Modifié le 11 mars 2017

Didier Burkhalter défend la liberté d'expression pour le ministre turc

Le conseiller fédéral chargé des Affaires étrangères, Didier Burkhalter.
Didier Burkhalter s’exprime sur la campagne pro-Erdogan de la Turquie en Europe Forum / 9 min. / le 11 mars 2017
Didier Burkhalter a expliqué à l'antenne de la RTS la position suisse face aux dossiers turcs. Défendant la liberté d'expression, le chef du DFAE a averti que la sécurité prévaudrait concernant la visite du ministre turc des Affaires étrangères.

"Quand on se trouve dans des situations comme celle-ci, qui peuvent être considérées comme critiques, il faut fixer un cadre très clair de principes et d'actions", a expliqué Didier Burkhalter dans l'émission Forum.

Ce cadre a été fixé, a expliqué le chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), et "c'est celui de la liberté d'expression mais aussi celui de la sécurité et du respect du droit".

Au sujet de l'éventuel voyage du ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu, Didier Burkhalter a souligné qu'il s'agissait "d'une visite privée" et qu'en cas de visite officielle le rôle de la Suisse serait autre.

>> Lire aussi: Le ministre turc des Affaires étrangères ne se rendra pas en Suisse dimanche

Visite menacée en cas de risque sécuritaire

Le conseiller fédéral n'a pas confirmé la tenue de cette rencontre, n'étant pas certain que Mevlüt Cavusoglu se rende bien en Suisse dimanche. "On s'en occupe avant tout pour les questions de sécurité", a-t-il affirmé

"L'analyse de sécurité est faite pratiquement toutes les heures et nous pourrions prendre des mesures jusqu'au dernier moment", a-t-il averti.

Si la Confédération n'interviendra pas pour limiter la liberté d'expression, il est "clair" qu'elle peut prendre des mesures si les conditions de sécurité ne sont pas garanties, a clarifié Didier Burkhalter, évoquant la possibilité de voir Mevlüt Cavusoglu empêché de se rendre où il l'avait prévu ou de faire ce qu'il a prévu.

Dialogue "les yeux dans les yeux"

"Le cadre c'est tout d'abord la liberté d'expression, il est important que l'on maintienne les droits fondamentaux et la liberté d'expression aussi pour pouvoir dire clairement à d'autres pays - y compris la Turquie - qu'il est important qu'ils développent également ce genre de droits", a-t-il justifié.

On a laissé des leaders kurdes s'exprimer en Suisse l'année passée, les leaders turcs doivent aussi pouvoir le faire dans le cadre de ce référendum du 16 avril sur la réforme de la Constitution turque, qui est très important pour l'avenir du pays, a-t-il encore souligné.

Selon lui, la Suisse a adopté une position "très claire" après le putsch avorté de juillet en Turquie. Elle l'a condamné et a fait en sorte d'avoir un dialogue "direct, franc, les yeux dans les yeux" avec Ankara. Il y a eu des contacts pratiquement tous les mois à plusieurs niveaux.

mre avec ats

Publié le 11 mars 2017 - Modifié le 11 mars 2017

Espionnage inacceptable

La diplomatie helvétique a fait savoir à Ankara qu'il est "inacceptable" de mener des activités de police ou de renseignement sur le sol suisse. Une lettre émanant de l'ambassade de Turquie à Berne, révélée récemment, indique quelles institutions et associations sont soupçonnées d'être en contact avec le réseau du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'être l'instigateur du putsch.

Les autorités turques doivent passer par l'entraide judiciaire, "ce qu'elles ont d'ailleurs fait dans plusieurs cas". La Confédération est prête à étudier ces demandes, a précisé Didier Burkhalter.

Dans le même contexte, Berne traitera "avec beaucoup de sérieux" les demandes d'asile déposées par des citoyens turcs. Selon le Conseil fédéral, la Suisse a enregistré depuis la tentative de putsch de juillet, 408 demandes d'asile de citoyens turcs, parmi lesquels il pourrait y avoir quelques détenteurs de passeports diplomatiques.