Modifié le 12 mai 2017 à 22:11

Jacques Bourgeois: "C'est en cas de refus qu'on aura une douche froide!"

Jacques Bourgeois.
Jacques Bourgeois. [Anthony Anex - Keystone]
Le conseiller national Jacques Bourgeois s'est positionné en faveur de la stratégie énergétique 2050. Le directeur de l'Union suisse des paysans (USP) est convaincu qu'elle permet d'amorcer un tournant pour la Suisse.

RTSinfo: Avec la stratégie énergétique 2050, les coûts seront limités à 40 francs par ménage, ça semble peu, est-ce une projection réaliste?

Jacques Bourgeois, conseiller national PLR fribourgeois: C'est effectivement le montant que prévoit ce premier paquet de mesures. L'augmentation du soutien financier à l'énergie passera de 1,5 à 2,3 centimes par kilowattheures (kWh). Sachant qu'un ménage consomme annuellement 5000 kWh, nous arrivons bien à ce montant de 40 francs.

Dire, comme le font les opposants, qu'il faudra débourser 3200 francs, c'est faux!

Jacques Bourgeois

Ils jouent là-dessus, mais ils utilisent les chiffres de l'ancienne proposition émise par la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf pour la deuxième étape de cette stratégie énergétique. Les opposants trompent les électeurs en reprenant ces chiffres alors qu'ils ont été rejetés par le Conseil national.

>> Lire aussi: "Une révolution énergétique ne coûte pas 40 francs de plus par année"

Le débat qui nous occupe le 21 mai se base sur le constat que le peuple et le Parlement n'ont pas la volonté de construire de nouvelles centrales nucléaires avec la technologie actuelle. Il faut assurer l'approvisionnement en électricité et je ne tiens pas à être encore plus tributaire de l'étranger.

Même le Japon n'a pas abandonné le nucléaire, la Suisse ne va-t-elle pas trop loin? Les énergies renouvelables ne sont pas encore à la hauteur.

Encore une fois, il n'y a pas de volonté populaire en Suisse pour une nouvelle centrale nucléaire et personne n'en fait la demande. Il est important d'aller de l'avant avec ce premier paquet de mesures, qui prévoit notamment la promotion des énergies renouvelables, dont l'hydraulique. Mais il y a aussi un grand potentiel avec le photovoltaïque, l'éolien, la biomasse. Les prix du photovoltaïque ont déjà baissé ces dernières années. Il reste le problème du stockage de ces énergies. Il est aujourd'hui possible, mais pas encore compétitif, ça viendra.

Le camp bourgeois soutient rarement des aides financières de l'Etat et là les subventions font partie intégrante de ce premier paquet.

On peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Le PLR n'est en effet pas favorable aux subventions, mais d'un autre côté les propositions faites par le parti lors des débats pour corriger le paquet de départ ont été acceptées.

>> Lire aussi: Une large alliance économique prône le oui à la stratégie énergétique 2050

Je ne cache pas que le PLR est partagé et que le soutien à la stratégie énergétique 2050 s'est décidé à 12 voix près en assemblée des délégués. Mais c'est une question de responsabilité.

Nous sommes le parti de l'innovation, il faut le prendre en considération.

Jacques Bourgeois

Il a été montré que les intérêts économiques des élus jouaient un rôle dans leur choix. Vous êtes à la tête de l'USP, les paysans percevront des subventions. Et vous êtes membre du Conseil d'administration de Grande Dixence SA, là aussi des subventions sont prévues. Votre position est-elle influencée par ces différentes fonctions?

Indépendamment de mes différentes casquettes, ce qui me préoccupe c'est la sécurité de l'approvisionnement, en partant du principe que nous sortons du nucléaire.

Concernant l'Union suisse des paysans (USP), l'agriculture a la possibilité de contribuer au tournant photovoltaïque avec ses grandes surfaces de toiture. Les exploitations agricoles sont de petites PME et peuvent apporter leur pierre à l'édifice, c'est pourquoi l'USP a statué en faveur de cette loi.

Concernant Grande Dixence SA, cette loi permet de donner des conditions cadres qui offrent des perspectives à l'hydraulique. De gros investissements sont nécessaires, mais si on ne montre pas le chemin, il n'y aura aucun investissement vu le contexte actuel.

Les prix se sont effondrés à 3 centimes par kWh, alors que le prix de revient oscille entre 6,5 et 7 centimes par kWh. Dès lors, comment assure-t-on le maintien de l'hydraulique en Suisse, sachant qu'il reste l'un des principaux piliers en approvisionnement.

Les partisans de la stratégie 2050 parlent de créer de nombreux emplois, mais la Suisse devra essentiellement se fournir à l'étranger pour s'équiper.

On ne peut pas tout faire de manière indigène. Nos véhicules sont importés, le 3/4 de l'énergie fossile provient de l'étranger.

Un quart de notre énergie est indigène, c'est sur cette part qu'il faut garder la main.

Jacques Bourgeois

>> Ecouter l'éclairage du 12h30 "Les partisans de la stratégie énergétique exposent leurs arguments":

Le conseiller national Roger Nordmann (PS-VD) a défendu la stratégie énergétique vendredi à Berne.
Marcel Bieri - keystone
Le 12h30 - Publié le 21 avril 2017
 

Nous sommes le pays de l'innovation, le développement se fait en Suisse, nous devons le maintenir. Le PLR veut maintenir l'économie helvétique et les emplois. Pour ce faire, la stratégie 2050 prévoit des soutiens aux entreprises pour qu'elles prennent ce tournant tout en restant concurrentielles.

Les sondages sont plutôt encourageants. Le thème est porteur, vous êtes confiant pour le 21 mai?

J'ai pris part à des compétitions cyclistes: à vélo comme en politique, il ne faut jamais relever la tête avant que la ligne d'arrivée ne soit franchie. Les premiers sondages sont de bons augures, mais on ne doit pas se reposer sur nos lauriers. Les opposants sont actifs, il faut continuer d'informer la population sur les enjeux. C'est si on refuse ce premier paquet que nous aurons une douche froide! Ca nous coûtera plus et on affaiblira notre capacité à s'approvisionner.

Propos recueillis par Lara Gross

Publié le 11 mai 2017 à 12:05 - Modifié le 12 mai 2017 à 22:11