Modifié le 03 septembre 2018 à 14:39

Ces enfants de donneurs de sperme à la recherche de leurs racines

Mon père est un donneur
Mon père est un donneur Mise au Point / 15 min. / le 22 avril 2018
Plusieurs milliers de Suisses sont nés grâce aux banques de sperme mais beaucoup l'ignorent ou ne l'apprennent que tardivement. Mise au Point a rencontré certains de ces adultes en quête de leur géniteur ou de demi-frères et demi-soeurs.

Des banques de sperme pour pallier la stérilité masculine: l'idée remonte aux années 70. En Suisse, la Frauenklinik de Berne est l'un des premiers établissements à offrir la possibilité de recourir à cette méthode. A l'époque, la consigne des médecins est claire. Il est indispensable de ne pas divulguer le nom des donneurs. Les enfants, eux, ne doivent pas savoir que leur père n'est pas leur géniteur.

Depuis 2001 cependant, la loi suisse - progressiste - interdit l'anonymat des donneurs. L'Office fédéral de la justice tient un registre avec notamment le nom, l'image ou les antécédents médicaux de ces derniers. Des informations susceptibles d'être transmises à ceux qui le réclameraient à leur majorité.

Depuis lors, les donneurs se font plus rares. "Ils redoutent qu'un enfant, ou respectivement un adulte, vienne sonner à la porte dix-huit ans après pour déranger. Mais ce n'est pas cela que cherchent les enfants de donneurs. Ils veulent simplement avoir cette pièce de mosaïque qui leur manque dans leur identité", analyse Dorothea Wunder, professeure au Centre de procréation médicalement assistée à Lausanne.

"Un morceau du puzzle"

Stéphanie, elle, n'a appris qu'à l'âge de 35 ans qu'elle était l'un de ces bébés nés à la Frauenklinik de Berne. Rapidement, elle rencontre le Docteur Gigon, un des plus éminents spécialistes de l'époque, qui a pratiqué l'insémination. Celui-ci coupe court à ses espoirs: il lui explique que l'hôpital ne conservait aucun nom et brouillait volontairement les pistes en mélangeant les spermes.   

Face à cette impasse, le jeune femme tente sa chance sur un site américain qui recense des profils ADN. C'est par ce biais qu'elle découvre l'existence d'au moins un demi-frère, établi à Berne. "Je n'avais jamais pensé que j'allais un jour partir à la découverte d'un frère. C'est complètement hallucinant. Non seulement c'est mon frère mais c'est aussi un morceau du puzzle que je peux reconstituer avec ce fameux donneur inconnu", explique-t-elle peu avant leur première rencontre, filmée par Mise au Point.

Peut-être qu'un début

"En découvrant ce qu'il est, je me découvre moi-même, poursuit Stéphanie. Au niveau physique, je vois tout ce qu'il me manquait durant des années. Toutes ces ressemblances que je n'avais avec personne, je les retrouve en le regardant. Ca fait du bien."

Mathias, le demi-frère de Stéphanie, n'avait jamais imaginé que son père n'était pas vraiment son père. Il y a quelques mois, comme de nombreux Suisses, il a réalisé un test ADN pour connaître ses origines ethniques et géographiques. Le site internet lui a alors appris l'existence de Stéphanie et de deux autres demi-frères. Et ce n'est peut-être qu'un début.

>> D'autres témoignages dans le reportage de Mise au Point ci-dessus

Sébastien Faure

Publié le 22 avril 2018 à 22:11 - Modifié le 03 septembre 2018 à 14:39