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Les psychologues fâchés du gel d'un projet qui développe leur autonomie

Les prestations des psychologues ne seront pas reconnues par l'assurance de base.
Les psychologues ne veulent plus dépendre des psychiatres pour être remboursés par la LAMal La Matinale / 3 min. / le 22 mars 2018
Les psychologues expriment leur mécontentement face au gel d'un projet qui devait leur permettre de facturer leurs prestations à l'assurance de base, sur prescription d'un médecin.

Un projet était en cours, mais il a été interrompu par le Département fédéral de l'Intérieur (DFI), en raison du contexte politique et de la crainte de voir les coûts de la santé exploser davantage encore.

Les psychologues ne sont actuellement reconnus que partiellement par l'assurance de base, sur le modèle de la "délégation". La responsabilité incombe en effet à un médecin ou un psychiatre qui, de fait, est leur patron.

La prescription versus la délégation

Les psychologues veulent passer au modèle de la prescription. Dans ce modèle, le médecin rédige une ordonnance et prescrit des séances de psychothérapie au patient, comme c’est le cas pour les physiothérapeutes, par exemple.

Son ordonnance en poche, le patient se rend directement dans le cabinet d'un psychologue, une manière de simplifier la démarche et de gagner du temps, alors que les listes d'attente sont souvent très longues pour les psychothérapies.

"Sur le terrain, nous recevons énormément d'appels de personnes que nous ne pouvons pas recevoir car nous avons déjà d'énormes listes d'attente", atteste Stephan Wenger, co-président de la Fédération suisse des psychologues.

Accélérer la prise en charge

"Une étude a montré qu'il faut passer en moyenne sept coups de fil pour trouver un rendez-vous", poursuit-il. "Il faut attendre des semaines ou des mois, suivant les régions, ce qui décourage plus d'une personne qui se sent fragile. Par conséquent, certains généralistes doivent fournir des prestations qui devraient être de la psychothérapie, en essayant de soutenir leurs patients comme ils le peuvent, parce que ces derniers n'ont pas trouvé de place chez un psychologue. Cela ouvre un système où les réponses que les gens trouvent ne sont pas les meilleures."

Le modèle de la prescription contribuerait à lutter contre la pénurie de psychologues, en permettant à ces derniers d'ouvrir leur propre cabinet. Et cela déchargerait aussi les psychiatres qui doivent aujourd'hui faire ce travail de chef d'entreprise, qui n'est pas vraiment le leur.

Lutter contre la pénurie

"On nous prédit 1000 psychiatres en moins à l'horizon 2020-2023, ce qui signifie que les psychologues ne peuvent pas proposer leurs prestations, ne trouvant pas de psychiatres pour les superviser", explique Stephan Wenger. Avec le modèle de la prescription, ça enlèverait ce goulet d'étranglement induit par le fait que les psychiatres, actuellement, doivent déléguer."

Le changement de modèle, initialement prévu par le Département de la Santé d'Alain Berset, a été interrompu, mais pas abandonné définitivement. Une délégation du DFI l’a annoncé lors d'une séance informelle mercredi dernier avec la Fédération des psychologues. Le Département craint une nouvelle hausse des coûts de la santé, un argument que les psychologues contestent (lire encadré).

Si le Département de la Santé semblait acquis à cette révision, le contexte politique ne lui est pas favorable: difficile de trouver des majorités, notamment au Conseil fédéral. Après le gel du projet, les psychologues disent envisager de lancer une initiative populaire, voire de se mettre en grève.

Alexandra Richard/kkub

Publié le 22 mars 2018 - Modifié samedi à 16:04

L'augmentation des coûts, un argument contesté

L'argument des coûts, invoqués pour geler le projet, suscite l'incompréhension des psychologues, d’autant plus qu’ils sont déjà pris en charge par l’assurance de base.

"Il s'agit de patients qui, au final, vont atterrir chez les psychothérapeutes, mais avec des crises beaucoup plus importantes", explique Tamara Ventura Vercher, psychologue à La Chaux-de-Fonds. "Avec les risques de nécessité d'une hospitalisation ou de médication, avec une augmentation des manifestations psychosomatiques, des recours aux substances (alcool, drogues). Il faut vraiment souligner l'aspect préventif de la psychothérapie qui permet, au contraire, de diminuer les coûts à long terme."