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"A sa place, je me serais suicidé", dit l'avocat du seul interné à vie de Suisse

Internement à vie [RTS]
Internement à vie / Mise au point / 13 min. / le 14 mai 2017
Alors que le procès de l'assassin présumé d'Adeline en 2013 à Genève débute lundi, la question de l'internement à vie ressurgit. Seul un homme est aujourd'hui interné à vie en Suisse. Mise au Point a rencontré son avocat.

Mike A., 50 ans, est emprisonné à Regensdorf, près de Zurich. En 2008, ce violeur multirécidiviste avait tué une prostituée thaïlandaise dans le canton de Thurgovie, avant de découper son corps pour le transporter.

>> Lire aussi: Fabrice A., le meurtrier présumé d'Adeline, à nouveau devant les juges

Coupable précédemment d'au moins cinq viols à caractère sadique et déjà condamné à deux reprises pour violences et agressions sexuelles en 1992 et 1998, Mike A. a été condamné à l'internement à vie en octobre 2010.

Le seul interné à vie

Cet homme est actuellement le seul prisonnier de Suisse sous cette mesure. Cela signifie que la loi prévoit qu'il reste en prison jusqu'à son décès, sauf avancée scientifique dans les traitements psychiatriques ou dégradation de sa santé qui lèverait le danger pour la société.

Mike A., qui n'a jamais cessé de clamer son innocence, rêve toujours d'une révision de son procès mais son cas n'a jamais été examiné par le Tribunal fédéral car il a lui-même retiré son recours et a fini par accepter sa peine.

Plus l'énergie de lutter

"Il n'avait plus l'énergie, il était fatigué", commente son avocat Humbert Entress, interrogé dimanche dans l'émission de la RTS Mise au Point. "Il a vraiment senti que tout le monde était contre lui, il n'avait personne de son côté, personne qui le soutenait, moi excepté, il ne se sentait plus à la hauteur face à cette pression", ajoute l'homme de loi.

Humbert Entress se dit pourtant certain que le recours aurait abouti s'il avait eu lieu. Il dit avoir tenté de convaincre le détenu de continuer, mais en vain.

Il a vraiment senti que tout le monde était contre lui

Humbert Entress, l'avocat de Mike A.

Aujourd'hui, Mike A. ne bénéficie d'aucune sortie et d'aucunes vacances et ne reçoit aucune visite. Humbert Entress est désormais son seul contact avec l'extérieur.

L'avocat se dit impressionné par la résistance de son client. "Il est très calme, il a une très grande capacité d'adaptation, c'est sa personnalité, il se fait à la situation, il n'est pas chaque jour à lutter ou à se désespérer", juge-t-il. Et d'ajouter: "Je suis surpris, car moi je ne pourrais pas, j'aurais perdu l'espoir, à sa place je me serais suicidé."

Reportage: Sébastien Faure

Texte: Frédéric Boillat

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L'internement à vie

L'internement à vie constitue la peine la plus sévère du Code pénal suisse. Régie par l'article 64, cette mesure a été introduite en Suisse après l'acceptation par le peuple en 2004 de l’initiative populaire "Internement à vie pour les délinquants sexuels ou violents jugés dangereux et non amendables".

Décriée par de nombreux juristes, la mesure ne peut être prononcée qu'envers un délinquant sexuel ou violent qualifié d’extrêmement dangereux. Le risque de récidive doit être élevé. L'internement est fixé non proportionnellement à l'infraction commise, mais selon la dangerosité.

Toute libération anticipée et tout congé sont exclus. Une libération ne peut être envisagée que si de nouvelles connaissances scientifiques permettent d’établir qu'il ne représente plus de danger pour la collectivité. L’autorité qui prononce la levée de l'internement est responsable en cas de récidive.

Toute expertise doit être établie par deux experts indépendants l'un de l'autre.

Sur six cas d'internement à vie en Suisse, seul un est appliqué

Le nouveau procès de Fabrice A., assassin présumé de la sociothérapeute de La Pâquerette Adeline en septembre 2013, débute lundi sous haute surveillance devant le Tribunal criminel de Genève. Son premier procès avait été interrompu à la surprise générale en octobre, après quatre jours d'audience. La question de l'internement à vie sera posée.

Par le passé, plusieurs mesures d'internement à vie ont fini par être cassées en justice. A l'exception de Mike A., aucun détenu n'est sous ce régime.

Daniel H., l'assassin de Lucie, 16 ans, en 2009 à Zurich avait été condamné à l'internement à vie par le Tribunal de district de Baden en 2012. Après plusieurs recours, Daniel H. a porté l'affaire devant le Tribunal fédéral et a obtenu un internement ordinaire.

Monsieur K, surnommé l'égorgeur de Bienne, avait été interné à vie en 2012 après le meurtre d'une prostituée, mais cette mesure a ensuite été cassée par le Tribunal fédéral.

Accusé de viols et contraintes sexuelles touchant 32 personnes dans les années 90, un père violeur a été condamné en 2012 à une peine de 8 ans de prison assortie de l'internement à vie par le Tribunal régional de Moutier. Mais la Cour suprême bernoise a ensuite réduit la mesure à un internement simple.

Un délinquant sexuel multirécidiviste bâlois a aussi été condamné à l'internement à vie en 2013, mais le Tribunal fédéral a fini par partiellement admettre un recours et annulé la décision d'internement à vie.

Claude D., qui avait tué Marie, 19 ans, en mai 2013 à Payerne (VD) a été condamné en septembre 2016 à l'internement à vie par le Tribunal cantonal vaudois. Cette décision a fait l'objet d'un recours en janvier dernier et c'est en dernière instance le Tribunal fédéral qui devra se prononcer.