de football): "Le sport a perdu. Ces deux désignations démontrent que la FIFA n'a absolument pas tenu compte des critères sportifs. Je me souviens du Mondial aux Etats-Unis où l'on nous avait fait jouer à Orlando à midi par 42 degrés à l'ombre. C'était impossible de courir. Ce sera la même chose au Qatar. On joue avec la santé des footballeurs et on ne tient pas compte de l'intérêt sportif. On me dit que les stades seront climatisés. Du football dans des bulles réfrigérées..."

Joseph Blatter (président de la FIFA): "Je remercie le Comité exécutif car nous visiterons en 2018 et 2022 de nouveaux pays. En ce sens, je suis un président heureux, puisque nous parlons de progrès du football. Mais je dois féliciter tous les candidats. Le football, ce n'est pas que gagner, c'est aussi une école de vie dans laquelle nous devons apprendre à perdre. Et ce n'est pas facile."