Publié le 14 septembre 2017

"La Prévoyance vieillesse 2020 est un projet à la sauce Hollande"

Le conseiller national PLR Olivier Feller n'est pas convaincu par la réforme de l'AVS défendue par le Conseil fédéral.
Le conseiller national PLR Olivier Feller n'est pas convaincu par la réforme de l'AVS défendue par le Conseil fédéral. [Alessandro della Valle - Keystone]
Le conseiller national PLR Olivier Feller s'oppose à la Prévoyance vieillesse 2020, soumise au vote populaire le 24 septembre. Le Vaudois dénonce une réforme qui maintient l'AVS dans une logique déficitaire.

RTSinfo: Tout le monde semble d’accord pour dire que la prévoyance vieillesse doit être réformée. Si la réforme est refusée dans les urnes, le déficit de l’AVS va se creuser. Cela ne vous fait pas peur?

Olivier Feller, conseiller national (PLR/VD): Bien sûr. Mais cette situation est liée à l’espérance de vie qui augmente et à l’arrivée à la retraite de la génération des baby-boomers. Et si l’espérance de vie augmente, c’est une bonne nouvelle pour le pays!

Compte tenu de cette situation objective, il faut réformer les assurances sociales. S’agissant de l’AVS, il y a trois manières de réformer une assurance qui entre dans une spirale de déficit: on peut stabiliser les dépenses, augmenter les recettes ou faire un 'mix' des deux. Que prévoit le projet sur lequel nous allons voter? Une augmentation des recettes (via les prélèvements obligatoires) et une augmentation des dépenses, via les 70 francs de plus dans la rente AVS. Ces 70 francs augmenteront les dépenses annuelles de l’AVS de 1,4 milliard en 2030 et de 2 milliards en 2035.

La réforme Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020) prévoit donc un maintien de la logique déficitaire. Je n’ai encore jamais vu cela en 20 ans de politique, c’est inadmissible! PV 2020 est un projet à la sauce Hollande, et non pas à la sauce Macron.

PV2020 prévoit un maintien de la logique déficitaire de l'AVS. Je n’ai encore jamais vu cela en 20 ans de politique!

Olivier Feller
 

Quelle aurait été une solution "à la sauce Macron" dans ce cas?

La "solution Macron" serait une solution suisse. C’est l’idée de combiner la stabilisation des dépenses et l’augmentation des recettes. Evidemment, réformer une assurance sociale aussi subtile que l’AVS est exigeant, il faut donc un 'mix' des deux. Et le but final doit être l’équilibre financier à terme de l’AVS. Or avec PV2020, il n’y a pas de 'mix', puisqu'on augmente à la fois les recettes et les dépenses, et on maintient la logique déficitaire.

La droite vise la baisse du taux de conversion dans le 2e pilier et souhaite une augmentation de l’âge de la retraite des femmes. La PV2020 exauce vos vœux…

Il faut avoir une vision globale. Certains milieux qui ne sont pas de gauche, je pense notamment à certains assureurs, sont en faveur de la réforme car ils se disent bingo! Grâce à la gauche institutionnelle, on va pouvoir faire travailler les femmes une année de plus et diminuer en un temps record le taux de conversion du 2e pilier de 6,8% à 6%.

Moi, je réclame un peu de hauteur. Il faut dépasser le strict cadre de la prévoyance vieillesse. Aujourd’hui, l’AI a une dette de 11 milliards de francs. Celle de l’assurance chômage s’élève à 3 milliards. Les réserves de l’assurance perte de gain ne cessent de diminuer et sont passées en 10 ans de 200% à 60% des dépenses annuelles de cette assurance. Donc vous voyez bien que la situation financière des assurances sociales est délicate. On ne peut pas se concentrer sur la diminution du taux de conversion qui arrange certains assureurs, mais il faut élargir le champ de vision également aux autres assurances sociales.

Un projet qui passe à la raclette ne peut pas être qualifié de compromis.

Olivier Feller
 

Ne pensez-vous pas que la réforme est tout de même un bon compromis? La gauche a aussi fait des concessions pour y arriver…

Pour moi ce n’est pas un compromis. Ce projet a été accepté de justesse au Conseil national, à une voix près! L’augmentation des dépenses de l’AVS liée à la hausse des rentes pour les nouveaux retraités a aussi été acceptée de justesse aux Etats avec deux voix de différence. C’est une petite majorité qui a imposé ses vues à une grande minorité. Un projet qui passe à la raclette ne peut pas être qualifié de compromis, à mon avis.

Ce qui vous dérange, ce sont surtout les 70 francs de plus par mois dans la rente AVS. N’est-ce pas une mesure justifiée pour compenser les pertes avec la baisse du taux de conversion dans le 2e pilier?

C’est un point intéressant, car une des critiques importantes que nous émettons au PLR et à droite c’est que le projet d’Alain Berset mélange les deux piliers. Je vais vous donner trois exemples.

