Modifié le 14 décembre 2017 à 12:05

Un oui à No Billag pénaliserait la Suisse romande, selon Doris Leuthard

Doris Leuthard, conseillère fédérale.
Un oui à No Billag pénaliserait la Suisse romande, selon Doris Leuthard Le 12h30 / 2 min. / le 11 décembre 2017
Avec No Billag, la SSR ne pourrait plus financer des programmes pour la Suisse romande avec l'argent d'outre-Sarine. L'abolition de la redevance radio-TV conduirait à ne plus produire que ce qui est rentable, a mis en garde lundi Doris Leuthard.

Le 4 mars, il en va de l'existence de la SSR et de nombreuses radio et télévisions locales. Quelque 6000 emplois sont directement concernés. Une acceptation de l'initiative dite No Billag impliquerait une transition radicale vers un paysage médiatique uniquement commercial, a souligné la ministre de la Communication devant la presse.

Le Conseil fédéral a désormais officiellement lancé sa campagne en vue de la votation populaire. Alors que le thème est déjà très présent dans les médias, Doris Leuthard ne souhaitait plus rester passive. Selon elle, il n'y aurait d'autre plan en cas de "oui" que de liquider la SSR.

Modèles alternatifs pas crédibles

Le 1er janvier 2019, faute de loi, le gouvernement devrait appliquer l'initiative via une ordonnance, qui équivaudrait à préparer la faillite du diffuseur national de service public.

La ministre de la Communication ne croit pas non plus aux modèles alternatifs avancés par les initiants. Il serait irréaliste de voir les cantons financer le service public. La télévision, voire la radio, payante n'est pas une option non plus. Les programmes doivent être rentables, ou deviennent à défaut rapidement très chers.

Seul Zurich serait servi

Une offre purement commerciale ne serait concevable que dans la région zurichoise. Actuellement, seul le mécanisme de compensation de la SSR entre les différentes régions permet d'assurer une offre adéquate pour la Suisse romande.

Et Doris Leuthard de rappeler que pour recevoir l'argent de la redevance, il faut répondre à certaines obligations et contribuer au développement culturel, à la formation de l'opinion et au divertissement en tenant compte des particularités du pays.

Offre massivement réduite

En cas de "oui", l'influence des investisseurs privés et des groupes étrangers serait renforcée. Des intérêts politiques pourraient nuire à l'indépendance des médias.

Avec un système purement commercial, beaucoup de programmes ne pourraient plus être diffusés ou alors dans une qualité moindre. De nombreuses émissions disparaîtraient, en particulier celles portant sur des thèmes politiques et sociétaux importants. Le sport ne serait pas épargné.

Le sport et la culture lésés

La publicité et le sponsoring ne pourraient pas permettre de couvrir les Championnats du monde de ski de St-Moritz, une offre actuellement assurée à hauteur de 91% par la redevance. Les sous-titrages pour les malentendants et le recours à la langue des signes risquent de disparaître faute de moyens.

No Billag met aussi en jeu les contributions de la SSR à la culture: soutien à la réalisation de films ayant une thématique suisse ou diffusion de musique helvétique sur les ondes de la radio.

ats/jc

Publié le 11 décembre 2017 à 11:31 - Modifié le 14 décembre 2017 à 12:05

No Billag serait une première en Europe

Si l'initiative No Billag devait l'emporter, la Suisse serait le premier pays européen à abolir le mandat de service public pour la radio et la télévision. De tels programmes coûtent cher, car les frais fixes sont élevés.

Dans un petit pays comme la Suisse avec ses quatre langues, il n'est pas possible de les financer uniquement avec la publicité et le sponsoring. La redevance permet d'y contribuer. La plus grande part (1,24 milliard de francs) va à la SSR. Le reste (61 millions) est réparti entre 21 radios locales et 13 télévisions régionales.

Nouvelle concession en préparation

Le rejet de No Billag ne signifie pas pour autant que le Conseil fédéral reste les bras croisés face aux critiques concernant la SSR. Une nouvelle concession sera bientôt mise en consultation.

Le diffuseur national devra par exemple davantage se distinguer de l'offre commerciale. Dès 2019, il ne recevra plus que 1,2 milliard par an issu de la redevance.