Publié jeudi à 19:05

Les milieux de la prévention contre les addictions déçus par le Conseil fédéral

Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions (GREA).
Les milieux de la prévention contre les addictions déçus par le Conseil fédéral: interview de Jean-Félix Savary Forum / 4 min. / jeudi à 18:16
Les milieux de la prévention contre les addictions déplorent que le Conseil fédéral recule sur le cadre réglementaire qui réglait leur collaboration avec le milieu des jeux d'argent.

La nouvelle loi sur les jeux d'argent acceptée le 10 juin par 72,9% des votants doit renforcer la protection et la prévention contre l'addiction au jeu. Comme les maisons de jeu, les sociétés de loterie devront exclure les personnes dépendantes.

Pourtant, les milieux de la prévention contre les addictions et le surendettement déplorent un retour en arrière par rapport à la loi sur les maisons de jeu de 1998.

Jean-Félix Savary, secrétaire général du GREA, le Groupement romand d'études des addictions, souligne dans l'émission Forum que le cadre réglementaire suisse, qui réglait la collaboration entre les milieux de la prévention et le milieu des jeux d'argent, était envié par les autres pays. Il déplore que le statu quo sur cette partie du règlement promis par le Conseil fédéral avant le vote n'ait pas été maintenu dans les dispositions d'application de la loi.

Encadrer le jeu et conserver les recettes fiscales

Le secrétaire du GREA admet un "conflit d'intérêt structurel" dans le milieu des jeux d'argent, une partie des revenus fiscaux du jeu finançant l'AVS et l'AI alors que des coûts sociaux s'élevant à 600 millions chaque année en Suisse sont causés en particulier par les personnes qui ont des problèmes de jeux.

Jean-Félix Savary estime qu'il s'agit "d'encadrer le jeu, pour pouvoir à la fois avoir les bénéfices du jeu, mais ne pas avoir trop de coûts sociaux". Pour lui, le Conseil fédéral voit uniquement les rentrées fiscales et non les coûts sociaux, qui sont assumés par les cantons.

Crainte de devenir un "alibi"

La collaboration entre industrie du jeu et prévention se faisait jusqu'alors grâce à la base réglementaire, mais les milieux de la prévention considèrent que si l'industrie du jeu le fait sur une base volontaire, "s'il n'y a pas de garde-fous, avec nos petits moyens, nous serons rapidement classés dans la catégorie 'alibis'".

"Il y a certainement des opérateurs qui vont jouer le jeu, et on va pouvoir avoir de belles collaborations. (...) Quand il n'existe pas de cadre réglementaire pour régler la collaboration, sur lequel peuvent s'appuyer des autorités de surveillance, les risques d'alibi et d'instrumentalisation sont importants."

Propos recueillis par Valérie Hauert et Pietro Bugnon/ebz

Publié jeudi à 19:05

Jeux en ligne ouverts aux casinos suisses

Le Tribunal fédéral ayant rejeté jeudi un recours du Parti pirate remettant en cause les interventions des autorités dans la campagne, plus rien ne s'oppose à une entrée en vigueur du texte le 1er janvier 2019, constate le Conseil fédéral.

La nouvelle loi ouvre les jeux en ligne aux casinos suisses. Dès le 1er juillet 2019, les joueurs qui veulent jouer au poker ou à la roulette sur un site étranger seront alors redirigés vers une page les avertissant que cette offre n'est pas légale en Suisse.

Ce verrouillage avait été très contesté lors de la campagne de votation. Les opposants craignaient que cette "censure" fasse école et fasse fleurir le marché noir, le dispositif étant facilement contournable.

La loi doit aussi renforcer la protection et la prévention contre l'addiction au jeu. Comme les maisons de jeu, les sociétés de loterie devront exclure les personnes dépendantes.