Modifié le 31 juillet 2017 à 10:43

Des familles de requérants d'asile en Suisse séparées lors de renvois forcés

Renvoi d'étrangers: des familles séparées témoignent
Renvoi d'étrangers: des familles séparées témoignent 19h30 / 3 min. / le 30 juillet 2017
Lorsqu'elles ne collaborent pas, des familles de requérants d'asile renvoyées de Suisse peuvent être séparées. Bien que légale, la pratique représente un traumatisme, comme en témoignent à la RTS dimanche des parents et des enfants séparés.

Dans plusieurs cas de figure, par exemple lorsqu'un membre de la famille ne se trouve pas dans le centre d'hébergement à l'arrivée de la police, il arrive que des familles soient séparées lors de renvois forcés, explique l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés.

Trois familles interrogées par la RTS dimanche dans le 19h30 sont dans cette situation. Toutes ont demandé l’asile à la Suisse, mais un autre pays européen était compétent pour traiter leur demande. Elles y ont donc été renvoyées de force, en étant séparées.

"Ils nous ont forcés à monter"

"Quand ils essayaient de nous faire embarquer dans l’avion pour la Norvège, je leur ai dit: "ma mère et mon frère ne sont pas là! Je ne peux pas entrer dans l’avion sans eux!" Mais ils nous ont forcés à monter dedans", explique Zahra, une jeune Afghane de 16 ans.

Ça a été très dur de rester plusieurs jours sans la famille au complet, je n’aurais jamais pu imaginer être ainsi séparés.

Hosein Jan, père de famille afghan

"Ces séparations de famille amènent à une violation de l’intérêt supérieur de l’enfant et à une violation du droit à la vie familiale. Le tribunal fédéral a très clairement mis des limites en disant qu’il fallait séparer uniquement quand il n’y a pas d’autres solutions", dénonce Denise Graf, coordinatrice asile pour Amnesty International Suisse.

Familles séparées d'elles-mêmes

Contacté par la RTS, le Secrétariat d’Etat aux Migrations rappelle le principe de l’unité familiale. "Quand une partie de la famille se cache ou se dérobe aux représentants des forces de l’ordre, (…) ceci ne peut pas conduire à annuler le transfert des autres personnes."

Le canton de Vaud s’appuie pour sa part sur l’ordonnance autorisant les renvois échelonnés. Ces familles ont toutes reçu plusieurs fois l’ordre de quitter la Suisse, mais n’ont pas obéi.

Enquête du 19h30: Pascale Defrance

Adapation web: Victorien Kissling

Publié le 30 juillet 2017 à 20:27 - Modifié le 31 juillet 2017 à 10:43

Crainte de partir dans un autre pays

Interrogé par la RTS, un couple d'Erythréens expliquait son refus de retourner en Italie. "On connaît la vie en Italie, mon épouse et moi, on y est passés. Ma femme était enceinte, elle dormait par terre dans la rue! Alors maintenant, avec notre fille de 6 mois, on ne peut pas retourner là-bas! Nous on a de la famille en Suisse, c’est pour ça qu’on a choisi ce pays."

La notion de famille en question

"La séparation de familles dans la pratique est également causée par la notion étroite de la famille nucléaire comprenant que les parents et les enfants mineurs", explique l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés.

On observe ainsi la séparation de familles ayant d’autres constellations: séparation de frères et sœurs ou d’enfants majeurs ayant des liens familiaux, frères et sœurs majeurs ainsi que (bien que rare dans la pratique) la séparation des grands-parents.