Modifié le 14 octobre 2017

La Suisse reprend une collaboration controversée avec l'Erythrée

Un camp de réfugiés à Asmara, en Erythrée.
La Suisse reprend une collaboration controversée avec l'Erythrée La Matinale / 1 min. / le 13 octobre 2017
La Suisse a repris ses activités de coopération avec l'Erythrée. La Confédération soutient depuis le début du mois deux projets dans ce pays souvent épinglé pour son non-respect des droits de l'homme.

Depuis le début de ce mois, la Direction du développement et de la coopération (DDC) a repris des projets de coopération en Erythrée. Avec l'organisation non gouvernementale italienne Volontariato Internazionale per lo Sviluppo (VIS), mais aussi avec le Comité suisse de soutien à l’Erythrée (suke), une organisation privée à but humanitaire, active dans ce pays depuis les années 1970.

Jusqu'en 2019, la DDC lui versera environ 500'000 francs par année pour financer une école professionnelle. Il s'agira in fine d'inciter les jeunes Erythréens à travailler sur place et donc éviter qu'ils immigrent, ce qui est un objectif cher du régime d'Asmara. L'argent de la Suisse sera transmis au consul honoraire en Suisse, Toni Locher, également président de ce Comité suisse de soutien à l'Erythrée.

Ami personnel du président érythréen

Cette collaboration a de quoi surprendre. Toni Locher empêche, par exemple, l'octroi de visas aux journalistes suisses qui accusent le régime d'être une dictature. Ami personnel du président érythréen, ses positions progouvernementales lui valent les critiques d'une partie de la diaspora érythréenne en Suisse.

Toni Locher n'est pas le moins étonné d'avoir été choisi par la DDC. "Evidemment que la DDC a cherché un partenaire suisse sur place. Et notre organisation est active en Erythrée depuis une quarantaine d’années", relève l'intéressé, qui tempère: "Ce n’est pas décisif de savoir qui réalise ce projet, ce qui compte c’est son contenu, sa faisabilité."

>> L'interview de Toni Locher dans La Matinale:

Toni Locher.
La Matinale - Publié le 13 octobre 2017

Confrontée à ces faits, la DDC n'a dans un premier temps pas été en mesure de répondre à la RTS. NB: Le DFAE a finalement transmis une réponse après la diffusion du sujet, retranscrite dans l'encadré ci-dessous.

Malgré les critiques récurrentes de la communauté internationale contre l'Erythrée, et sous pression du Parlement, le Conseil fédéral a décidé de renouer le dialogue avec Asmara, après onze ans d'interruption, notamment pour endiguer le flux migratoire en provenance de ce pays.

>> Ecouter aussi le débat entre Claude Béglé, conseiller national PDC, et Alain Bovard, chargé de politique des droits humains à Amnesty Suisse:

Alain Bovard et Claude Béglé.
Forum - Publié le 13 octobre 2017
 

Marc Menichini/lgr

Publié le 13 octobre 2017 - Modifié le 14 octobre 2017

La réaction du DFAE

"La DDC a décidé – dans une phase pilote qui dure jusqu’à la fin 2019 – de travailler uniquement avec des organisations qui sont déjà bien introduites en Erythrée", explique-t-elle dans sa réponse à la RTS, soulignant le "succès" des programmes de développement mis en oeuvre "depuis de nombreuses années" par le Comité suisse de soutien à l’Erythrée (SUKE).

Selon la DDC, l'organisation jouit d’une bonne réputation auprès des autorités érythréennes, "une base nécessaire pour pouvoir travailler dans ce contexte". En outre, SUKE porte la certification ZEWO, gage que "les processus et les contrôles pour la bonne utilisation des fonds sont garantis".