Modifié le 10 septembre 2018 à 22:07

Initiative en vue contre l'assouplissement des exportations d'armes

Exportations d'armes: appel pour une initiative contre l'assouplissement.
Exportations d'armes: appel pour une initiative contre l'assouplissement. 19h30 / 2 min. / le 10 septembre 2018
Une coalition politico-associative veut bloquer, purement et simplement, les velléités du Conseil fédéral d'assouplir les règles en matière d'exportation de matériel de guerre. Elle combattra ce projet avec une initiative populaire.

Le gouvernement a annoncé en juin son intention de permettre à l'industrie de l'armement suisse, sous certaines conditions, d'exporter ses biens vers des pays impliqués dans un conflit armé interne. Cet assouplissement de l'ordonnance sur le matériel de guerre est honteux et inacceptable, ont clamé en choeur lundi à Berne des élus de gauche et du centre ainsi que des associations religieuses et des oeuvres d'entraide.

>> Lire aussi: Le Conseil fédéral autorise l'exportation d'armes vers des pays en conflit interne

Les initiants se disent confortés dans leur démarche par les récentes révélations sur la présence de grenades suisses en Libye et en Syrie, ou encore par le constat dressé la semaine dernière par le Contrôle fédéral des finances, qui pointe des lacunes dans la surveillance étatique des exportations d'armes. Pour eux, ces affaires ternissent la tradition humanitaire de la Suisse.

Faire pression sur le Conseil fédéral

Leur texte - qualifié d'"initiative de rectification" - propose donc de bannir les exportations d'armes vers les Etats qui violent gravement les droits de l'homme ou vers les pays en guerre civile. Seules les ventes vers des Etats démocratiques ayant un système de contrôles idem au nôtre seraient admises.

Concrètement, si durant les deux prochaines semaines, 25'000 personnes signent leur appel, l’initiative sera lancée. Le texte a d'ores et déjà été déposé la semaine dernière à la Chancellerie fédérale, qui doit encore le valider avant le début officiel de la récolte des signatures. Les initiants promettent toutefois de le retirer si le Conseil fédéral revient en arrière ou si le Parlement corrige le projet d'assouplissement en cours d'élaboration.

Marc Menichini/dk avec ats

Publié le 10 septembre 2018 à 12:57 - Modifié le 10 septembre 2018 à 22:07

Le camp bourgeois se prépare à combattre l'initiative

La menace d'une initiative contre l'assouplissement des règles en matière d'exportation de matériel de guerre fait réagir dans la salle des pas perdus du Palais fédéral. Notamment dans le camp bourgeois, conscient de la large alliance des initiants: oeuvres d'entraide, associations religieuses, Parti socialiste, Verts, PBD et Vert'libéraux. La direction du PDC Suisse, elle, hésite encore mais si le parti rejoint ce comité d'initiative, le combat de la droite s'avérera compliqué.

Mais pour l'heure, PLR et UDC soutiennent toujours le projet d'assouplissement du Conseil fédéral. Pour eux, il s'agit de préserver des places de travail, notamment en Suisse centrale, région dont les représentants de droite à Berne sont très mobilisés sur le sujet. Par ailleurs, ceux-ci voient derrière cette initiative la patte du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA). Soutenir ce texte reviendrait donc à soutenir les idées antimilitaristes de ce groupe. Une hérésie pour de nombreux élus PLR et UDC.

Malgré cela, les récentes révélations concernant la présence de grenades suisses en Syrie et en Libye et les conclusions du Contrôle fédéral des finances pointant des lacunes dans les contrôles effectués par le SECO nuancent la position de certains PLR. Plusieurs parlementaires libéraux-radicaux refusent dorénavant de donner un blanc-seing au Conseil fédéral et prient Johann Schneider-Ammann, le conseiller fédéral chargé du dossier, de donner de plus amples informations.

>> Ecouter l'enquête de Marc Menichini dans la salle des pas perdus à Berne: