Modifié le 28 septembre 2017

L'offre médicale montrée du doigt pour l'augmentation des primes

Une infirmière du CHUV. La part croissante de la médecine ambulatoire, remboursée par l'assurance maladie, est aussi responsable de l'augmentation des primes.
Une infirmière du CHUV. La part croissante de la médecine ambulatoire, remboursée par l'assurance maladie, au détriment de la médecine stationnaire est aussi responsable de l'augmentation des primes. [Jean-Christophe Bott - Keystone]
Les réactions ont fusé après la publication des primes 2018 de l'assurance maladie. Les associations de consommateurs dénoncent une offre médicale surabondante, tandis que le canton de Vaud annonce un moratoire sur l'ouverture de nouveaux cabinets.

La faîtière des assureurs Santésuisse salue la "démarche prudente du Conseil fédéral qui a renoncé dans une large mesure à intégrer dans le calcul des primes les économies non encore avérées de son intervention dans le Tarmed".

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Quelques minutes plus tôt devant les médias, le conseiller fédéral Alain Berset a relevé l'effet positif de la révision de Tarmed, qui entrera en vigueur le 1er janvier et dont le gouvernement attend des économies de 470 millions de francs. "Nous avons demandé aux assureurs d'en tenir compte en fixant leurs primes", a-t-il dit. Il est difficile d'évaluer comment les assureurs ont pris en compte ce facteur, mais sans cet élément, la hausse aurait été de plus de 5%, selon lui.

Surconsommation

Côté consommateurs, on reproche à l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) de ne remplir qu'en partie ses devoirs de contrôle et d'application des lois. C'est trop facile, selon l'organisation alémanique SKS; et d'évoquer la surconsommation dont serait avant tout responsable une offre médicale surabondante et des prestations toujours plus pointues.

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Selon des estimations de l'organisation de défense des consommateurs alémaniques, 20% à 30% de toutes les prestations médicales menées en Suisse seraient inutiles.

Ne pas défavoriser les soins ambulatoires

La Fédération des médecins suisses (FMH) rappelle que de nombreuses études placent la Suisse parmi les pays au monde disposant du meilleur système de santé, tant par l'accès, que par la qualité et prise en charge.

Il est toutefois possible de faire mieux. Le financement des soins ambulatoires et stationnaires doit être identique, cela afin de ne pas défavoriser les premiers. Pour la FMH, l'introduction d'un financement uniforme de ces deux domaines recèle un potentiel d'économies d'un milliard de francs par an.

Une initiative populaire en préparation

"Nous nous trouvons dans un cercle vicieux", renchérit l'Association des médecins indépendants (ASMI). Etant donné que les cantons ne participent au financement des coûts que pour les soins stationnaires - et non pas pour la médecine ambulatoire -, la tendance, en soi souhaitable, en faveur de la médecine ambulatoire grève intégralement le montant des primes. Et l'ASMI d'envisager une initiative populaire pour demander un financement uniforme.

Côté politique, le PS constate que "le seuil de la douleur est gentiment atteint, voire totalement dépassé. A l'image du PDC, le parti prépare une initiative populaire. Deux autres textes sont en préparation.

ats/jc

Publié le 28 septembre 2017 - Modifié le 28 septembre 2017

Un moratoire dans le canton de Vaud

Le canton de Vaud, frappé par la hausse la plus forte, annonce déjà des mesures. Pour agir sur la densité médicale, il a annoncé qu'il allait renforcer la clause du besoin et instaurer un moratoire sur l'installation de nouveaux médecins, tant en cabinet qu'en institution, a dit Pierre-Yves Maillard.

Le directeur genevois de la santé Mauro Poggia  remarque lui que l'examen des hausses pour l'ensemble des cantons suisses "permet de constater que les petits cantons restent toujours ceux dont les primes sont les plus basses avec les augmentations sur le bas de la fourchette". Or, ces cantons font partie de ceux qui avaient versé des primes trop basses de 1996 à 2013, note Mauro Poggia.

La cheffe du Département valaisan de la santé Esther Waeber-Kalbermatten a relativisé la hausse car la prime moyenne adulte demeure inférieure de 47 francs environ à la prime moyenne suisse (465,3). Un moratoire sur l'installation de nouveaux médecins en cabinet avait été réintroduit dans le canton en 2016.

Bon à Savoir dénonce les importantes réserves des caisses

Bon à Savoir, le journal des consommateurs conteste l'argument avancé par les autorités selon lequel des réserves sous-dotées expliqueraient le quart de la hausse des primes 2018. Des caisses manquent en effet de réserves, mais d'autres en regorgent, selon
un document de l'OFSP que le magazine a publié en ligne.

Selon ce document, les caisses cumulent des réserves excédentaires à fin 2017 qui dépassent les deux milliards de francs, soit 240 francs par habitant, écrit Bon à Savoir sur son site. Les réserves de certaines caisses, plutôt des petites, sont parfois plus de deux fois supérieures au minimum légal.