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Soutien des syndicats européens aux mesures d'accompagnement suisses

Manifestation en faveur d'une Europe sociale, organisée par la CES à Bruxelles en novembre 2017. [Olivier Gouallec - CrowdSpark/AFP]
Soutien des syndicats européens aux mesures d'accompagnement suisses / Forum / 3 min. / le 19 juillet 2018
Dans une lettre ouverte, la Confédération européenne des syndicats soutient le modèle helvétique des mesures d’accompagnement à la libre circulation avec l'UE. C'est un coup de pouce aux camarades suisses.

La faîtière syndicale (lire encadré) a adressé cette missive début juillet à deux membres de la Commission européenne. Elle y défend avec vigueur le modèle helvétique qui protège les travailleurs des effets de la libre circulation. Les syndicalistes européens appuient ainsi leurs camarades helvétiques, avec un argument: le même lieu de travail signifie le même salaire, pour les résidents suisses comme pour les travailleurs européens détachés.

"Une protection spéciale est nécessaire"

Pour atteindre cet objectif, les mesures d’accompagnement propres à la Suisse sont utiles, écrit en substance le secrétaire général de l’organisation dans cette lettre ouverte. Luca Visentini explique qu’en raison "de la situation géographique et du niveau de salaire de la Suisse (les plus élevés d'Europe), une protection spéciale est nécessaire". Il cite la fameuse règle des huit jours, qui permet d’anticiper la venue des firmes étrangères et de leurs ouvriers pour mieux les contrôler ensuite.

La Commission européenne, elle, juge cette règle disproportionnée et discriminatoire. Elle préférerait que la Suisse adopte les règles anti-dumping des 28, une revendication que critique la faîtière européenne des syndicats dans son courrier.

Prise de position à point nommé

L'intervention de la Confédération européenne des syndicats n'est pas un hasard, elle tombe alors que le débat fait rage en Suisse: le Conseil fédéral a chargé Johann Schneider-Ammann de mener des réflexions avec les cantons et les partenaires sociaux pour voir dans quelle mesure Berne peut rendre ses mesures d'accompagnement plus euro-compatibles. Il veut obtenir une marge de manœuvre afin de faire aboutir le dossier européen.

>> Lire: Le Conseil fédéral veut consulter cantons et partenaires sociaux sur l'UE

Les syndicats suisses ne sont plus prêts à discuter

Mais les syndicats, frustrés de ne pas avoir été consultés d'emblée, sont montés aux barricades après les déclarations d'Ignazio Cassis. Pour eux, il est hors de question de réviser ces instruments qui protègent les travailleurs. L'intervention de leurs camarades européens renforce leur position dans les discussions.

>> Lire: Les syndicats fâchés par les propos d'Ignazio Cassis sur l'accord-cadre avec l'UE

Il y a encore dix jours, ces syndicats - hors micro - semblaient prêts à faire quelques concessions sur le plan technique - en raccourcissant par exemple la règle des huit jours pour autant que le niveau de protection des travailleurs reste inchangé.

Aujourd'hui, même si le soutien européen ne change pas fondamentalement la donne, les syndicats suisses semblent encore plus déterminés à ne rien lâcher. Le ton est beaucoup moins conciliant et ils se montreront extrêmement fermes face à Johann Schneider-Ammann.

Contactée par la RTS, la présidente du syndicat Unia Vania Alleva réfute même le terme de "négociations": "Nous nous contenterons de présenter notre position", assène-t-elle.

Pietro Bugnon/oang

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La "voix" des travailleurs européens

La Confédération européenne des syndicats (CES) regroupe 89 organisations syndicales nationales réparties dans 39 pays européens, ainsi que dix fédérations syndicales européennes. L’Union syndicale suisse (USS) et Travail.Suisse en sont membres.

Elle affirme représenter ainsi 45 millions de syndiqués dans toute l'Europe.

Sa mission est de "parler d’une seule voix au nom des travailleurs européens" pour peser davantage dans le processus décisionnel de l’Union européenne.

La CES a son propre agenda européen

La faîtière syndicale européenne a aussi son propre agenda: améliorer la protection des travailleurs dans l'Union européenne.

La directive de Bruxelles sur les travailleurs détachés vient d'être révisée, non sans difficultés, et sa mise en oeuvre dans les Etats membres prendra du temps.

Les syndicats européens érigent aujourd'hui en modèle les mesures d'accompagnement helvétiques. Ils veulent montrer que les instruments européens, bien que durcis, sont encore insuffisants.

En matière de lutte contre le dumping, ils préféreraient que l'Union européenne s'aligne sur la Suisse plutôt que l'inverse.