Publié le 21 août 2018 à 15:08

L'initiative pour la souveraineté alimentaire prône une agriculture locale

La campagne « pour la souveraineté alimentaire » a été lancée
La campagne "pour la souveraineté alimentaire" a été lancée en vue des votations 19h30 / 1 min. / le 13 août 2018
L'initiative populaire pour la souveraineté alimentaire exige une agriculture écologique et diversifiée tournée vers la production locale, ainsi que des conditions de travail équitables. Les Suisses se prononceront le 23 septembre.

Déposée en mars 2016 par l'organisation paysanne Uniterre, cette initiative propose un changement radical dans la politique agricole fédérale. Elle se base sur le concept de souveraineté alimentaire développé par le mouvement de petits paysans Via Campesina: le droit dont dispose chaque pays de déterminer lui-même sa politique agricole et alimentaire, sans porter préjudice à d'autres régions.

Le texte demande à la Confédération de favoriser une agriculture indigène rémunératrice et diversifiée, fournissant des denrées saines et répondant aux attentes sociales et écologiques de la population.

Concrètement, le projet exige notamment que l'Etat prenne des mesures pour favoriser l'augmentation du nombre d'actifs dans l'agriculture et la diversité des structures, ainsi qu'il encourage la détermination de prix équitables et veille à une harmonisation des conditions de travail des salariés. Le texte vise aussi à proscrire tout emploi d'OGM dans l'agriculture helvétique.

L'initiative demande par ailleurs que les normes suisses soient applicables aux produits importés, par exemple grâce à un prélèvement de droits de douane sur les denrées non conformes ou via une interdiction d'importation. Elle veut également en finir avec les subventions pour l'exportation "nuisibles à la paysannerie d'autres pays".

Vers une agriculture "rémunératrice et diversifiée"

Pour les initiants, soutenus par la gauche, ce texte renforcera la production indigène et favorisera un système agricole diversifié, composé de fermes de toutes tailles et de modes de production variés, tout en luttant contre l'exode rural et le chômage à la campagne.

Le texte permettra aussi de mettre fin au rapport de force inégal avec les distributeurs et mettra en place une plus juste rémunération de l'ensemble des acteurs, disent ses partisans. Avec au final un marché plus transparent, au service des paysans et des consommateurs.

Grâce à l'initiative, l'agriculture suisse ne sera plus sacrifiée sur l'autel du marché mondial, affirme enfin le camp du oui. "Il ne s'agit pas de renoncer à la mondialisation des échanges agricoles, mais de mieux gérer les échanges, les besoins des uns et des autres, les capacités agricoles et naturelles des territoires", expliquait la députée fribourgeoise Verte Sylvie Bonvin lors du lancement de la campagne.

Non à "un retour en arrière"

Le Conseil fédéral appelle à rejeter l'initiative, tout comme le PLR, l'UDC, le PDC, le PBD, ainsi que des associations économiques et de consommateurs. Tous dénoncent un retour en arrière avec "un interventionnisme digne de l'économie planifiée", ainsi qu'une mise sous tutelle du consommateur.

Le camp du non souligne également le risque de renchérissement des produits agricoles suisses et d'un tourisme d'achat plus attrayant, ainsi que les surcoûts pour les pouvoirs publics. "Des normes plus élevées vont de pair avec des contrôles plus nombreux", déclarait à la mi-août le conseiller national Christian Imark (UDC/SO).

Le texte d'Uniterre va par ailleurs à l'encontre du droit international du commerce, estiment ses opposants. Interdire l'accès à certains produits ne correspondant pas aux critères helvétiques serait incompatible avec les accords internationaux en vigueur.

Les Suisses trancheront le 23 septembre. Selon le premier sondage SSR publié le 17 août, 75% des électeurs approuvent l'initiative, alors que 22% se disent contre. Mais l'opinion publique n'était encore que peu formée à la fin de l'été.

>> Le point sur le sondage SSR en vue des votations:

Les intentions de vote vis-à-vis des deux projets sur l'alimentation sont nettement corrélées, selon gfs.bern.
Martial Trezzini - Keystone
La Matinale - Publié le 17 août 2018

Tamara Muncanovic

Publié le 21 août 2018 à 15:08