Modifié le 30 novembre 2017

Les Verts veulent bannir l'exportation des pesticides prohibés en Suisse

La Suisse a interdit le Paraquat en 1989, mais elle continue de l'exporter dans des pays en voie de développement.
Les Verts veulent interdire l'exportation des pesticides prohibés en Suisse La Matinale / 2 min. / le 30 novembre 2017
Des produits phytosanitaires bannis en Europe continuent d'être fabriqués en Suisse et exportés, notamment vers des pays en développement. Une motion sera déposée durant la session au National pour l'interdire, a appris la RTS.

Six pesticides et herbicides sont frappés d'interdiction d'utilisation en Suisse pour leur toxicité envers l'homme et l'environnement, mais les entreprises helvétiques qui les fabriquent peuvent continuer de les exporter. Le Conseil fédéral parle d'une moyenne de 145 tonnes de pesticides exportées légalement chaque année.

Les ONG dénoncent depuis longtemps cette situation que l'on appelle un double standard. Et l'auteure de la motion, la conseillère nationale verte genevoise Lisa Mazzone, n'hésite pas à parler de violation des droits humains.

Populations en danger

"Cette motion vise à mettre fin à l'incohérence de la Suisse", explique-t-elle. "Si vous prenez le Paraquat par exemple, c'est un pesticide extrêmement dangereux qui cause des milliers d'empoisonnements chaque année. La Suisse a décidé de l'interdire en 1989 déjà, il y a plus de cinquante pays qui l'interdisent, et pourtant la Suisse continue de l'exporter dans des pays en développement en exposant la population à des situations extrêmement dangereuses pour sa santé et en totale violation des droits humains."

L'ONG Public Eye (ex-Déclaration de Berne), qui mène campagne contre le double standard, dénonce l'enrichissement de l'industrie agrochimique suisse au détriment de la santé des populations locales. Elle y consacre un important dossier dans l'édition de novembre de son magazine.

"De la compétence de chaque pays"

Mais certains, comme le conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR), pointent du doigt la responsabilité des pays importateurs. "Chaque pays a sa propre législation. S'il veut interdire un pesticide ou un herbicide, c'est de sa propre compétence", dit le Fribourgeois. "Cela ne veut pas dire pour autant qu'on doit interdire la production de tel ou tel pesticide ou herbicide qui irait pour un pays qui ne l'aurait pas interdit."

Aujourd'hui, l'autorisation de mise sur le marché de pesticides est effectivement une compétence nationale. Le Brésil a d'ailleurs interdit l'utilisation du Paraquat en septembre dernier.

Les Verts demandent aujourd'hui un partage de la responsabilité, pour que les paysans argentins, indiens ou pakistanais bénéficient des mêmes standards que leurs homologues suisses.

Stéphane Deleury/oang

Publié le 30 novembre 2017 - Modifié le 30 novembre 2017