Modifié le 03 juin 2017 à 10:40

Quand la mort des abeilles devient un business

Depuis quelques années, les ruches du monde entier sont décimées. En Suisse, la prise de conscience de cette menace sur l'écosystème a donné naissance à de nouvelles opportunités économiques.

Lʼan passé, Stéphanie Vuadens a quitté son job dans l'industrie pharmaceutique pour faire un virage à 180 degrés. Dans la campagne genevoise, elle s'est donnée une mission, venir au secours des abeilles et en faire son métier.  Elle rêve de devenir la plus grande apicultrice genevoise. Pour vivre de sa passion, elle a calculé qu'il lui faudrait atteindre 600 ruches. Un objectif à long terme, qu'elle veut atteindre sans précipitation, "pour que cela soit pérenne".

La fin des abeilles est présente dans toute sa communication. Son slogan: sauvez les abeilles, mangez du miel. Elle a fondé son plan financier sur ce qu'elle a appris dans l'économie privée. Chaque pot de miel indique sa commune de fabrication et est vendu 50 francs le kilo. Les ruches sont parrainées, notamment par des grands chefs.

Là où l'on pourrait voir un nouveau créneau économique comme un autre, Stéphanie Vuadens voit surtout un progrès écologique: "Augmenter le nombre d'abeilles sur Genève, c'est une réelle prise de conscience. On sait qu'on est très nombreux, qu'on fait des trucs pas justes. Il faut juste rééquilibrer la balance."

L'abeille des villes

Nicolas Marsault, Fondateur de Bees4You, privilégie un autre territoire de reconquête pour les abeilles: la ville. Il installe des ruches sur les toits de grandes entreprises, de banques ou sur des hôtels. La Fédération des entrepreneurs romands (FER) lui a commandé quatre ruches il y a trois ans. Une fois par semaine, l'entrepreneur vient faire le point sur la santé des abeilles.

Le coût annuel s'élève à 10'000 francs. Véronique Kämpfen, directrice de la communication de la FER, estime que le jeu en vaut la chandelle, que ce soit pour la vie de l'entreprise ou en terme d'image. Elle se défend toutefois de faire du pur marketing écologique. "C'est important pour le développement des entreprises, elles ont un intérêt économique à le faire, mais aussi en tant qu'acteur de la société", affirme-t-elle.

Le résultat matériel, ce sera des pots de miel avec étiquette personnalisée pour chaque entreprise. Ce miel présente un gros avantage: il contient beaucoup moins de pesticides que celui de la campagne. "On a des ruches en campagne et des ruches en ville, on voit vraiment la différence dans la conduite et la santé des ruches", estime le fondateur de Bees4You.

Apiculteurs aux abois

Malgré la naissance de ces nouveaux commerces, le secteur du miel souffre. Symptôme de ses difficultés, les vols de ruches se multiplient. Pascal Cretard, président de la fédération genevoise d'apiculture en a lui-même été victime. Au total, 26 de ses ruches ont disparu ces derniers mois. La morosité ambiante, il l'attribue notamment aux consommateurs, qui doivent accepter "des pommes biscornues et moins calibrées", pour réduire "l'utilisation des produits chimiques".

Une lueur d'espoir malgré tout: les morts d'abeilles diminuent, du moins en Suisse. Peut-être que les efforts des apiculteurs et une prise de conscience de la population arriveront à sauver ce symbole de notre écosystème.

Antoine Multone

Publié le 03 juin 2017 à 09:32 - Modifié le 03 juin 2017 à 10:40