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"Les revues scientifiques chères et qui ont un monopole, c'est scandaleux"

L'invité de la rédaction - Martin Vetterli [RTS]
L'invité de la rédaction - Martin Vetterli / Le Journal du matin / 24 min. / le 12 décembre 2016
Martin Vetterli, président du Conseil national de la recherche, succède à Patrick Aebischer à la tête de l'EPFL ce jeudi. Il revient sur le défi de la diffusion de la science, sur les ondes de la RTS.

Pour pouvoir consulter le magazine Science, la bibliothèque de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) paie chaque année 18'688 francs. Vu le nombre de revues auxquelles les universités sont presque obligées de s'abonner pour travailler, le budget pèse lourd. Mais il existe une alternative, celle du libre accès, a notamment plaidé Martin Vetterli dans le Journal du matin lundi, trois jours avant son entrée en fonction officielle à la tête de l'institution de recherche lémanique.

"Les chercheurs doivent reprendre le contrôle sur la chaîne de publication. Le "World Wide Web" a été inventé il y a un peu plus de 25 ans au CERN par des scientifiques pour ça, pour pouvoir se partager facilement des données. La science doit aujourd'hui se le réapproprier pour diffuser le savoir", explique le mathématicien.

De plus en plus de plateformes en "open access" permettent aux chercheurs de publier et partager librement leurs recherches. A terme, si le but premier n'est pas forcément de diffuser la science au grand public, ce système permet toutefois de montrer comment l'argent du contribuable est investi, remarque celui qui a déjà été vice-président de l'EPFL.

Science ou Nature ont une valeur ajoutée importante mais d'autres journaux ont un monopole sur certains domaines de recherche et sont beaucoup trop chers.

Martin Vetterli, nouveau président de l'EPFL

Monopole sur certains domaines de recherche

Et quant à la qualité de ce qui pourrait être publié plus largement sur le web, sans un "peer review" minutieux de chaque article, Martin Vetterli estime que le tri se fera de manière "naturelle": "les bons résultats vont survivre et les mauvais disparaître peu à peu. Il y a déjà beaucoup de bruit aujourd'hui au vu du nombre de revues qui existent et de leur qualité variable, parce que les chercheurs paient pour être publiés".

"Science ou Nature ne sont de loin pas les pires, ajoute le chercheur. Ces revues ont une valeur ajoutée importante, mais il existe beaucoup d'autres journaux scientifiques qui ont un monopole sur un domaine de recherche et qui sont beaucoup trop chers, ça c'est un scandale".

"Mais qui est Patrick Aebischer?"

Comment Martin Vetterli se voit-il succéder à Patrick Aebischer qui a régné en maître pendant plus de 15 ans sur l'institution? Avec humour, répond ce fan des Monty Python. "Patrick Aebischer, mais qui est donc Patrick Aebischer?, interroge-t-il avec malice. L'EPFL, c'est Patrick Aebischer, mais c'est aussi 350 professeurs et plus de 10'000 étudiants", rappelle celui qui se verrait bien créer un "student center" sur un campus déjà bien occupé en bâtiments emblématiques.

Avec Patrick Aebischer, on se connaît depuis longtemps et on partage une même passion pour la science.

Martin Vetterli, nouveau président de l'EPFL

Martin Vetterli rappelle que l'EPFL permet d'attirer de nombreux chercheurs de talent qui s'installent en Suisse pour leur thèse puis en viennent à fonder des start-ups innovantes, un modèle à l'américaine qui fonctionne.

Un plan B en cas d'échec de la solution light

Nous travaillons sur un plan B en cas d'échec de la solution d'application light de l'initiative du 9 février, mais je ne peux pas vous en dire plus.

Martin Vetterli, nouveau président de l'EPFL

En ce qui concerne l'application de l'initiative du 9 février, en discussion en ce moment au Parlement, le futur président de l'EPFL assure avoir confiance dans les élus et être optimiste sur la solution light qui permettra aux chercheurs de continuer de bénéficier des programmes de recherche européens.

"Les chercheurs qui viennent en Suisse nous demandent régulièrement s'ils auront toujours accès aux fonds européens. La réponse actuelle n'est pas claire, mais ce serait très grave si l'EPFL était exclue du système. Nous planchons d'ailleurs sur un plan B, si vraiment aucune solution ne pouvait être trouvée au niveau politique", a encore confié Martin Vetterli sans détailler les contours de cette solution de secours.

sbad

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