L'illettrisme, un handicap invisible

Ils sont allés à l'école et pourtant, ils ne maîtrisent pas assez la lecture et l’écriture pour être autonomes dans leur vie sociale et professionnelle. En Suisse, un adulte sur six serait concerné par l'illettrisme.

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Episode 1: Luca

Contrairement aux idées reçues, l'illettrisme concerne de nombreuses personnes qui ont toujours été scolarisées en Suisse. C'est le cas de Luca.

A 22 ans, le jeune homme a repris le chemin des cours, deux matinées par semaine, avec l’association Lire et écrire. Ils revoient ensemble des notions de grammaire et d'orthographe.

Pour Luca, c'était une nécessité. "Les assurances, l’appartement, les factures, les remboursements... Il y a tellement de choses qu’on doit écrire. C’est vraiment tous les jours. C’est vraiment pas facile", raconte-t-il.

L'illettrisme pose d'importants problèmes d'insertion. Les difficultés de lecture et d'écriture de Luca l'ont à ce stade empêché de mener à bien une formation. Aujourd’hui à l’aide sociale, il veut s’en sortir et espère surmonter ses difficultés pour, enfin, devenir cuisinier.

L'illétrisme touche 800'000 personnes en Suisse
12h45 - Publié le 11 décembre 2017

Episode 2: Dorice

Se repérer dans la rue, s'arrêter pour lire une affiche, lire la notice d’un médicament ou remplir un formulaire administratif... Tout ce qu'il y a de plus normal pour la plupart d'entre nous mais pas pour Dorice, 45 ans.

Née à l'Ile Maurice, elle a quitté l'école à 13 ans, dyslexique, avant de débarquer à Lausanne pour se marier.

Il y a encore 10 ans, elle ne savait ni lire, ni écrire, ou alors avec d'énormes difficultés. Elle a multiplié les stratagèmes pour cacher son secret des années durant.

Employée pendant 20 ans dans un EMS, au ménage et à l'animation, elle apprenait tout par coeur, pour faire illusion. Puis en 2007, tout s'écroule: Dorice est licenciée.

Son inscription au chômage la confronte à ses difficultés. C'est alors que la Lausannoise décide de faire face et s'inscrit aux cours de l'association Lire et écrire.

Illettrisme: elle a réappris à lire à plus de 45 ans
12h45 - Publié le 12 décembre 2017

Episode 3: Arnaud

Le Valaisan Arnaud a effectué toute sa scolarité en Suisse sans maîtriser ni lecture ni écriture.

Fautes d’orthographes, problèmes d’accords, de conjugaison… Aussi loin qu’il s’en souvienne, ce quadragénaire a toujours eu de grosses lacunes en français et ses années d'école ont été douloureuses.

En Suisse, un jeune sur sept sort de l’école avec un niveau de lecture et d’écriture insuffisant pour continuer une formation. Arnaud, lui, est devenu facteur, avant d'enchaîner différents jobs, toujours en autodidacte. Mais son illettrisme l'a poursuivi.

Après des périodes de chômage, et finalement un burnout, le Valaisan a décidé de surmonter son handicap. Il suit les cours de l'association Lire et écrire depuis septembre, un soir par semaine.

Illettrisme: Arnaud a effectué toute sa scolarité en Suisse sans maîtriser ni la lecture ni l'écriture
12h45 - Publié le 13 décembre 2017

Le grand format

L'association Lire et écrire travaille sur le problème de l'illettrisme depuis 30 ans. Comment expliquer qu'on puisse, en Suisse, sortir de l'école sans maîtriser ce qui est considéré comme des bases?

La langue maternelle et l'origine sociale jouent un rôle, mais pas seulement. "Il y a également des facteurs individuels liés à des déménagements multiples, des ruptures familiales, par rapport au système scolaire ou encore à des problèmes de dyslexie qui n’ont pas été détectés précocement", explique la directrice de Lire et écrire Vaud, Sabrina Gani.

"Les participants de nos cours viennent souvent vers nous lors d’une rupture dans leur vie, par exemple un licenciement, un divorce, qui peuvent constituer des situations dans lesquelles les compétences qui étaient suffisantes jusque là ne le sont plus", ajoute la spécialiste.

Mais comme le montrent Luca, Dorice et Arnaud, il n'est jamais trop tard pour apprendre.

Illettrisme: nombreux adultes concernés en Suisse
19h30 - Publié le 13 décembre 2017

L'illettrisme en bref

L’illettrisme se définit comme la "situation d’une personne qui a été scolarisée mais ne maîtrise pas assez la langue écrite pour être autonome dans la vie sociale et professionnelle".

Il doit être distingué de l’analphabétisme. Une personne analphabète ne sait ni lire ni écrire, parce qu'elle n'a pas été scolarisée et n'a donc jamais appris.

En Suisse, quelque 800'000 personnes seraient concernées par l'illettrisme. Près de la moitié d'entre elles sont nées sur sol helvétique et ont suivi l'école obligatoire.

Selon l'enquête PISA 2012, 14% des élèves de 15 ans ont un niveau insuffisant en lecture pour poursuivre une formation.

En 2007, à la demande de la Confédération, le Büro für Arbeits - und sozialpolotische Studien BASS a estimé dans un rapport le coût de l'illettrisme à plus de 1,3 milliard de francs par an, en tenant compte du seul l’aspect du chômage.

Reportages: Martine Clerc

Adaptation web: Pauline Turuban