Grand Format

Sur nos monts quand les Chinois

Introduction

La Suisse et la Chine intensifient leur collaboration dans le domaine du tourisme. En 2017, les touristes chinois auront passé 1,4 million de nuitées en Suisse, et ce chiffre devrait atteindre les deux millions d'ici 2022, selon Suisse Tourisme.

Chapitre 01

La Suisse, destination privilégiée

Les visiteurs chinois ont fait bondir le nombre de nuitées hôtelières dans 12 des 13 régions touristiques de Suisse entre 2016 et 2017: plus 34% en Valais, plus 26% dans le canton de Fribourg, plus 20% autour du Léman...

La Suisse centrale et la région de Berne restent toutefois les régions touristiques qui attirent le plus la clientèle venue de Chine continentale, de Hong Kong et de Taïwan, avec entre 400'000 et 450'000 nuitées en 2017.

La région Jura-Trois Lacs est la seule où les nuitées ont chuté de presque 16%.

>> Evolution des nuitées de l'hôtellerie suisse pour les touristes de Chine continentale, de Hong Kong et de Taïwan:

Chapitre 02

Les visiteurs de Taïwan en tête

Les touristes venus de Taïwan sont ceux dont les visites en Suisse augmentent le plus rapidement ces dernières années.

La compagnie de Wu Chung Hu propose des tours en Suisse pour la clientèle taïwanaise depuis des décennies. Ses voyages se concentrent sur la Suisse et ne passent pas par plusieurs pays européens, comme certains de ses concurrents. L'excursion à laquelle notre journaliste a participé comptait une trentaine de personnes parties de Taipei pour visiter Grindelwald, le Jungfraujoch, Mürren, le Schilthorn et Interlaken en douze jours.

>> Le reportage d'Alain Arnaud avec un groupe de Taïwanais en excursion dans l'Oberland bernois:

Un groupe de touristes taïwanais à Lucerne.
Alain Arnaud - RTS
La Matinale - Publié le 06 août 2018
 

Chapitre 03

Voyageurs individuels ou tourisme de masse?

Un groupe qui passe douze jours en Suisse, c'est une bonne affaire pour le tourisme. Mais l'espoir, c'est surtout qu'ils reviennent par la suite en individuels.

"La Suisse est une destination qui n'a pas vraiment l'infrastructure pour un tourisme de masse qui vient d'Asie. Cela a marché jusqu'à maintenant, mais on voit ce qui se passe à Barcelone, Venise, Londres (...) c'est trop pour la Suisse", estime Simon Bossart, responsable Asie-Pacifique chez Suisse Tourisme.

Simon Bossart, responsable Asie-Pacifique chez Suisse Tourisme.

Un touriste individuel dépense 30 à 50% de plus qu'un touriste de groupe.

Simon Bossart, responsable Asie-Pacifique chez Suisse Tourisme

Pour lui, il n'y a pas trop de touristes chinois en Suisse, mais "à Lucerne, la Jungfrau, Genève ou Zurich, on arrive aux limites. Dans ces endroits, la concentration commence à être trop grande". D'où l'intérêt d'accueillir de plus petits groupes et des touristes individuels qui, par ailleurs, "restent plus longtemps: 50% restent huit jours ou plus alors que les groupes restent entre un et trois jours", précise Simon Bossart.

Il ajoute qu'"un touriste individuel dépense à peu près 30 à 50% de plus qu'un touriste de groupe".

Chapitre 04

A la découverte de l'oenologie suisse

Les Chinois commencent timidement à s'intéresser au vin suisse. C'est le cas dans le Lavaux, région toute indiquée pour accueillir cette clientèle, depuis son inscription au patrimoine mondiale de l'UNESCO en 2007.

Le domaine Bovy, à Chexbres, s'est spécialisé dans l'oenotourisme. Notre journaliste y a rencontré un groupe de Hongkongais venu y faire une dégustation. Ils avaient auparavant dormi à Montreux et visité le Musée Chaplin, au-dessus de Vevey.

"On a commencé à organiser des visites chez les vignerons il y a deux ou trois ans, parce que la Suisse - en particulier la région de Montreux - est connue pour ses vins. A Hong Kong, les supermarchés et les marchands de vin vendent des vins français, italiens... on trouve difficilement du vin suisse", explique le guide, Tony. Il précise qu'à Hong Kong, "on ne peut pas faire pousser de vigne".

