Modifié le 17 août 2018 à 08:33

La Suisse fait face à une pénurie de certains médicaments

L'EpiPen est indisponible jusqu'à fin septembre.
La Suisse fait face actuellement à une pénurie de certains médicaments La Matinale / 1 min. / le 14 août 2018
Treize médicaments et huit vaccins sont en rupture de stock depuis plusieurs mois en Suisse, selon le site de la Confédération. Et certains d'entre eux ne seront pas disponibles avant l'automne.

C'est le cas notamment de l'EpiPen, un traitement destiné aux personnes allergiques qui ne sera à nouveau disponible que le 30 septembre. Il s'agit d'une dose d'adrénaline utilisée pour soigner les réactions aux piqûres de guêpes ou à des aliments comme les cacahuètes, par exemple.

Ces 21 produits ne constituent que la pointe de l'iceberg, selon Pascal Bonnabry, pharmacien-chef aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG): "Seuls certains médicaments sont à déclaration obligatoire au niveau fédéral. Le nombre de médicaments qui nous manquent aux HUG s'élève à 89 actuellement", explique-t-il sur les ondes de la RTS mardi.

Aucune alternative en pleine saison à risque

Pour ce traitement, la situation est tendue: "L'EpiPen est peut-être le sujet le plus sensible actuellement, on n'a aucune alternative", confirme Fabien Terranova, pharmacien responsable à la pharmacie Benu Etoile à Lausanne. "C'est une rupture stock très globale, dans plusieurs pays, et à l'heure actuelle on est totalement dépourvus. Or on est dans la saison d'utilisation de l'EpiPen (…), donc on espère que les personnes allergiques ont un stock qui n'est pas périmé et qu'elles n'en auront pas besoin."

Cette pénurie de médicaments est une réalité en Suisse depuis quelques années. Quand l'un d'entre eux manque, il existe des solutions comme l'utilisation de génériques mais le système a ses limites.

Génériques pas toujours disponibles

"On joue souvent sur la corde raide", souligne Jacques Follonier, pharmacien à Genève. "C'est beaucoup plus grave lorsqu'un médicament qui n'a pas de générique vient à manquer, parce qu'il faut mettre en marche tout un système, entre le médecin, le pharmacien et le patient, pour trouver la médication adéquate."

Et s'il n'existe aucun générique pour de nombreux médicaments, rappelle le spécialiste, c'est parce que ceux-ci sont peu ou presque pas utilisés.

"Il ne faut pas être alarmiste"

De son côté, Pascal Bonnabry relativise: "Il ne faut pas être alarmiste. En tant que pharmaciens hospitaliers, on fait en sorte que les patients ne voient pas ces ruptures. On a donc beaucoup de personnes qui s’activent pour traiter ces personnes correctement même si le médicament que l’on aurait dû administrer n’est plus disponible."

>> L'interview de Pascal Bonnabry:

Pascal Bonnabry, pharmacien-chef aux Hôpitaux universitaires de Genève.
RTS
La Matinale - Publié le 14 août 2018

Natacha Van Cutsem/oang

Publié le 14 août 2018 à 08:07 - Modifié le 17 août 2018 à 08:33

"Cela fait des années que l'on tire la sonnette d'alarme"

Pascal Bonnabry, pharmacien-chef aux HUG, ne se dit pas surpris de cette pénurie. "Cela fait plusieurs années que l’on tire la sonnette d’alarme. L’ampleur de ce problème a augmenté de manière drastique depuis environ trois ou quatre ans."

Il souligne que le problème n'est pas uniquement suisse, mais mondial: "La grande majorité des principes actifs par exemple sont fabriqués en Chine et en Inde et, au niveau de la Suisse, on a assez peu d’emprise sur ce qui se passe dans ces usines-là", déplore-t-il.

Et de rappeler que les entreprises pharmaceutiques n'ont aucune obligation de garder un médicament sur le marché: "Une société peut tout à fait décider de retirer un produit, qu’il y ait une pénurie ou non. On a d’ailleurs occasionnellement, en Suisse, des médicaments qui sont retirés du marché simplement parce qu’ils ne sont plus rentables", regrette-t-il.