Modifié le 07 septembre 2018 à 18:24

La politique agricole coûte trop cher, selon une étude d'Avenir Suisse

L'étude met en avant les coûts engendrés par le secteur agricole en Suisse, trop élevés.
La politique agricole suisse coûte trop cher, selon une étude controversée d’Avenir Suisse La Matinale / 1 min. / le 07 septembre 2018
La politique agricole suisse coûte trop cher - quelque 20 milliards par année - et il faut la réformer en profondeur: telle est la conclusion d’une étude publiée vendredi par Avenir Suisse. Le monde paysan dénonce une "provocation".

Les 4,1 milliards de francs de dépenses publiques pour l’agriculture suisse - soit 1,34 franc par jour et par habitant, contre 32 centimes pour les citoyens de l’Union européenne - ne sont que "la pointe de l’iceberg", selon le think tank d’obédience libérale Avenir Suisse, qui a essayé de recenser l’ensemble des coûts liés de près ou de loin à l'économie agricole. Selon ses calculs, les coûts occasionnés par le secteur agricole avoisinent les 20 milliards de francs par an.

Aux dépenses de la Confédération et des cantons, il faut ajouter les surcoûts pour les consommateurs: 1000 francs par ménage et par an, causés, selon les auteurs de l'étude, par les barrières douanières qui renchérissent les prix des denrées.

"Abolir les subventions, ouvrir les marchés"

Les entreprises exportatrices sont également pénalisées par les réticences des milieux agricoles face au libre-échange. Les firmes suisses ratent des contrats, générant un manque à gagner estimé à plus de 3 milliards de francs.

A cela s’ajoute encore l’impact environnemental - comme la perte de la biodiversité ou les émissions de gaz à effet de serre - chiffré à 7,3 milliards de francs par an. L’addition finale est estimée à 20 milliards de francs au total.

La solution, selon Avenir Suisse, consiste à déréguler, ouvrir les marchés, abolir les subventions. Ce changement radical doit sauver l'agriculture suisse, pas la démanteler, assurent les auteurs de l'étude.

"Si l’on mettait en oeuvre les propositions de réformes que nous avançons, cela changerait le paysage de l’agriculture suisse", note Noémie Roten, co-auteure de l’étude d’Avenir Suisse. "Mais cela ne veut pas dire que tous les paysans disparaîtront. Les consommateurs ont une forte demande pour les produits régionaux et il n’y a aucune raison pour que ceux-ci disparaissent", précise-t-elle.

>> Ecouter les explications de Noémie Roten dans La Matinale:

Noémie Roten, chercheuse chez Avenir Suisse.
Avenir Suisse
La Matinale - Publié le 07 septembre 2018

"Une pure provocation"

Jacques Bourgeois, conseiller national (PLR/FR) et directeur de l'Union suisse des paysans (USP), a réagi avec virulence à cette étude controversée au micro de La Matinale vendredi:

"C'est de la pure provocation, un véritable pamphlet. Les auteurs de l'étude veulent-ils encore une agriculture dans ce pays? Il faudrait leur poser la question", dénonce-t-il.

Dans les mesures proposées, Avenir Suisse propose de renoncer au subventionnement, c'est-à-dire à la promotion des produits pour pouvoir se positionner sur les marchés. "Sont-ils prêts aussi à supprimer toutes les subventions à l'exportation, celles à Suisse Tourisme? Je ne pense pas."

Il faut regarder la qualité des produits offerts sur les marchés par les paysans suisses, estime Jacques Bourgeois. Et ne pas oublier que les structures de l'agriculture suisse sont liées à la topographie et aux coûts du travail en Suisse. "Je ne pense pas que les collaborateurs d'Avenir Suisse travaillent au Smic (salaire minimum) français. C'est vraiment du n'importe quoi", s'emporte-t-il.

>> Ecouter la réaction de Jacques Bourgeois:

Le conseiller national PLR Jacques Bourgeois.
Thomas Hodel - Keystone
La Matinale - Publié le 07 septembre 2018

Pietro Bugnon/kkub

Publié le 07 septembre 2018 à 07:59 - Modifié le 07 septembre 2018 à 18:24