Modifié le 20 mai 2018 à 17:45

Nécessaire ou extrémiste, l'activisme antispéciste crée la controverse

Alors que la mouvance antispéciste prend de l'ampleur en Suisse romande, les récentes actions de vandalisme visant des boucheries genevoises relancent un débat émotionnel sur ce mouvement qui vise à abolir l'exploitation animale.

Vendredi passé, la boucherie du Molard, à Genève, retrouvait une nouvelle fois sa vitrine caillassée. Une dizaine d'autres commerces de viande ont connu le même sort depuis février.

>> Voir la réaction des bouchers visés par ces actions dans le 19h30 de vendredi passé:

Actions des anti-sp?cistes: six boucheries caillass?es en six semaines ? Gen?ve. Choc et incompr?hension des bouchers.
19h30 - Publié le 11 mai 2018

On n'aide pas des animaux en cassant des vitrines

Elias Welti, directeur suppléant de l’Union Professionnelle Suisse de la Viande (UPSV)
 

"On n'aide pas des animaux en cassant des vitrines", s'indigne Elias Welti, directeur suppléant de l’Union Professionnelle Suisse de la Viande (UPSV). Si son association dialogue déjà avec les protecteurs des animaux "raisonnables", il ne veut pas discuter avec des "casseurs".

"C'est un mode d'action parmi d'autres, considère Pia Shazar, porte-parole et présidente de l'association Pour l'Egalité Animale (PEA), pour qui ces actions marginales sont surmédiatisées. Elle souligne par ailleurs la violence de certains éleveurs qui lui envoient des menaces de mort et des incitations au suicide.

>> Ecouter la réaction de Pia Shazar, présidente de l'association PEA, dans le 12h30 du 5 mai:

Un étal de boucherie (photo prétexte).
Christophe Fouquin - Fotolia
Le 12h30 - Publié le 05 mai 2018

Préoccupons-nous des animaux plutôt que d’une vitrine

Joseph Jaccaz, activiste antispéciste
 

Les activistes antispécistes contactés trouvent hypocrite de s'indigner pour une vitrine cassée, alors que la vraie violence se trouve du côté de l'industrie de la viande.

"Les assurances vont fonctionner, les vitrines sont déjà remplacées, mais la réalité est bien différente pour les 71 millions d’animaux égorgés chaque année en Suisse", souligne Joseph Jaccaz, coordinateur des opérations de PEA à Genève.

Pour lui, l'argument demandant de laisser les artisans tranquilles ne tient pas la route. "Ce n'est pas possible d’égorger un animal avec respect, que ce soit dans une grande industrie ou dans un abattoir à Rolle."

>> Lire aussi: Manifestation antispéciste contre le nouvel abattoir d'Aubonne (VD)

Ceux qui le veulent ont le droit de profiter de la viande

Regula Kennel, porte-parole Proviande

L'association suisse Proviande dit être consciente de sa responsabilité vis-à-vis des animaux de rente et comprendre les préoccupations pour la cause animale, mais n'est pas pour autant prête à remettre en cause l'essence-même de son activité.

"Toute personne a le droit de refuser de manger de la viande si elle l’estime moralement injustifiable, mais on défend le droit à ceux qui le veulent de profiter de la viande", affirme la porte-parole Regula Kennel.

Des actions qui servent la cause

Si les activistes antispécistes contactés disent ne pas participer à des actions de vandalisme, ils ne les condamnent pas pour autant.

"Malgré les tracts dans les rues et les conférences, le nombre d'animaux tués en Suisse a presque doublé en dix ans", analyse Joseph Jaccaz. Il aura fallu, selon lui, que des militants passent à des actions de désobéissance civile pour que le mouvement gagne en légitimité.

"Comme dans tout mouvement, il existe inévitablement des actions plus violentes que d'autres", souligne Pia Shazar, dont l'association organise conférences, manifestations et campagnes internationales pour sensibiliser la population. Une stratégie qui paie, selon elle, puisqu'en cinq ans d'existence, PEA compte quelque 850 membres en Suisse romande.

L'activisme antispéciste s'est assagi

La sociologue française Marianne Celka, spécialiste des mouvements animalistes, rappelle que l’antispécisme, loin d'être récent, était très virulent dans les années 60 à 80. "La mouvance antispéciste ne se radicalise pas, elle l’est à la base, puisqu’elle veut renégocier les racines de la société."

Le mouvement semble même s’être assagi, selon elle, grâce à la popularisation du véganisme. "Les gens adhèrent plus facilement à ce mode de vie, qui s'acoquine avec le capitalisme, qu’à du militantisme antispéciste."

La mouvance antispéciste ne se radicalise pas, elle est radicale de base"

Marianne Celka, sociologue spécialiste des mouvences animalistes

Mais les actions chocs sont toujours un moyen privilégié de dénonciation, notamment avec l'avènement des réseaux sociaux, qui promeuvent des discours plus émotionnels que rationnels.

Le "spectacle de la radicalité" plaît, que ce soit en positif ou en négatif, explique la sociologue. "Si elles refroidissent les personnes pondérées, elles séduisent une frange de la population plus animée."

>> Ecouter l'entretien de Marianne Celka dans la Matinale du 23 mars:

La sociologue Marianne Celka est l'auteure de "Vegan Order" (éd. Arkhê).
Editions Arkhê
La Matinale - Publié le 29 mars 2018

Mouna Hussain

Publié le 19 mai 2018 à 08:32 - Modifié le 20 mai 2018 à 17:45