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"C'est un peu ennuyeux, la presse romande"

Peter Rothenbühler apporte son regard sur l'arrivée du Blick.ch en Suisse romande (vidéo) [RTS]
Peter Rothenbühler apporte son regard sur l'arrivée du Blick.ch en Suisse romande (vidéo) / La Matinale / 8 min. / le 6 octobre 2020
Peter Rothenbühler donne son éclairage sur l'arrivée du Blick en Suisse romande. L'ancien rédacteur en chef du Matin et de la Schweizer Illustrierte est aujourd'hui chroniqueur et connaît très bien les deux côtés de la Sarine. Pour lui, un Blick romand, c'est une bonne nouvelle pour le journalisme.

"Romandie, wir kommen!", c'est la Une du Blick en très grand et en très gras mardi matin. Le journal est un acteur majeur du paysage médiatique alémanique, connu pour son style rentre-dedans. Et il va s'adresser aux Romands dès l'an prochain en version "pure player", sur internet, sans version papier. Ce site d'actualité sera l'équivalent francophone de blick.ch.

Ces dernières années, les Romands ont vu disparaître l'Hebdo et aussi la version papier du Matin, qui était une institution. L'arrivée du Blick, est-ce une bonne nouvelle pour les Romands? "Absolument! Et c'est d'abord une très bonne nouvelle pour les journalistes, parce que vingt personnes vont être embauchées: c'est incroyable!", s'enthousiasme Peter Rothenbühler.

"Les journalistes se sont endormis"

"Et en même temps, il y a l'arrivée de Watson, un peu plus tôt que le Blick, qui engage également vingt personnes. Donc, pour les jeunes journalistes surtout, c'est une très très bonne nouvelle. Et puis c'est une bonne nouvelle pour les lectrices et les lecteurs, parce que le paysage médiatique romand a souffert ces dernières années d'une réduction et du monopole de Tamedia. Les journalistes se sont un peu endormis: c'est devenu un peu ennuyeux, la presse romande".

Pour le journaliste, ces nouvelles offres vont raviver la concurrence: "Quand il y a concurrence, les journalistes ne peuvent plus décider de ne pas faire une histoire qui est dans l'air. Donc ces deux médias, Watson et Blick online, vont un peu jouer le rôle qu'a joué Le Matin quand il existait encore, avant d'avoir été tué. C'est-à-dire un peu provocateur, un ton plus direct, plus impertinent. Et personne ne pourra dire 'Oh, ce n'est pas une histoire... On ne fait pas d'interview avec untel parce qu'il ne nous plaît pas...'"

Des Romands pour les Romands

Watson est un média très bien implanté en Suisse alémanique, entièrement numérique et gratuit, lancé par AZ Medien en Suisse romande l'année prochaine.

>> Lire: Watson débarque dans le paysage médiatique romand ce printemps

Cela donne l'impression que les Romands doivent compter sur les Alémaniques, car ce sont eux qui apportent du capital: "Ce sont de grandes maisons qui investissent, mais ce sera fait par des Romands, des Romands très expérimentés. Sandra Jean, qui va diriger Watson, est une ancienne du Matin et du Nouvelliste. Michel Jeanneret [ndlr. nommé à la tête du Blick romand] est aussi un ancien du Matin et est actuellement rédacteur en chef de L'Illustré: ce sont des Romands pur jus et qui ont prouvé par le passé qu'ils savent non seulement provoquer, mais aussi faire bouger les lignes".

Peter Rothenbühler le souligne: cette initiative ne sert pas à rapprocher les Romands des Alémaniques: "Vous rêvez! C'est vraiment une opération purement romande et ça doit être une opération purement romande pour les Romands! Parce que cette illusion que les gens du Blick se font à Zurich de pouvoir traduire une grande partie du Blick, ça ne marche pas: on l'a déjà essayé dans le passé. Il faut vraiment que des journalistes romands travaillent sur le terrain à Genève, à Lausanne, à Fribourg, à Sion... et qu'ils écrivent les histoires originales romandes. La traduction n'a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais".

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Interview radio: Romaine Morard

Adaptation web: Stéphanie Jaquet

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