Modifié le 13 février 2017 à 09:09

Le vaccin contre le papillomavirus gagne du terrain en Suisse romande

Davantage de jeunes filles sont vaccinées contre la papillomavirus en Suisse romande qu'en Suisse alémanique.
Davantage de jeunes filles sont vaccinées contre la papillomavirus en Suisse romande qu'en Suisse alémanique. [John Amis - AP/Keystone]
Le vaccin contre le papillomavirus, qui prévient certains cancers du col de l'utérus, est proposé aux adolescentes suisses depuis 2008. Or, s'il est largement administré en Suisse romande, le taux de couverture est très faible outre-Sarine.

La couverture vaccinale contre le papillomavirus humain (HPV) pour les adolescentes de 16 ans, selon le schéma à deux doses recommandé, varie entre 27% et 78%, comme le montrent les chiffres les plus récents collectés par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Et elle creuse, à quelques exceptions près, un écart entre Romands et Alémaniques.

>> Les chiffres de l'OFSP pour les adolescentes de 16 ans

Vaccins dans les écoles

L'OFSP assure que même si les programmes de vaccination varient selon les cantons, tous en ont développé et suivent les recommandations fédérales. Des études sur cette hétérogénéité sont actuellement en cours, mais plusieurs pistes d'explication se dégagent.

Tout d'abord, le fait que la Suisse romande applique la vaccination dans le cadre scolaire, évoquée par les spécialistes interrogés par la RTS. Une enquête de 2014 sur la vaccination des femmes montre en effet que 86% des Romandes de 11 à 14 ans et 48% des 15 à 19 ans effectuent leur première vaccination contre les HPV auprès d'un service de santé scolaire, contre respectivement 22% et 24% des jeunes Alémaniques.

C'est plus simple et plus accessible pour les jeunes filles et leurs parents lorsqu'il y a une information qui vient par l'école.

Virginie Masserey, cheffe de la section des vaccinations à l'OFSP

"Les autorités cantonales devraient plus s'investir pour mettre en place les structures qui facilitent la transmission systématique de l'information dans le cadre scolaire, et de préférence avec la possibilité d'être vacciné à l'école", estime Virginie Masserey, cheffe du service des vaccinations à l'OFSP. Elle évoque notamment le système souvent adopté outre-Sarine, où le médecin scolaire invite les parents à faire vacciner leur enfant auprès d'un médecin participant au programme cantonal, qui aurait moins de résultats.

"La stratégie nationale de vaccination, adoptée en janvier dernier, devrait permettre d'uniformiser les plans cantonaux", espère-t-elle.

Une affaire publique ou privée?

"L'acceptation vaccinale, et pas seulement contre le papillomavirus, est meilleure en Suisse romande et dans les pays latins qu'en Suisse alémanique ou en Allemagne. C'est culturel…" analyse Claire-Anne Siegrist, pédiatre et cheffe du centre de vaccinologie aux HUG. En résumé: dans la culture latine, on craint les maladies et on a le souhait de s'en protéger, alors que la culture germanophone a une approche davantage basée sur la nature, l'auto-contrôle et la prévention.

"En Suisse romande, la vaccination est considérée comme une responsabilité publique et l'on fait davantage confiance aux autorités sanitaires dans leurs recommandations. En Suisse alémanique en revanche, les vaccins, et la santé de manière générale, relèvent davantage de la responsabilité individuelle", précise Virginie Masserey. Une tendance que confirment plusieurs médecins cantonaux.

Impact pas encore mesuré

Les premiers vaccins contre le HPV en Suisse ont été administrés en 2008, et le recul n'est pas encore suffisant pour mesurer leur impact, en l'absence de données.

Mais l'analyse de vingt études réalisées après l'introduction des vaccins dans neuf pays à revenu élevé a montré qu'une baisse de la prévalence de 68% a été observée chez les filles de 13 à 19 ans qui ont un taux de couverture vaccinale de 50% au moins.

Reste que quelque 290 nouveaux cas de cancers du col de l'utérus sont diagnostiqués chaque année, selon l'OFSP. Et le dépistage gynécologique permet de détecter chaque année entre 2000 et 5000 lésions précancéreuses, dont la moitié peut être prévenue grâce à la vaccination.

Jessica Vial

Publié le 10 février 2017 à 16:25 - Modifié le 13 février 2017 à 09:09

Recommandé aussi pour les garçons

La vaccination contre les HPV ne concerne pas que les filles: elle est aussi recommandée aux garçons depuis juillet 2016. Elle est gratuite pour les patients de 11 à 26 ans, même si l'OFSP et la Commission fédérale pour les vaccinations (CFV) recommandent depuis 2015 d'agir plutôt entre 11 et 14 ans. La plupart des cantons ont mis en place des programmes mixtes en milieu scolaire dès la rentrée.

La Suisse avait lancé en 2008 déjà un plan de vaccination gratuit des jeunes filles, prolongé jusqu'en 2017. Deux vaccins sont actuellement commercialisés. L'objectif étant d'éviter 2000 cas de lésions précancéreuses, 160 cancers déclarés du col de l'utérus et 50 décès par an.

Les papillomavirus humains sont responsables de la majorité des infections sexuellement transmissibles en Suisse et dans le monde. Ils peuvent entraîner la formation de verrues génitales, voire des lésions précancéreuses et induire dans certains cas une cancérisation, notamment au niveau du col utérin et de l’anus.

Plusieurs polémiques

La vaccination contre le papillomavirus humain a fait l'objet de controverses au sein du monde médical depuis son autorisation (en 2007 en Suisse). Certains médecins remettent en cause son efficacité et son innocuité.

En décembre dernier, l'organe européen chargé des autorisations de mise sur le marché des médicaments a par exemple fait l'objet d'une plainte de médecins et chercheurs danois, car il est accusé d'avoir biaisé une expertise sur les effets secondaires du vaccin.

Outre les craintes soulevées par le peu de recul sur son impact, certains patients renoncent à la vaccination car ils estiment que des dépistages gynécologiques réguliers suffisent, d'autant plus que le vaccin ne protège pas contre toutes les souches de virus. De son côté, l'OFSP recommande de combiner le dépistage et la vaccination.