Modifié le 13 novembre 2018 à 14:48

L'initiative UDC sur les juges étrangers mal partie, selon un sondage SSR

Le premier sondage GFS pour la SSR révèle que les Suisses voteraient deux fois oui et une fois non le 25 novembre.
Le premier sondage GFS pour la SSR révèle que les Suisses voteraient deux fois oui et une fois non le 25 novembre. 12h45 / 2 min. / le 19 octobre 2018
Les citoyens accepteraient la surveillance des assurés et l'initiative pour les vaches à cornes s'ils se prononçaient aujourd'hui, selon le premier sondage SSR. Ils refuseraient en revanche l'initiative pour l'autodétermination.

Actuellement, 55% des Suisses rejettent l'initiative de l'UDC baptisée "Le droit suisse au lieu des juges étrangers (initiative d'autodétermination)" alors que 39% la soutiennent, selon la première enquête SSR réalisée par l'institut gfs.bern en vue des votations du 25 novembre.

Sur cet objet, le stade de formation de l'opinion est moyen à avancé, avec 66% d'intentions de vote indiquées comme fermes, précise l'institut. Ce dernier souligne que la campagne a débuté de manière précoce et s'est accélérée directement après les votations de septembre.

Le sondage met en évidence une polarisation des opinions selon l'appartenance politique, avec d'un côté les électeurs de l'UDC - clairement favorables - et de l'autre ceux de tous les autres partis - qui se montrent majoritairement opposés.

L'adhésion à ce texte est plus marquée au Tessin, où les intentions de vote sont équilibrées (45% de oui, 44% de non). L'opposition est nette en revanche en Suisse romande (60% de non contre 34% de oui) et également majoritaire - mais un peu moins marquée - en Suisse allemande (53% contre 41%).

Les opposants à l'initiative mettent en avant prioritairement une mise en danger des relations internationales de la Suisse, alors que les partisans veulent mettre un frein à l'extension des contrats internationaux. Mais l'issue de la votation n'est pas encore totalement prévisible, souligne gfs.bern, cet objet étant particulièrement sensible et d'éventuels effets de mobilisation pouvant encore intervenir.

La surveillance des assurés plutôt bien acceptée

Le deuxième objet soumis à votation le 25 novembre est la modification de la partie générale du droit des assurances sociales, qui fixe le cadre légal de la surveillance des assurés. Le texte, combattu par référendum par la gauche, reçoit le soutien de 57% des personnes sondées, alors que seules 39% s'y opposent.

Un schéma traditionnel de conflit gauche-droite semble se dessiner, constate l'institut de sondage: L'électorat des partis bourgeois tend fortement vers le oui, alors que celui de la gauche est majoritairement tourné vers le rejet.

La tendance reste cependant relativement instable, alors que l'électorat de gauche est déjà fortement mobilisé mais que celui des partis bourgeois reste moyen.

L'incertitude est la plus marquée en Suisse romande, où les majorités ne sont pas encore clairement formées. Le camp du oui y dispose d'une avance (48% contre 42% de non), mais moins importante qu'au Tessin (65% de oui contre 22% de non) et en Suisse allemande (59% contre 39%).

L'idée d'une surveillance des assurés pour lutter contre les fraudes aux assurances sociales est majoritairement acceptée, mais la crainte d'une atteinte à la sphère privée polarise davantage. Le spectre d'un pouvoir exagéré des détectives privés n'a en revanche que peu de poids, actuellement, dans la formation de l'opinion.

On peut s'attendre à une évolution standard de la campagne, estime gfs.bern, avec l'adoption du point de vue du Conseil fédéral.

Soutien à l'initiative sur les vaches à cornes

Avec un taux de soutien de 58%, l'initiative "Pour la dignité des animaux de rente agricoles" part avec une bonne longueur d'avance sur le camp des opposants (36%). Le texte vise à encourager les éleveurs à ne pas écorner leurs vaches, sans pour autant interdire cette pratique.

Le choix des sondés ne révèle pas de clivage classique gauche-droite, puisqu'une majorité de partisans de l'UDC soutient l'initiative aux côtés de ceux des Verts et du PS. Le texte recueille également plus de sympathie chez les personnes à faibles revenus et formation, les femmes et les citadins.

Le soutien à l'initiative se fonde avant tout, en l'état, sur l'assertion selon laquelle l'écornage est douloureux pour les animaux.

Mais l'état de formation de l'opinion est encore très faible, avec seulement 55% d'intentions de vote fermes. L'issue du vote reste donc très ouverte, souligne l'institut, avec un potentiel d'évolution vers le non si les faiblesses de l'initiative sont mises en avant.

Olivier Angehrn

Publié le 19 octobre 2018 à 06:00 - Modifié le 13 novembre 2018 à 14:48

Méthodologie utilisée

Mandatée par la SSR, la première session de l'enquête Trend de l'institut de recherche gfs.bern en vue des votations du 25 novembre 2018 a été réalisée entre le 1er et le 12 octobre 2018 auprès de 3772 titulaires du droit de vote sélectionnés de manière représentative. La marge d'erreur est de +/-2,9 points de pourcentage.

Le sondage publié vendredi n'est pas une prévision, mais un instantané de l'opinion à quelque cinquante jours du scrutin.

Dans le cadre du mandat SSR, le sondage téléphonique a été complété pour la première fois par un sondage en ligne des titulaires du droit de vote afin de renforcer la taille d’échantillonnage en Suisse romande et au Tessin. La partie en ligne a été réalisée sous forme de sondage opt-in (sondage participatif) via les portails en ligne de SRG SSR Médias.

L’UDC reste confiante: «la campagne n’a pas commencé!»

Le conseiller national Yves Nidegger se dit "positivement surpris" par ce sondage. Interrogé par la RTS, il ne doute pas que l'UDC pourra convaincre les Suisses. Pour lui, ce mauvais départ s’explique par le fait que la campagne n’a jusqu’ici été menée par les opposants au texte. "Normalement les initiatives sont bien reçues au départ, puis s’effondrent sous la critique. Et là ce qu’on a entendu au départ ce sont les critiques."

"On a fait une campagne en creux, ajoute Yves Nidegger, on n’a même pas signé nos affiches parce qu’au fond le message c’est de dire: ce qui est en jeu, c’est la démocratie directe, c’est le droit de vote de chacun."

Un "nouveau" rôle pour l’UDC

Outre une campagne jugée inhabituelle, le parti se heurte à un autre défi : expliquer à la population un texte complexe: "l’UDC est ici dans un rôle de pédagogue sophistiqué, juridique, et donc ce n’est évidemment pas les codes ordinaires de l’UDC." Le défi de la communication est nouveau pour un parti habitué aux campagnes de choque: "Ce n’est pas un message du style de ceux qu’on peut résumer avec un mouton (…). Pour nous c’est un défi nouveau. Ordinairement on en appelle au cœur et aux tripes et là on est obligé d’en appeler à la réflexion. Mais par chance nous avons des adversaires qui en ont peu. "