Modifié le 11 juillet 2017

"La préservation de la biodiversité suisse passe derrière l'économie"

Un papillon se pose sur une fleur dans une forêt de Loèche-les-Bains.
Raphael Arlettaz s exprime sur la biodiversite suisse L'actu en vidéo / 3 min. / le 11 juillet 2017
Malgré la ratification de la Convention sur la diversité biologique conclue à Rio de Janeiro en 1992, la biodiversité suisse s'étiole. Le biologiste de l'Université de Berne Raphaël Arlettaz déplore un manque de volonté politique.

C'était en 1994. La Suisse ratifiait la Convention sur la diversité biologique conclue à Rio de Janeiro, au Brésil. Vingt-trois ans plus tard, le constat est pourtant amer: la biodiversité helvétique s'atrophie.

Sur les 45'000 espèces de plantes et d'animaux connues en Suisse, un tiers sont menacées et des centaines ont déjà disparu.

Pour Raphaël Arlettaz, il y a urgence. "On est dans une situation où la pression de l'homme sur la biodiversité est tellement forte qu'elle cède de partout", a analysé mardi dans le Journal du matin le professeur en biologie de la conservation à l'Université de Berne.

Absence de vision

Entre la Constitution fédérale et la loi sur la protection de la nature et du paysage, en passant par la loi sur les forêts, la Suisse dispose pourtant d'instruments qui devraient lui permettre de réagir.

Si le scientifique acquiesce, il déplore un réel manque de volonté politique: "Avec les outils légaux existants, on pourrait déjà faire beaucoup. Mais pour cela, il faut avoir une vision de ce qu'on veut. Depuis la conférence de Rio, il a fallu 20 ans à la Suisse pour rédiger une véritable stratégie de la biodiversité."

Comment expliquer une telle latence? Si le processus démocratique du pays entraîne certaines lenteurs, Raphaël Arlettaz s'indigne du manque de volonté de la part des dirigeants politiques, "d'autant plus avec le Parlement qui a viré à droite". Selon lui, "les questions de biodiversité passent toujours en dernier, parce que tout est focalisé sur l'économie et le développement des moyens de production".

Travail d'information

S'appuyant sur l'exemple du réchauffement climatique, le chercheur déplore le manque d'écoute de la Berne fédérale face à la communauté scientifique: "Il a fallu trente ans à nos dirigeants pour prendre conscience qu'il y avait peut-être un problème. Et on vient seulement de voter sur la stratégie énergétique 2050." 

Raphaël Arlettaz relève cependant que le problème de la biodiversité est "presque plus grave que celui du réchauffement". Il prône ainsi un véritable travail d'information et d'éducation auprès des politiques afin de démontrer "l'importance de cette biodiversité pour la survie de l'espèce humaine".

>> Ecouter l'intégralité de l'entretien dans le Journal du matin:

Raphaël Arlettaz, professeur en biologie de la conservation
L'Invité de la rédaction - Publié le 11 juillet 2017
 

kg

Publié le 11 juillet 2017 - Modifié le 11 juillet 2017