Modifié le 13 novembre 2018 à 12:38

"La Suisse a un rôle modeste mais important à jouer avec la Russie"

L'invité-e de Romain Clivaz (vidéo) - Yves Rossier, ambassadeur suisse en Russie
L'invité-e de Romain Clivaz (vidéo) - Yves Rossier, ambassadeur suisse en Russie La Matinale / 10 min. / le 13 novembre 2018
La Suisse peut-elle exister aux yeux d'un pays comme la Russie, actuellement au centre de l'attention mondiale? Pour l'ambassadeur Yves Rossier, la Suisse, affranchie de la "discipline de groupe", a la possibilité de se démarquer.

"Les partenaires principaux de la Russie sont les grandes puissances, surtout les Etats-Unis et la Chine (...). Mais dans ce jeu-là, la Suisse a un rôle à jouer, qui est modeste mais néanmoins important", estime l'ambassadeur suisse en Russie Yves Rossier, invité mardi de La Matinale.

Pour lui, "il ne s'agit pas de se démarquer pour se démarquer. On n'est pas en crise d'adolescence vis-à-vis de l'Union européenne. Mais le fait que nous ne faisons pas partie d'un groupe comme l'UE ou l'OTAN, cela nous enlève cette discipline de groupe. On peut faire ce que l'on estime juste".

Yves Rossier donne l'exemple des sanctions qui ont suivi l'annexion de la Crimée et le conflit dans le Donbass. "La Suisse en a pris certaines, qu'elle estimait justifiées, et pas d'autres. Elle a pris des mesures pour éviter le détournement des sanctions des uns par les autres... Donc on a rendu tout le monde un peu mécontent, mais c'était le seul moyen de bien faire notre travail. Et c'est bien accepté par toutes les parties", explique-t-il.

"Crédibilité et parler vrai"

Les Suisses sont-ils toujours vus comme neutres par la Russie? "Je pense que oui. Neutres et un peu différents. On a des dialogues réguliers sur tous les aspects de la politique avec les Russes, on en a plus d'une dizaine par année", répond Yves Rossier.

"Je crois que les Russes apprécient de pouvoir nous parler: non pas qu'on leur donne des idées ou qu'on leur apprend des choses qu'ils ne savent pas, mais je pense qu'ils nous utilisent pour tester leurs arguments. Ils savent que ce que nous disons, nous ne le disons pas parce que nous y sommes obligés par une discipline de groupe. Dans ce contexte, la crédibilité et le parler vrai me semblent indispensables", poursuit celui qui a pris ses fonctions début 2017.

Les espions, "pas une crise majeure"

Interrogé sur les tensions créées par la "crise des espions" russes, qui auraient tenté de pirater le laboratoire chimique de Spiez et l'Agence mondiale antidopage à Lausanne, Yves Rossier estime que "le plus important, c'est de bien isoler le renseignement pour qu'il ne contamine pas l'ensemble des relations".

"Le deuxième souci, c'est de faire respecter certaines règles minimales d'hospitalité par les gens avec un statut diplomatique qui sont sur notre territoire (...). Mais nos relations avec la Russie vont bien au-delà de ce problème-là. En ce qui me concerne, je n'ai pas l'impression que c'est une crise majeure", précise-t-il. 

Propos recueillis par Romain Clivaz

Adaptation web: Jessica Vial

Publié le 13 novembre 2018 à 08:58 - Modifié le 13 novembre 2018 à 12:38