Modifié le 29 mai 2017 à 20:45

Les intérêts de près de 80 élus fédéraux dans le secteur de l'énergie

Près du tiers des parlementaires occupent un ou plusieurs mandats dans les secteurs de l'énergie et du bâtiment, les premiers impactés par la stratégie énergétique 2050 acceptée par le peuple. Les élus contactés rejettent toute idée de conflit d'intérêt.

Entre le Conseil national et le Conseil des Etats, 77 parlementaires (plus de 31%) ont déclaré dans le registre du Parlement un ou plusieurs liens d'intérêt avec les secteurs de l'énergie et du bâtiment. Ces branches sont en première ligne depuis que la stratégie énergétique 2050 a été adoptée en votation le 21 mai.

Ce que recouvre la sobre dénomination "liens d’intérêt", ce sont ces mandats -rémunérés ou non- que les parlementaires assurent parallèlement à leur activité politique, que ce soit dans des associations, des fondations ou des entreprises.

Les 184 liens d'intérêt qui figurent dans le graphique ci-dessous sont de natures très diverses, et peuvent renvoyer aussi bien au fait d'être membre d'une association anti-nucléaire que de présider le conseil d'administration d'une centrale électrique.

Prépondérance des lobbies favorables à la stratégie énergétique

Les lobbies qui sont, a priori, les plus menacés par la transition énergétique sont nettement moins représentés que ceux qui auraient le plus à y gagner. On ne décompte ainsi qu'une vingtaine de mandats déclarés dans les secteurs des énergies fossile et nucléaire, tandis qu'une septantaine de liens d'intérêt ont été déclarés dans les secteurs des énergies alternatives, de l'hydraulique et des technologies propres ("cleantech").

>> Lire aussi: Les intérêts économiques au cœur de la votation sur la stratégie énergétique

Roger Nordmann (PS/VD) a justement déclaré plusieurs liens d'intérêt dans ces branches. La plupart sont bénévoles, à l'exception de son mandat de président du comité de l'association Swissolar (qui fait la promotion de l'énergie solaire) pour lequel il perçoit 10'000 francs par année. Il admet volontiers qu'il lui est impossible d'être neutre sur les questions de transition énergétique: "si j'ai accepté ces mandats, c'est parce que j'y crois, j'ai toujours été engagé là-dedans."

Pour le socialiste, tant que les parlementaires respectent les règles de transparence et déclarent leurs intérêts, ils n'ont pas de raison de se mettre en retrait.

Quelques PLR ont voté contre

A l'exception de l'UDC, toutes les formations ont recommandé le oui à la stratégie énergétique 2050. Lors des votes aux chambres le 30 septembre dernier, seuls six parlementaires sur les 77 n'ont pas suivi la majorité de leur parti. Et ils se retrouvent quasiment tous au sein du groupe libéral-radical (si l'on excepte l'abstention du PDC Isidor Baumann). Le PLR est, après les Verts'Libéraux, le parti où la proportion de mandats énergétiques par rapport au nombre de parlementaires est la plus élevée.

Les libéraux-radicaux Corina Eichenberger-Walther (AG), Kurt Fluri (SO) et Bruno Pezzatti (ZG) ont ainsi voté non. Thomas Hefti (GL) et Philippe Bauer (NE) se sont abstenus.

"Totale indépendance d'opinion"

Contactée par la RTS, Corina Eichenberger-Walther insiste sur sa totale "indépendance d'opinion" et assure ne recevoir aucune consigne de vote de la part des organismes dans lesquels elle officie. Si elle a voté non, insiste la conseillère nationale, c'est parce qu'elle pense que la stratégie ne permettra pas de garantir l'indépendance énergétique du pays.

Sans communiquer sa rémunération pour ces diverses missions, elle ajoute que l'issue de la votation n'aura "aucun impact" financier pour elle. L'Argovienne estime que ses mandats dans les secteurs énergétique et nucléaire, en particulier à la présidence du conseil d'administration de la NAGRA (qui touche au stockage des déchets radioactifs), n'ont qu'un lien très indirect avec l'issue de la stratégie énergétique. Elle ne voit pas pourquoi elle devrait s'abstenir de voter sur ces questions.

Abstention

De son côté, le Neuchâtelois Philippe Bauer s'est abstenu lors du vote par "conviction personnelle". "Je suis plutôt favorable à l'assainissement des bâtiments et à l'efficacité énergétique, donc je n'étais pas disposé à voter non" mais une taxe sur les barrages, ajoutée à la fin des débats, lui est "restée en travers de la gorge".

C'est, selon lui, la preuve de l'indépendance totale des parlementaires, puisque l'association des métiers du bâtiment Suissetec, pour qui il occupe un mandat rémunéré d'avocat conseil, a pris position en faveur de la stratégie énergétique. Et d'ajouter, sur le ton de la boutade, qu'on ne demande pas aux élus de gauche qui ont des liens d'intérêt avec des syndicats de s'abstenir lors des votes relatifs au droit du travail.

Feriel Mestiri, Pauline Turuban

Publié le 13 avril 2017 à 19:28 - Modifié le 29 mai 2017 à 20:45

Les principales mesures prévues par la stratégie énergétique 2050

La stratégie énergétique 2050 prévoit l'abandon progressif du nucléaire, le développement des énergies renouvelables et l'encouragement à la production d’électricité issue d’énergies renouvelables, l’efficience énergétique et l’assainissement des bâtiments, ou encore la limitation des émissions de CO2 pour les véhicules.