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Les pro-fumée lancent leur initiative

Les initiants veulent supprimer toutes les interdictions sur la fumée prises jusqu'ici. [Keystone]
Les initiants veulent supprimer toutes les interdictions sur la fumée prises jusqu'ici. [Keystone]
L'herbe à Nicot a encore des partisans, qui ont présenté jeudi à Berne leur initiative populaire "pour une loi libérale sur l'interdiction de fumer". Invoquant "la mort du stammtisch", ils ont affirmé leur objectif de supprimer toutes les interdictions prononcées jusqu'ici.

Intitulé "communauté d'intérêts de restaurateurs suisses
libres", le comité d'initiative est issu des milieux de la
gastronomie et des Jeunes UDC bernois. Il a dénoncé en premier lieu
la tutelle de l'Etat et les entraves à la "libre volonté du
citoyen", selon les termes de son président David Herzig.

Le comité ne prétend certes pas que fumer soit sain. Mais c'est
aux citoyens de décider s'ils entendent fréquenter un établissement
fumeurs et aux restaurateurs de choisir quel concept leur convient
le mieux, a ajouté David Herzig. Selon lui, le "stammtisch" - ou
table des habitués - est mort.

Les bars, discos et bistrots de campagne sont les plus touchés par
les pertes de revenus causées par les interdictions de fumer. Pour
ce qui est de la protection du personnel, personne n'est contraint
de travailler dans un local fumeur.

Et une grande partie des employés fument de toute manière, selon
les promoteurs de l'initiative, qui ont jusqu'au 23 août 2011 pour
récolter les 100'000 signatures requises.

Appréciation du propriétaire

Le texte précise que la décision de prononcer une interdiction
de fumer dans un espace fermé relève de la seule appréciation de
son propriétaire. Ce principe vaudrait aussi pour les lieux
accessibles au public, comme les entreprises de restauration ou
d'hôtellerie, les bâtiments et véhicules des transports publics
ainsi que les sites servant à la formation, au sport, à la culture
ou aux loisirs.

Les espaces où il est permis de fumer devraient être signalés
comme tels. Dans le comité figure notamment le président de
l'association "Légitime défense des cafés romands en péril", le
Genevois Roland Terrier.

De nombreux cantons ont introduit des lois parfois très strictes
contre la fumée dans les établissements publics. Une loi fédérale
en la matière, plus libérale, entrera en vigueur le 1er mai. Cette
législation nationale contient toute une série d'exceptions.
Jugeant qu'elle n'allait pas assez loin, la Ligue pulmonaire a pour
sa part lancé sa propre initiative populaire pour réclamer une
interdiction stricte dans tout le pays.

ats/bkel

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Une étude met en évidence les bienfaits de l'interdiction

Loin d'entraîner la mort des cafés, comme de nombreux restaurateurs le dénoncent, l'interdiction de fumer semble au contraire profiter à la branche. A la fin 2009, alors qu'une interdiction de fumer dans les établissements publics était en vigueur dans la plupart des cantons, plus de 500 bars et bistrots ont vu le jour en Suisse. C'est ce qu'indique une étude de l'union suisse des créanciers Creditreform que s'est procurée l'ATS. 2008 en a vu naître près de 600.

Avant l'interdiction de fumer, le Tessin voyait davantage d'établissements fermer leurs portes que les ouvrir. Depuis 2007 en revanche, la tendance s'est renversée: il y en a 82 de plus qu'auparavant. Dans le canton de St-Gall, où la clope est bannie depuis 2007, le registre du commerce révèle également une balance positive, avec 65 auberges supplémentaires. Cela correspond aussi à la moyenne de l'année précédente. Même tendance dans les Grisons.

Du côté des faillites, elles sont restées dans la moyenne des années précédentes aux Grisons et à St-Gall. Elles ont légèrement augmenté au Tessin. Une tendance inverse s'observe dans les cantons où l'herbe à nicot n'a pas été proscrite, ou alors très récemment.

A entendre les commerçants de la branche toutefois, c'est la soupe à la grimace. Les cafetiers-restaurateurs zurichois estiment entre 12 et 15% le recul du chiffre d'affaires dans les cantons où on ne peut plus s'en griller une au bistrot. Du côté de GastroGrisons, son directeur Fluregn Fravi ne constate pas de recul du chiffre d'affaires sur l'ensemble, a-t-il indiqué à l'ATS. Les établissements sans fumoir sont toutefois désavantagés par rapport aux autres, explique-t-il.

A l'étranger, l'Irlande, qui a joué un rôle de pionnier en 2003, a certes vu le chiffre d'affaires de la branche reculer de quelques pourcentages. Mais la situation s'est rétablie dès l'année suivante, indiquent les autorités irlandaises. L'effectif du personnel a affiché une baisse de 1%, avant d'augmenter de 3% l'année suivante.

En Californie, la fumée est interdite depuis 1995 dans les restaurants et depuis 1998 dans les bars. Les débits de boissons ont vu leur chiffre d'affaires grimper de 7,2 milliards de dollars à 9,6 milliards entre 1997 et 2002. Le nombre de collaborateurs de la branche a également pris l'ascenseur durant cette période.