Modifié le 05 septembre 2017

Les Suisses préfèrent élire des hommes, la preuve en chiffres

Le Grand Conseil genevois, où le nombre de femmes a fortement diminué depuis 2005.
Les politiciennes ont un taux de succès moins bon dans les urnes que les hommes Le Journal du matin / 3 min. / le 25 août 2017
Alors que la course au Conseil fédéral relance la question du genre en politique, la RTS s'est penchée sur plus d'une décennie d'élections. Résultats: les femmes ne progressent plus et leurs chances d'être élues restent inférieures à celles des hommes.

Les femmes séduisent moins que les hommes dans les urnes. Leurs chances d'être élues chutent encore si elles se présentent sous une étiquette bourgeoise ou en Valais, dévoile une enquête de la RTS, qui a analysé les résultats des élections cantonales de ces 15 dernières années.

Depuis le début des années 2000, la part de femmes dans les parlements cantonaux plafonne. Très loin de la parité, elles occupent environ un siège sur quatre (actuellement 27,2%). La percée opérée dans les années 1980 et 1990 est terminée.

A l'échelle des cantons, de grandes disparités existent. Et les romands ne sont pas exemplaires. La part de femmes au Grand Conseil genevois a même diminué, passant de 31% en 2005 à 26% en 2013. Ce sont Bâle-Campagne (37,8%) et Argovie (36,4%) qui affichent actuellement les plus importantes représentations féminines. Schwyz ferme la marche, avec seulement une députée pour sept élus (14%).

>> Le détail par canton:

 

Sous-représentées et moins bien élues

Si les femmes peinent à obtenir davantage de sièges, c'est en partie en raison de leur faible présence sur les listes. Celle-ci stagne à environ 32%. Mais en plus d'être sous-représentées, les femmes sont également moins bien élues que les hommes. Pour 100 candidates, 14,1 d'entre elles ont en moyenne été plébiscitées lors des dernières élections cantonales. Pour 100 candidats, le nombre d'élus masculins grimpe à 17,6.

Là aussi, on constate d'importantes différences entre les cantons. Depuis une quinzaine d'années, les femmes ont obtenu une seule fois en Suisse romande un taux de réussite plus élevé que les hommes lors d'une élection cantonale. C'était à Neuchâtel, en avril dernier.

Toutes les autres élections ont favorisé les hommes. La palme du canton romand le plus machiste revient au Valais, où en mars dernier moins d'une candidate sur trois a obtenu un siège, contre plus d'un candidat sur deux.

Le graphique ci-dessous compare le taux de candidates au taux d'élues. Si le taux d'élues est inférieur à celui de candidate (sous la barre oblique), cela veut dire que les femmes ont obtenu un taux de réussite plus faible que celui des hommes lors de l'élection. Et plus le point s'éloigne de la barre, plus l'inégalité a été marquée.

L'électorat UDC aime les hommes

Du côté des partis non plus, aucun n'atteint la parité. Les Verts et le PS s'en rapprochent avec environ 45% de femmes élues, d'après les résultats compilés des dernières élections cantonales. Et même si elles restent sous-représentées sur les listes, les candidates du PS et des Vert'libéraux (PVL) ont bénéficié d'un électorat plus favorable aux femmes, puisqu'elles ont été mieux élues que leurs homologues masculins (voir graphique ci-dessous).

En revanche, plus le parti penche à droite, plus le nombre de candidates et le nombre d'élues diminuent. L'UDC, dont les listes affichent en moyenne moins d'une femme pour cinq candidats (17,9%), ne compte qu'une députée sur sept élus (13,8%). Plus l'écart se creuse entre le taux de candidate et le taux d'élues, plus cela veut dire que l'électorat élit de préférence des hommes.

"Compliqué pour les femmes de s'engager à droite"

En Suisse romande, c'est l'électorat de l'UDC valaisan qui élit en proportion le moins de femmes, juste devant celui du PLR jurassien, alors que les sympathisants des Vert'libéraux vaudois s'avèrent les plus féministes.

Pour le président de l'UDC valaisanne Jérôme Desmeules, le faible succès des femmes auprès de son électorat "n'est pas une surprise". "C'est le reflet de la difficulté que nous avons de trouver des femmes pour aller sur les listes, c'est plus compliqué pour les femmes de s'engager pour un parti de droite", indique-t-il, mettant en cause notamment la ligne "offensive" du parti et la compétitivité de ses membres.

De son côté, François Pointet, président des Vert'libéraux vaudois, explique la réussite des femmes de son parti par son "programme porté sur l'écologie et hors des clivages gauche-droite" ainsi que l'image de sa formation liée à la conseillère nationale Isabelle Chevalley.

Valentin Tombez, avec Alexandra Richard et Tybalt Félix

>> Plus de développements dans le Journal du Matin sur RTS La Première

Publié le 25 août 2017 - Modifié le 05 septembre 2017

Et dans les exécutifs cantonaux...

Moins d'un conseiller d'Etat sur quatre est une femme. Légèrement plus faible que dans les législatifs, la part des femmes dans les gouvernements cantonaux a atteint 24% lors des dernières élections. Là également, on remarque de grandes disparités cantonales: Lucerne, Appenzell Rhodes Extérieures et le Tessin ne comptent aucune femme au sein de leur Conseil d'Etat, alors qu'elles disposent de la majorité dans les cantons de Thurgovie et de Vaud.

Au niveau des partis, les Verts affichent une majorité de femmes, avec 5 conseillères d'Etat sur un total de 8 sièges. A l'opposé, le PDC n'a placé que 5 femmes dans les exécutifs cantonaux, alors qu'il compte 40 sièges.