Premièrement, en cas de oui le 24 septembre, les retraités actuels n’auront pas droit aux 70 francs promis par la réforme, alors que beaucoup d’entre eux vivent pourtant modestement. Ensuite, une acceptation de PV2020 entraînera une AVS à deux vitesses. Dans 10 ans, des tensions au sein même de la catégorie des retraités surviendront. Pourquoi un retraité âgé par exemple de 75 ans aurait-il 70 francs de moins qu’un retraité de 74 ans? Enfin, les personnes qui retirent aujourd’hui leurs avoirs du 2e pilier obligatoire au moment de la retraite ne sont pas du tout impactées par le taux de conversion, qu’il soit à 6,8 à 6 ou à 8%.

Ces exemples montrent que mélanger deux piliers qui reposent sur des fondements politiques, juridiques et économiques différents, est une absurdité.

Mais dès lors, quel est votre "plan B" pour compenser ces pertes?

Séparer les mesures prises pour le premier pilier et celles pour le deuxième tout d'abord, puis relever probablement l’âge de départ à la retraite des femmes à 65 ans.

S’agissant de l’AVS, il faut veiller à son équilibre financier durable. Et, pour ce faire, je suis prêt à admettre une augmentation des recettes si cela permet de maintenir cet équilibre sur la longue durée. Cet effort est nécessaire dès lors qu’on assiste à une espérance de vie en bonne santé qui s’allonge et à l’arrivée à la retraite de la génération des baby-boomers née dans les années 1950 et 1960.

En ce qui concerne le 2e pilier, il faut interroger la diminution rapide du taux de conversion. Vous savez, les rendements sur les marchés financiers ne sont pas si mauvais selon les années. Il faut également réfléchir à la suppression de la déduction de coordination, c’est-à-dire assurer les salaires dès le 1er franc.

A terme, ne visez-vous pas tout simplement une retraite à 67 ans pour tous?

Clairement non, car une telle mesure n’est pas susceptible d’atteindre une majorité populaire. Un référendum gagnant serait lancé à coup sûr. Et d’autre part, je ne suis pas certain que cela soit nécessaire. Ce qui est sûr en revanche, c’est que si cette réforme est acceptée le 24 septembre, la logique déficitaire aggravée de l’AVS sera maintenue. Et dans ce cas-là oui, je pense que le risque d’une augmentation généralisée de l’âge de la retraite est très important.

En cas de refus, combien de temps faudrait-il attendre avant que le Parlement ne soumette une nouvelle solution? Une réforme est attendue depuis 20 ans.

Il faut être honnête, cela ne se fait pas en deux semaines… Mais que ce soit oui ou non dans les urnes, lundi 25 septembre l’Office fédéral des assurances sociales devra commencer à travailler sur une réforme.

Par ailleurs, une alternative à RIE III vient d’être mise en consultation par le Conseil fédéral. Pour rappel, nous avons voté sur cet objet en février dernier seulement. Donc on constate avec cet exemple que l’on peut avancer vite. En tenant compte de la consultation, on peut estimer qu’en une année un nouveau projet de réforme peut se retrouver sur la table.

PV2020? Une petite majorité qui a imposé ses vues à une grande minorité.

Olivier Feller
 

Les milieux économiques sont divisés sur cette question. La FER dit oui, contrairement aux patrons alémaniques et à l’USAM. La votation promet d’être serrée. Comment sentez-vous la fin de la campagne?

Vous savez, la gauche n’est pas totalement unie non plus dans ce dossier. Aucun des deux camps ne l’est, cela va donc être serré en effet. Il faut se battre jusqu’au 24 septembre.

Pour les opposants à PV2020, de droite comme de gauche d’ailleurs, la situation est plus difficile car certains arguments des partisans peuvent faire mouche auprès de la population: invoquer le "compromis" que constitue PV2020, dire que toutes les autres réformes ont échoué et qu’il faut donc aller de l’avant en faisant confiance au Conseil fédéral.

Tous ces arguments ne sont pas liés au contenu, mais au contexte! On veut nous faire croire que le projet n’est certes pas parfait, mais qu’il a le mérite d’exister. Nous, les opposants, nous disons au contraire que ce projet est tellement mauvais, qu’il vaut mieux avoir un plan B.

L’urgence de la situation concernant l’AVS ne justifie donc pas d’accepter la prévoyance vieillesse 2020?

Il faut distinguer urgence et menace d’un chaos potentiel en cas de rejet de cette réforme. Se servir de cette menace est un procédé classique des partisans des projets officiels lors de chaque votation populaire. Et cela leur confère un petit avantage.

>> Lire aussi l'interview de Christian Levrat (PS/FR), partisan de PV2020: "La réforme Prévoyance 2020 est positive pour la majorité des femmes"

Propos recueillis par Stefan Renna

Publié le 14 septembre 2017