>> Le reportage de Céline Fontannaz au domaine Bovy, à Chexbres:

Un groupe venu de Hong Kong déguste du vin au domaine Bovy, à Chexbres, spécialisé dans l'oenotourisme.
Céline Fontannaz - RTS
La Matinale - Publié le 07 août 2018

Il y a dix ans, la clientèle asiatique des Bovy était essentiellement japonaise et sud-coréenne. Aujourd'hui, Alexandra et Eric Bovy accueillent en moyenne cinq à six groupes par semaine en provenance de Hong-Kong, de Taïwan et de Chine continentale.

Chapitre 05

Objectif: les pistes de ski

La saison d'hiver représente actuellement un tiers du total des nuitées générées par les touristes chinois en Suisse.

Un protocole d'accord a d'ailleurs été signé en décembre entre les offices du tourisme des deux pays, avec notamment le tourisme hivernal en ligne de mire.

Suisse Tourisme précise que la majorité des touristes chinois qui viennent en hiver ne le font pas pour le ski, ou pas uniquement. Ils souhaitent surtout expérimenter la neige et découvrir les paysages suisses en hiver. Mais la pratique des sports d'hiver se développe beaucoup en Chine et l'objectif serait que les Chinois dévalent également les pistes helvétiques.

>> Lire: La branche du tourisme suisse veut faire skier sa clientèle chinoise

>> Les nuitées de l'hôtellerie pour les touristes chinois (y compris Hong Kong) par région, données et prévisions:

Chapitre 06

La Suisse, destination musicale

Le tourisme musical pourrait-il être un atout de la Suisse? Un camp d'été pour jeunes musiciens chinois a par exemple connu sa première édition cette année dans un hôtel de luxe à Brunnen, dans le canton de Schwyz, au bord du Lac des Quatre Cantons. Il est organisé par le quatuor Stradivari, qui compte parmi ses membres un violoniste chinois formé en Europe, qui souhaitait transmettre à des virtuoses en herbe ce que la Suisse lui a apporté.

Les cours sont donnés par des professeurs suisses ou chinois, en anglais ou en mandarin. Une quarantaine de jeunes musiciens y participent et certains sont venus avec leur famille, ce qui porte à environ 90 les visiteurs accueillis dans l'hôtel.

Le potentiel touristique d'un tel événement est important. Suisse Tourisme dit s'intéresser à cette initiative, ainsi qu'aux nombreux festivals classiques organisés l'été dans les villes suisses. Il s'agit d'un marché de niche, mais qui est loin d'être négligeable: à l'échelle de la Chine, les jeunes qui pratiquent la musique classique représentent une centaine de millions de futurs musiciens visiteurs.

>> Le reportage de Séverine Ambrus à Brunnen (SZ):

Un camp d'été pour de jeunes musiciens chinois au bord du lac des Quatre Cantons.
Séverine Ambrus - RTS
La Matinale - Publié le 08 août 2018

Chapitre 07

Le potentiel des influenceurs

L'image de la Suisse véhiculée par les journalistes et les blogueurs chinois est une carte de visite intéressante pour la branche du tourisme.

Notre journaliste a participé à une excursion en bateau organisée au départ de Locarno, au Tessin, jusqu'au parc parc botanique des îles de Brissago, sur le Lac Majeur. Chen Whang, le rédacteur en chef de Bowu Magazine, la version chinoise du prestigieux National Geographic, et trois autres journalistes scientifiques actifs sur les réseaux sociaux, étaient à bord. Chenliang Zhang, un blogueur très influent en Chine, était aussi du voyage. Ses contenus consacrés aux plantes et aux insectes sont suivis par près de neuf millions d’internautes chinois.

>> Le reportage de Nicole Della Pietra au Tessin:

Des journalistes scientifiques et un bloggeur chinois découvrent la flore du Tessin.
Nicole della Pietra - RTS
La Matinale - Publié le 09 août 2018

Simon Bossart, responsable Asie-Pacifique chez Suisse Tourisme.

On a commencé à promouvoir une Suisse 'de niche': amour de la nature, ski, arts, architecture...

Simon Bossart, responsable Asie-Pacifique chez Suisse Tourisme

Le potentiel de ces influenceurs n’a pas échappé à SuisseTourisme. "On a commencé à promouvoir une Suisse davantage dans les segments, dans les niches... où l'on parle de l'amour de la nature, de quelqu'un qui vient en Suisse pour profiter du ski, ou qui aime les arts et l’architecture. Il faut quitter les réseaux trop touristiques et entrer dans ceux qui sont plus spécialisés", explique Simon Bossart, responsable du marché Asie-Pacifique.

