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Le Conseil fédéral sort du bois dans l'affaire de l'espion suisse présumé

Le Conseil fédéral (ici en 2016) était contraint de s'exprimer. [Lukas Lehmann - Keystone]
Le Conseil fédéral (ici en 2016) était contraint de s'exprimer. [Lukas Lehmann - Keystone]
Le gouvernement est finalement sorti de son silence jeudi soir, après l'arrestation d'un Suisse accusé d'avoir épié le fisc allemand. Il dit avoir été informé des grandes lignes de l'opération par Ueli Maurer.

Le Conseil fédéral s'était réfugié jusqu'ici derrière un "no comment". Et c'est par la voix de son porte-parole qu'il s'est finalement expliqué. Le ministre UDC, alors en charge de la Défense, a informé ses collègues en septembre 2011.

>> Lire: Ueli Maurer avait connaissance du cas de l'espion suisse en Allemagne

Mais on ignore quels détails sont alors communiqués aux six autres membres du collège, et en particulier le fait que le Service de renseignement de la Confédération (SRC) agisse sur sol étranger. Ueli Maurer déclare cependant vendredi matin dans le Tages-Anzeiger avoir été au courant "de l'engagement par le SRC" du Suisse arrêté vendredi dernier.

Situation plus tenable

En règle générale, lorsqu'une procédure judiciaire est en cours - en Suisse ou à l'étranger - le gouvernement se garde de commenter les fuites et autres informations qui paraissent dans la presse.

De l'aveu même de son porte-parole André Simonazzi, la situation n'était plus tenable dans cette affaire. Contacté jeudi soir, il explique que le Conseil fédéral était pratiquement obligé d'en dire un peu plus.

Mais le gouvernement ne lève que partiellement le voile sur cette affaire. S'il affirme avoir été mis au courant de l'enquête du Ministère public de la Confédération (MPC) menée par Fedpol et le SRC sur l’affaire des CD volés, il ne rentre pas davantage dans les détails.

Nombreuses questions ouvertes

Savait-il qu'une partie des investigations allaient se dérouler à l'étranger? Que l'homme accusé en Allemagne allait se servir d'une taupe au sein du fisc allemand? A-t-il suivi les opérations de près ou de loin? Ou a-t-il laissé faire ses services? Il reste encore beaucoup de points à éclaircir dans ce dossier.

>> Ecouter l'analyse de Thibaut Schaller dans le Journal du matin:

Le Service de renseignement de la Confédération est à nouveau en ligne de mire. [Peter Klaunzer - Keystone]Peter Klaunzer - Keystone
L'affaire de l'espion suisse jette à nouveau une lumière trouble sur le SRC / Le Journal du matin / 3 min. / le 5 mai 2017

Pietro Bugnon et Thibaut Schaller/oang

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Simple demande d'informations de Fedpol au SRC en 2011

Le Conseil fédéral confirme qu'une demande d'information de la police fédérale (Fedpol), elle-même mobilisée par le Ministère public de la Confédération (MPC), est à l'origine de l'opération.

Lors de l'affaire des CD volés avec l'Allemagne en 2011, le MPC a ouvert des procédures explique à la RTS Cathy Maret, porte-parole de Fedpol. "Nous, en tant qu'enquêteurs, nous avons enquêté sur ces procédures en cours. Et dans le cadre de nos enquêtes - ce que l'on fait très régulièrement - on a fait une demande de renseignements au SRC pour leur demander s'ils avaient des informations concernant ces affaires avec l'Allemagne."

Le bâtiment qui accueille notamment Fedpol à Berne. [Peter Klaunzer - Keystone]Peter Klaunzer - Keystone
Une demande de Fedpol à l'origine de l'affaire de l'espion suisse en Allemagne / Le Journal du matin / 1 min. / le 5 mai 2017

Pas de taupe de l'espion suisse au sein du fisc allemand?

L’affaire rebondit vendredi dans la presse alémanique, qui s’intéresse au mode opératoire de Daniel M, le Suisse arrêté la semaine dernière à Francfort.

L’Aargauer Zeitung met en doute des éléments du modus operandi de l’espion suisse présumé.

On pensait jusqu'ici que Daniel M avait recruté un informateur au sein même de l’administration fiscale allemande. Mais si l’on en croit le journal alémanique, la réalité serait moins romanesque.

Le journal donne la parole au partenaire de Daniel M en Allemagne - un certain Klaus-Dieter Matschke, expert en sécurité à Francfort. Selon lui, il n’y a jamais eu de taupe. L’espion suisse présumé aurait inventé cette histoire pour justifier ses honoraires auprès du SRC.