Modifié le 16 janvier 2018 à 19:03

Un arrêt du Tribunal fédéral pourrait signer la mort des camps de ski

Des enfants apprennent à skier lors d'un camp.
Les camps de ski sont menacés par un arrêt du Tribunal fédéral La Matinale / 3 min. / le 16 janvier 2018
Les camps de ski doivent être gratuits pour les parents d’élèves, et donc pris en charge par les pouvoirs publics, dit un arrêt rendu par le Tribunal fédéral en décembre. Il pourrait signer la mort de ces voyages scolaires.

La plupart des lois ou règlements scolaires du pays disent que les écoles font participer les parents aux frais d'excursions ou de camps. En Thurgovie, canton concerné par l'arrêt, c'est 300 francs au maximum pour un camp de ski.

Or, le Tribunal fédéral y voit une violation de la Constitution fédérale, qui dit que l’enseignement est gratuit. On peut tout au plus demander aux parents 80 francs par semaine pour l'alimentation de leur enfant.

Pour Christina Aenishänslin, directrice de Groups.Swiss, la faîtière de l'hébergement collectif en Suisse, cet arrêt rendu en décembre dernier est un danger pour les camps scolaires. 

"C'est pas seulement notre avis, c'est ce qu'on entend tous les jours quand on parle avec les enseignants, qui ne savent pas si les contributions des parents peuvent toujours être demandées", explique-t-elle. "On a peur que ça arrive dans les semaines, les mois à venir", ajoute-t-elle, évoquant "l'incertitude" actuelle.

Onéreux pour certaines familles

Mais certains saluent le débat à venir. "L'école publique est censée être gratuite, mais on sait bien que toutes ces activités ne peuvent pas avoir lieu sans la participation financière des parents. Mais ça pose problème, car il y a beaucoup de familles, avec plusieurs enfants, qui n'arrivent pas à sortir plusieurs centaines de francs pour différentes activités", constate Fabrice Sourget, président de la Conférence latine des chefs d'établissement de la scolarité obligatoire et président du Cercle scolaire de Val-de-Ruz.

"C'est bien qu'on pose la question: est-ce que l'école obligatoire est vraiment gratuite?", ajoute-t-il.

Elle doit l'être selon le Tribunal fédéral. Mais pour Christina Aenishänslin, d'autres vont en pâtir. "Les villages, les destinations en montagne, qui dépendent beaucoup des hébergements de groupes... Les remontées mécaniques aussi, qui sont déjà en difficulté à cause du manque de neige des années passées".

"Le ski redevient un sport de niche" 

En effet, l'enneigement pose souvent problème, comme le désintérêt croissant des écoliers pour le ski. De quoi mener une réflexion fondamentale sur l'existence même des camps de sports d'hiver?

"Le ski redevient un sport de niche, de plus en plus cher. On observe dans les camps qu'il y a de moins en moins d'élèves qui savent skier (...) Beaucoup de gens qui doivent louer du matériel, un équipement simplement pour cinq jours. On est obligés de se poser la question de la pérennité de ces camps", estime Fabrice Sourget.

Les cantons et les communes vont donc aussi devoir se poser la question de la révision de leurs règlements scolaires.

Pour Pierre Pfefferlé, directeur du Service des Sports de l’UNIL et de l’EPFL, interrogé dans l'émission Forum, "ces camps font partie de la culture de notre pays. Ils offrent également un aspect social, la possibilité de vivre ensemble dans un autre cadre".

>> Son interview dans l'émission Forum:

Pierre Pfefferlé, directeur du Service des sports, EPFL, expert moniteurs de ski
DR
Forum - Publié le 16 janvier 2018
 

Alain Arnaud/jvia

Publié le 16 janvier 2018 à 08:49 - Modifié le 16 janvier 2018 à 19:03