Le miracle autrichien inspire les stations de ski suisses

Le début de la saison d'hiver en Suisse a profité d'abondantes chutes de neige, mais les stations luttent contre des tendances lourdes. Comment se réorganiser face à une météo capricieuse et à la baisse de la fréquentation? Plongée du 19h30 au coeur du tourisme hivernal.

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Les clés du succès des stations autrichiennes

Une station de ski qui a vu ses nuitées quadrupler en un peu plus de 25 ans. L'exemple n'est pas suisse, mais autrichien. Parmi les raisons qui expliquent la réussite de Serfaus-Fiss-Ladis: son positionnement familial. La station compte 30 tapis roulants pour les enfants et 10 hectares leur sont spécialement destinés.

Tous les acteurs jouent le jeu. A l'image de l'hôtel 4 étoiles qui propose des friandises gratuites et des terrains de jeu surveillés.

Pour sa croissance fulgurante, cette destination autrichienne a pris exemple sur Grächen en Valais, la station familiale par excellence dans les années 1990. Mais pendant que l'Autrichienne a quadruplé ses nuitées, la Valaisanne en a perdu la moitié.

"Chaque centime que nous gagnons est réinvesti dans la montagne"

Serfaus-Fiss-Ladis a su investir massivement dans ses remontées et dans l'enneigement mécanique. Le tout géré localement. "L'important, c'est que nous n'avons pas d'investisseur extérieur", explique dans le 19h30 Stefan Mangott, directeur d'exploitation des remontées mécaniques. "Nous ne devons pas verser de dividendes. Cela signifie que chaque centime que nous gagnons est réinvesti dans la montagne."

Autre clé du succès: des banques qui croient au tourisme et des acteurs économiques qui tirent tous à la même corde. Il est par exemple plus simple de réaliser un projet au niveau de la protection de l'environnement: au Tyrol, les associations qui contestent les extensions des domaines ont rarement le droit d'agir.

Cette recette a inspiré en Suisse la station d'Andermatt (UR). Le domaine a adopté un positionnement clair: famille d'un côté, freeride sur l'autre versant. Grâce à un investissement massif - 130 millions de francs - par un milliardaire égyptien afin de revoir entièrement le domaine skiable.

Tourisme hivernal: le miracle autrichien
19h30 - Publié le 19 janvier 2018
 

L'hiver 2017-2018, une année d'exception?

Vers une saison record dans l'Arc jurassien

Dans l'Arc jurassien, les stations de moyenne altitude font face chaque année à des conditions d'enneigement très variables. Cette année fait figure d'exception. Aux Bugnenets-Savagnières, on skie quasiment sans interruption depuis le 2 décembre, du jamais vu depuis 15 ans.

La saison passée, la station n'a ouvert que 43 jours, et pas toujours à plein régime. Cela permet juste à la société de survivre, mais limite ses investissements. Un projet de nouvelle installation reste en attente depuis trois ans.

"On va pouvoir continuer"

"Nous devons adopter une politique très prudente pour avoir des réserves pour pouvoir passer ces trous", indique Michel Voutat, président du conseil d'administration des Bugnenets-Savagnières.

"C'est clair que deux, trois, quatre hivers sans neige et il faudra boucler la station, mais on est loin de croire que ça sera pour cette décennie ou ces prochains 20 ans. On va pouvoir continuer", assure-t-il.

Succès du ski de fond

Les conditions d'enneigement variables nuisent moins à d'autres activités hivernales de la région, comme le ski de fond. Sur les hauts de La Chaux-de-Fonds, chaque flocon compte. Quinze centimètres de neige suffisent pour ouvrir les pistes. Et le nombre de fondeurs augmente chaque année.

Ce succès permet aux responsable de voir l'avenir sereinement. "C'est encourageant et ça nous permet de changer de matériel un peu plus souvent, et de pas avoir de soucis au niveau financier. C'est pratiquement auto-financé par les skieurs", explique Philippe Pelot, responsable du Centre nordique Pouillerel.

Saison de ski: les petites et moyennes stations ont le sourire
19h30 - Publié le 18 janvier 2018

Et si on arrêtait le ski?

Le ski menacé à moyenne altitude

A Charmey, la fin du ski semble inéluctable. Avec le manque d'enneigement, les déficits s'accumulent. La commune, principal propriétaire des remontées mécaniques, diversifie alors son offre. Le syndic songe à fermer à moyen terme ses téléskis et télésièges, tout en gardant l'accès à la montagne avec le télécabine afin de garder son attrait touristique.

En France, la station de Drouzin-le-Mont, de même taille et même altitude que Charmey, a démantelé ses remontées mécaniques il y a 5 ans. Depuis, elle est entrée en hibernation. Les prix de l'immobilier ont chuté.

>> Voir le reportage à Drouzin-le-Mont et à Charmey dans le 19h30:

Tourisme hivernal: une station bradée
19h30 - Publié le 17 janvier 2018
 

La couverture neigeuse de plus en plus mince

Le réchauffement climatique pousse ces stations de moyenne altitude à se réinventer. Les études montrent notamment que la hausse des températures a réduit la durée d'enneigement.

Dans les Alpes suisses, la couverture neigeuse s'installe 12 jours plus tard et disparaît 25 jours plus tôt qu'en 1970, selon des chercheurs de l'Université de Neuchâtel, de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) et de l'Institut pour l'étude de la neige et des avalanches.

La couche de neige est également moins épaisse. La hauteur maximale a baissé de 25% depuis les années 70, selon la même étude.

