Modifié le 12 avril 2017

Pour convaincre les jeunes, l'armée "doit gagner le combat du sens"

L'invité de la rédaction - Philippe Rebord
L'invité de la rédaction - Philippe Rebord, chef de l'armée suisse L'invité de la rédaction / 23 min. / le 11 avril 2017
A la tête de l'armée depuis un peu plus de 100 jours, Philippe Rebord a insisté mardi au micro de la RTS sur l'importance de "gagner le combat du sens" afin de convaincre davantage de jeunes Suisses de s'engager.

L'armée suisse fait face à de nombreux défis, parmi lesquels celui de convaincre les jeunes Suisses de l'utilité de s'engager sous les drapeaux. "A partir de 2018, nous allons introduire un programme progressif pour permettre aux jeunes de s'adapter davantage à la vie militaire", a affirmé Philippe Rebord dans le Journal du matin, à l'occasion d'une journée thématique consacrée à l'armée sur La Première.

Confronté à un témoignage d'une jeune recrue, le chef de l'armée a reconnu que le "delta entre la vie civile et la vie militaire était toujours plus grand". "Le premier mois est déterminant pour l'adaptation. Mais une fois que le jeune a compris le sens de l'armée, il s'engagera pour remplir ses missions", estime Philippe Rebord, précisant que le but n'était pas non plus de "rendre l'armée plus sexy".

>> Le reportage de Pietro Bugnon dans la caserne de Grandvillard:

L'armée suisse pourra compter sur un budget annuel de 5 milliards de francs entre 2017 et 2020.
Le Journal du matin - Publié le 11 avril 2017
 

[En caserne], on ne répond pas toujours à la question 'pourquoi?' … Et c’est assez frustrant.

Nicolas, recrue à Grandvillard et séminariste dans la vie civile
 

Le budget actuel "ne suffira pas"

Doit-on introduire un "frein" afin d'enrayer la tendance qui envoie toujours davantage de jeunes vers le service civil au détriment de l'armée? "C'est une question politique", dit Philippe Rebord, avant d'ajouter: "L'armée doit faire son bout de chemin en augmentant le pourcentage d'aptes au service militaire." "Peut-être que ce sont surtout les étudiants qui quittent l'armée en l'évitant par le service civil. Dans ce cas, cela aura une conséquence sur la qualité des cadres", redoute le commandant de corps.

Lundi, Philippe Rebord avait fait savoir que le budget militaire - 5 milliards annuels entre 2017 et 2020 - adopté par le Parlement l'année dernière ne suffirait pas à long terme. Interrogé dans le Journal du matin, il n'a toujours pas voulu donner de chiffre précis. Il préfère procéder par étapes. "Seule la politique des petits pas fait sens", indique-t-il.

>> Lire aussi: Le chef de l'armée Philippe Rebord veut encore plus de moyens

Des imams dans l'armée?

Signe que l'armée veut s'adapter aux transformations de la société, elle envisage d'intégrer des imams dans ses rangs, à l'image des aumôniers qui s'engagent déjà de façon oecuménique. Philippe Rebord y voit toutefois deux obstacles: l'islam n'est pas reconnu comme religion officielle en Suisse pour l'instant et il n'y a pas de formation universitaire pour les imams dans le pays. Mais "34% de nos soldats sont des naturalisés", rappelle le chef de l'armée.

Enfin, questionné sur le volet de la cybersécurité, Philippe Rebord a insisté sur le fait qu'en Suisse chaque entité doit se protéger elle-même. "L'armée n'a pas vocation à défendre les systèmes informatiques de la Migros ou des grandes banques", fait-il valoir.

>> Zoom sur les grands chantiers d'avenir de l'armée:

Une femme engagée dans l'armée suisse suit une formation pour les soldats de la Swisscoy à Stans (NW) en 2014.
Le Journal du matin - Publié le 11 avril 2017

 

L'armée de milice est-elle la bonne option?

Interrogé dans l'émission Forum sur le bien fondé d'une armée de milice pour faire face aux nouvelles menaces, telles que le terrorisme ou la cyber-guerre, le Général français Vincent Desportes est convaincu par ce système. "La Suisse a beaucoup de chance d'avoir un système de milice, d'ailleurs beaucoup de candidats à la présidentielle française réclament un service national."

Vincent Desportes relève que le système de milice est avant tout "de l'apprendre à vivre ensemble" et est parfaitement adapté pour répondre aux nouvelles menaces auxquelles font face les Etats.

>> Le général français Vincent Desportes dans l'émission Forum:

Le général français Vincent Desportes.
Forum - Publié le 11 avril 2017

Théo Allegrezza/lgr

Publié le 11 avril 2017 - Modifié le 12 avril 2017

L’armée actuelle, une aberration économique

Pour Mark Schelker il faudrait un système de service volontaire, dans lequel il n'y a plus d'obligation de servir, moins de recrues chaque année et des soldats qui serviraient plus longtemps.

Selon le professeur d’économie à l’Université de Fribourg, Ce système permettrait un meilleur transfert de compétences entre l'armée et les entreprises. "On envisage un stock de personnes qui rendent service de 10 à 15, peut-être même 20 jours par an. On peut choisir les personnes motivées qui veulent avoir un transfert des compétences entre le privé et le militaire. A ce moment-là, il faudra payer ces volontaires."

Mark Schelker cite en exemple le système de garde nationale aux Etats-Unis. "Ca serait une option pour réduire les coûts. Il faudrait le matériel pour un tiers des personnes en comparaison avec aujourd'hui."

>> Mark Schelker dans l'émission Forum: