Modifié le 10 octobre 2018

La Suisse dans l'embarras face à ses djihadistes présumés détenus en Syrie

Une porte de cellule dans la prison centrale de Qamishli, dans le Kurdistan syrien, et le tweet du responsable kurde appelant les pays à rapatrier leurs ressortissants (photo prétexte).
La Suisse dans l'embarras face à ses djihadistes présumés détenus en Syrie Forum / 3 min. / le 10 octobre 2018
Les forces kurdes en Syrie ont appelé ces derniers jours plus de 40 pays, dont la Suisse, à rapatrier leurs ressortissants qu'ils considèrent comme des djihadistes. Or, cet appel reste sans réponse officielle côté helvétique, selon la RTS.

Quatre Suisses, dont un homme, trois femmes et un enfant en bas âge, seraient actuellement détenus par les forces kurdes dans cette zone territoriale syrienne, selon des chiffres de SRF. Ces personnes sont soupçonnées d'avoir rejoint et combattu dans les rangs du groupe Etat islamique.

Au total, ce sont quelque 900 combattants, ainsi que 400 à 500 femmes et 1000 enfants de 44 pays qui sont enfermés dans des prisons ou placés dans des camps dans le nord de la Syrie, selon des données communiquées par Abdulkarim Omar, un des responsables kurdes sur place.

Dans une série de tweets et par voie de presse, celui-ci a récemment appelé les Etats concernés à rapatrier leurs ressortissants. "Nous confirmons que nous ne poursuivrons pas les combattants de l'EI dans notre région (Rojava, dans la Syrie du Nord), chaque pays devrait rapatrier leurs citoyens et les poursuivre sur leur territoire", indique-t-il.

La Suisse devrait bientôt se prononcer

Côté suisse, le Groupe sécurité de la Confédération travaille depuis plusieurs mois sur la question du rapatriement de ses ressortissants détenus en Syrie, a appris la RTS mercredi auprès de sources proches du dossier.

Composée du secrétaire d'Etat du Département fédéral des affaires étrangères, ainsi que du directeur du Service de renseignement de la Confédération et de la directrice de Fedpol, cette cellule doit en effet rendre un rapport aux conseillers fédéraux Simonetta Sommaruga, Guy Parmelin et Ignazio Cassis. Le Conseil fédéral au complet devra ensuite valider la stratégie proposée. Mais, pour l'heure, aucun consensus n'a été trouvé au sein du Groupe sécurité.

Parmi les personnes interrogées par la RTS, certaines refusent tout rapatriement, évoquant des départs volontaires avec, à la clé, de potentiels crimes commis en Syrie. Un jugement sur place est donc logique, estime-t-on. Et de relever le danger que représenteraient ces combattants présumés une fois de retour en Suisse.

A l'inverse, d'autres voix rappellent que les Kurdes refusent de juger ces détenus. Ceux-ci doivent donc être rapatriés et être poursuivis en Suisse. D'autres encore plaident pour une solution humanitaire avec le seul rapatriement de l'enfant en bas âge.

Le DFAE "conscient" de la situation

De son côté, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) indique être "conscient que des ressortissants suisses qui se trouvaient auparavant sur le territoire du groupe Etat islamique sont détenus en Syrie." Il précise qu'il ne peut fournir aucune information sur ces personnes en raison de la protection des données et de la personnalité.

Il ajoute encore que les organes compétents sont en contact permanent afin "d'évaluer la situation des voyageurs du djihad et des enfants qui pourraient être concernés par cette problématique."

Le DFAE déconseille en outre tout séjour en Syrie et, de ce fait, rappelle qu'il ne peut offrir une protection consulaire aux personnes qui ne respecteraient pas ces instructions.

>> L'interview de Philippe Currat, ancien secrétaire général du Barreau pénal international (BPI):

Philippe Currat, secrétaire général du Barreau Pénal International.
RTS
Forum - Publié le 10 octobre 2018

Marc Menichini et Mathieu Henderson

Publié le 10 octobre 2018 - Modifié le 10 octobre 2018

Recherche de crédibilité politique?

Dans sa série de tweets, le responsable kurde Abdulkarim Omar indique que l'instabilité dans la région pourrait permettre aux "combattants de l'EI" de s'évader. "Certains d'entre eux sont dangereux et pourraient représenter un sérieux danger pour l'Europe et la communauté internationale."

A noter que les autorités de cette zone territoriale ne sont pas reconnues officiellement par les Etats-Unis et l'Union européenne qui les considèrent comme une organisation terroriste en raison du combat qu'elle mène contre le gouvernement turc.