Enfin, l'altitude des précipitations est toujours plus élevée. En 2010, il y avait 85% de chance que les précipitations soient de la neige aux environs de 1500 m d'altitude. En 2035, ce sera 75%. Il y aura donc toujours de la neige, mais en moins grandes quantités et moins longtemps.

"Beaucoup de petites entités vont être obligées de fusionner"

Les fusions encouragées en Valais

De l'argent injecté à la dernière minute a permis de remettre le télésiège de Morgins aux normes et ainsi de sauver l'accès direct de la station aux Portes-du-Soleil.

A l'horizon 2027, une seule et unique société devrait gérer les cinq stations du secteur suisse des Portes-du-Soleil (Morgins, Les Crosets, Champéry, Champoussin et Torgon). "Il a fallu surmonter les esprits de clocher pour qu'à terme on aboutisse à une réflexion globale et ce projet de fusion", explique Enrique Caballero, porte-parole des Portes-du-Soleil.

Face aux problèmes de liquidités et aux besoins de rationaliser les dépenses, d'autres stations pourraient suivre la même voie, d'autant que le projet de loi sur les remontées mécaniques en Valais encourage ce modèle de gestion. Après quelques rares fusions, le canton compte encore 37 différentes compagnies d'exploitation.

>> Les 37 sociétés de remontées mécaniques en Valais:

"Beaucoup de petites entités vont être obligées de fusionner"

La géographe Anne-Sophie Fioretto y voit un manque de planification des domaines skiables, car ceux-ci sont souvent issus d'initiatives locales.

"On a aujourd'hui beaucoup de petites entités, mêmes communales parfois, qui vont être obligées de fusionner ou de repenser l'activité sur leur pan de montagne", explique-t-elle.

"Le défi c'est d'avoir cette vraie vision, cette vraie planification, de penser le domaine comme un produit. Et tout seul on n'y arrivera pas", poursuit Anne-Sophie Fioretto.

>> Le reportage dans les stations valaisannes:

Tourisme hivernal: l'avenir des remontées mécaniques
19h30 - Publié le 15 janvier 2018

Les chiffres qui inquiètent

Chute de la fréquentation

Les vacances de Noël 2017 bouclent sur un bilan positif: les remontées mécaniques affichent +36% de fréquentation par rapport à l'an dernier, qui avait été catastrophique.

Toutes les régions de Suisse ont profité de la météo avantageuse de ce début de saison et enregistrent un nombre de skieurs en hausse. Dans les Alpes vaudoises et fribourgeoises, ce nombre a même doublé par rapport à la moyenne de ces cinq dernières années.

Mais ce sursaut est à mettre en perspective avec les tendances. La fréquentation des domaines skiables est passée de plus de 29 millions de skieurs en 2009, à 21 millions en 2017, soit plus d'un quart en moins. La faute au manque de neige et à un certain désintérêt pour les sports d'hiver.

L'hôtellerie souffre, mais les sociétés de remontées mécaniques aussi. Elles emploient plus de 15'000 personnes en Suisse. Plusieurs d'entre elles ont été sauvées in extremis cette année, comme à Château d'Oex ou à Morgins.

>> Les explications de Laurent Dufour:

Série Saison blanche: les chiffres de Laurent Dufour
19h30 - Publié le 15 janvier 2018

Nouvelles formes de financement

Appels aux bienfaiteurs

A Château d'Oex, les remontées mécaniques fonctionnent encore grâce à la générosité de ses habitants. Quand la commune a jeté l'éponge, la station a dégainé un ultime joker pour ne pas couler: elle a appelé à la rescousse les résidents et entreprises de la région.

Trente bienfaiteurs ont ainsi accepté de prêter un montant de 10'000 francs, permettant aux remontées mécaniques de rassembler 300'000 francs.

Les "parrains et marraines" n'ont aucune garantie de récupérer l'argent prêté au domaine de la Braye, mais l'essentiel est ailleurs. "Cette Braye représente à Château d'Oex quelque chose qui fait partie du patrimoine. Enfants, on allait skier avec nos parents et on ne voudrait pas que ça disparaisse", explique Marie-Françoise Rochat, présidente de l'association des Amis de Château d'Oex et du Pays-d'Enhaut.

Prix cassés

Séduisante, la solution de l'appel aux dons et aux prêts est exploitée par d'autres stations, comme les Diablerets et Morgins. Mais elle ne peut pas être répétée trop souvent. Alors Château d'Oex appâte en parallèle de nouveaux clients avec un abonnement à moins de 100 francs.

Là encore, Château d'Oex n'est pas seule à démocratiser ses forfaits. Au niveau suisse romand, le Magic Pass incarne ce coup de poker. Plus de 84'000 skieurs ont acheté cet abonnement à prix cassés pour 25 stations.

Augmenter les revenus hors forfaits

La baisse des prix, une chance de survie pour les stations? "Le but c'est d'arriver progressivement à avoir 50% des revenus qui ne viennent pas des tickets de ski ou des forfaits mais d'autres activités dans la station et la restauration", explique Laurent Vanat, consultant en tourisme hivernal.

Cet avis contrarie certains professionnels de la branche. Ceux-ci ne croient pas en l'avenir des prix cassés car ils ne pensent pas qu'ils permettent d'attirer suffisamment de nouveaux skieurs pour compenser la baisse des tarifs.

>> Le reportage à Château d'Oex:

Château-d'Oex, tentative désespérée: appel aux bénéficiaires
19h30 - Publié le 16 janvier 2018
 

Crédits

Reportages TV: Laurent Dufour, Flore Dussey, Pascale Defrance, Melchior Oberson, Elodie Botteron

Réalisation web: Valentin Tombez