"Si l'on travaille avec Bowu, qui est un magazine de zoologie assez connu, qui a des canaux où il écrit ses commentaires suivis par des millions de Chinois qui s’intéressent aux insectes du monde... Si l'on invite quelqu'un comme lui à venir en Suisse, (...) cela nous ouvre un marché. Ce n'est pas un marché de masse, mais un groupe qui va s’intéresser en profondeur à la Suisse, ou à un aspect spécial", analyse-t-il.

Chapitre 08

L'Arc jurassien, le grand oublié?

L'Arc jurassien est la seule région du pays qui reste largement méconnue des visiteurs de l'Empire du Milieu. Ils sont pourtant friands de belles montres suisses, mais le tourisme horloger n'y a pas pris.

Le Musée international d'horlogerie (MIH) de La Chaux-de-Fonds propose des visites guidées en mandarin. Mais on retrouve plutôt les touristes chinois dans les boutiques de Lucerne ou d'Interlaken.

Guillaume Leroyer, à la tête de l’agence neuchâteloise Suissia.

Les visiteurs chinois, de plus en plus individualistes, ont envie de voir d'autres choses.

Guillaume Leroyer, patron de l'agence Suissia

"Les visiteurs chinois sont très captifs des guides qui les entourent", explique Guillaume Leroyer, à la tête de l'agence neuchâteloise Suissia qui accueille les touristes chinois en Suisse et en Europe. "Or, pour beaucoup de guides, l'objectif est de réaliser des commissions, via des accords avec les vendeurs de montres notamment. Cela garde les touristes en vase clos toujours aux mêmes endroits."

Voyageurs "individualistes"

Les visiteurs chinois sont toutefois de plus en plus individualistes, note Guillaume Leroyer, avec une envie de découvrir d'autres choses.

"Nous portons presque tous des montres, mais nous ne savons pas comment elles sont fabriquées, comment les ouvriers parviennent à les faire aussi raffinées, merveilleuses", confirme Wei Xiaolan, qui visité le MIH avec son groupe.

>> Le reportage d'Alain Arnaud dans l'Arc jurassien:

Des Chinois visitent le Musée international d'horlogerie de La Chaux-de-Fond.
Alain Arnaud - RTS
La Matinale - Publié le 10 août 2018

Si les manufactures horlogères ont longtemps rechigné à ouvrir leurs ateliers au grand public et ne permettent pas la vente directe, cette situation pourrait bien changer. Omega World à Bienne, ou Zenith qui ouvre sa manufacture au Locle, sont autant d'"expériences pour s'ouvrir au tourisme", salue Simon Bossard, responsable Asie-Pacifique chez Suisse Tourisme.

Chapitre 09

La Chine... mais aussi l'Inde et le Japon

La Suisse connaît un attrait grandissant auprès des touristes asiatiques, mais pas seulement auprès des Chinois.

Les nuitées des touristes indiens ont aussi augmenté de 10%, et elles ont particulièrement progressé dans le canton de Vaud (+4%).

C'est en partie grâce à la star de Bollywood, Ranveer Singh, ultra populaire sur les réseaux sociaux. L'acteur indien a tourné deux vidéos, l'une en Suisse alémanique il y a deux ans, et l'autre dans le canton de Vaud peu avant l'été.

>> Lire: Le clip d'une star de Bollywood dope le tourisme indien en terres vaudoises

Les Japonais, férus du rail

Quant au partenariat entre les chemins de fers Montreux-Oberland bernois (MOB) et la compagnie ferroviaire d'Osaka, il a fait augmenter le nombre touristes japonais de 20% sur cette ligne mythique au cours des six derniers mois.

>> Le reportage du 19h30 à Montreux:

Le MOB et la compagnie ferroviaire d'Osaka fêtent un an de partenariat. Les touristes japonais sont de retour en Suisse.
19h30 - Publié le 08 août 2018

De nouveaux modes de voyages qui expliquent en partie l'embellie du tourisme japonais en Suisse, qui était plutôt à la chute libre. Mais en 2017, les nuitées de cette clientèle ont augmenté de 13% au niveau suisse et de 20% dans le canton de Vaud par rapport à 2016.

Crédits

  • Crédits

    Reportages radio et TV: Alain Arnaud, Céline Fontannaz, Séverine Ambrus, Nicole Della Pietra et Jérôme Galichet.

  • Réalisation web: Jessica Vial et Katharina Kubicek